« Ses chances de devenir le prochain pape sont actuellement de 12 contre 1 », estimait Newsweek à propos du cardinal Jean-Claude Hollerich au lendemain du décès du pape François. Deux jours plus tard, le Saarbrücker Zeitung écrivait qu’il comptait « parmi les favoris » et qu’il avait été « l’un des premiers cardinaux à s’exprimer sur le décès du pape François » ainsi que sur le conclave à venir. Sur Zeit Online, Hollerich figurait parmi les neuf candidats les plus prometteurs. Dans une liste établie par le journal télévisé de l’ARD, il occupe la sixième place ; dans une sélection de 13 noms établie par CNN, Jean-Claude Hollerich est présenté comme le « favori ». Tout comme les classements des tubes pop diffusés le samedi après-midi à la radio, les classements des candidats au pontificat connaissent des hauts et des bas.
Dans la NZZ, Luzi Bernet ne fait certes aucune prévision, mais souligne toutefois qu’il ne faut « pas sous-estimer » Hollerich en tant que rapporteur général du Synode mondial. – Des observateurs lui reconnaissent un talent diplomatique. Le journal *Die Welt* le qualifie d’un des hommes les plus influents du Vatican. « Depuis quelque temps déjà, le nom de l’archevêque luxembourgeois Jean-Claude Hollerich circule à Rome », écrit la FAZ. La grande-duchesse Maria Teresa le soutient ; « Monseigneur Hollerich » aurait « adopté des positions courageuses », déclare-t-elle dans le journal *Das Wort*. Elle fait peut-être référence à son ouverture d’esprit vis-à-vis de l’ordination des femmes et d’un assouplissement du célibat. De plus, il est favorable à la bénédiction des unions entre personnes du même sexe et a soutenu le pape dans le traitement des scandales d’abus sexuels. « Hollerich est le chouchou des catholiques libéraux », écrit le journal suisse Blick, qui le classe parmi les sept candidats les plus prometteurs.
Mais il semble surtout être le chouchou des médias allemands. Les archives du service de presse national contiennent un nombre particulièrement important d’articles consacrés au cardinal Hollerich, publiés dans le *Trierer Volksfreund*, la *Saarbrücker Zeitung*, la *Süddeutsche Zeitung*, *Die Zeit*, la *Frankfurter Allgemeine Zeitung* ainsi que sur *Domradio*. Son recueil d’entretiens intitulé *Was auf dem Spiel steht : Die Zukunft des Christentums in einer säkularen Welt* (Ce qui est en jeu : l’avenir du christianisme dans un monde sécularisé), paru en 2022 aux éditions Herder de Fribourg, s’adressait également à un public germanophone. À l’époque, certains laïcs luxembourgeois avaient interprété ce livre comme une candidature à une fonction au Vatican – et c’est effectivement ce qui s’est passé. Les évêques allemands, qui réclament pour la plupart des réformes et ont été isolés au Vatican pour s’être montrés trop audacieux, misent désormais également sur Hollerich pour le conclave ; parmi eux figure Georg Bätzing, président de la Conférence épiscopale allemande, comme il l’a déclaré la semaine dernière au journal *Das Wort*.
Le souhait de nombreux catholiques allemands partisans de la réforme de trouver une oreille attentive auprès d’un pape Hollerich ne devrait toutefois pas se réaliser. En effet, Hollerich entrera probablement au conclave en tant que cardinal – et en ressortira également en tant que cardinal.
Cela ne tient pas seulement à son approche historico-critique de la Bible et de l’histoire de l’Église, qui déplaît à de nombreux conservateurs. Il « fonctionne » également de manière similaire au jésuite Bergoglio, comme l’a formulé le journaliste de la KNA, Ring-Eifel. Tous deux suivent un processus décisionnel « tout à fait particulier », marqué par la consultation, la prière et la méditation. C’est ainsi qu’ils entendent percevoir la voix du Saint-Esprit – mais cela les fait parfois passer, aux yeux de leur entourage, pour des personnes difficiles et obstinées. Un jésuite ne sera peut-être pas suivi par un autre jésuite. De plus, le cardinal Hollerich a laissé entendre à plusieurs reprises, de manière crédible, qu’il ne se sentirait pas forcément à l’aise au Saint-Siège.
Au milieu de toutes ces spéculations sur Hollerich, on en oublierait presque que la pop star luxembourgeoise de l’Eurovision, Laura Thorn, se produira elle aussi dans deux semaines. Les pronostics pour la « Poupée » sont toutefois plus clairs que ceux concernant le pape : elle occupe actuellement la 29e place chez les bookmakers.