La tête de liste « Je tiens également à vous dire que je suis ravie. Je suis ravie pour le LSAP, d’aller à ces élections aux côtés de mon parti », a déclaré, rayonnante de joie, la vice-Première ministre Paulette Lenert le 20 janvier lors de la fête du Nouvel An du Parti socialiste des travailleurs luxembourgeois (LSAP), après des mois d’hésitations et de tergiversations. Le LSAP et le grand public attendaient cette déclaration avec impatience. C’est pour la première fois que Georges Engel, alors président du groupe parlementaire, l’avait présentée comme candidate potentielle à la tête de la liste début août 2020, quelques semaines après que, dans le premier « Politmonitor » réalisé après le début de la pandémie de coronavirus, 90 % des personnes interrogées avaient jugé la nouvelle ministre de la Santé sympathique et compétente. Aucun autre homme politique luxembourgeois n’a atteint de tels scores ces dernières années. Depuis lors, Paulette Lenert a certes perdu du terrain en termes de popularité, mais elle a pu conserver sa première place dans le classement de popularité fin novembre, car ses concurrents directs, Jean Asselborn (LSAP) et Xavier Bettel (DP), ont eux aussi perdu du terrain.
Avec son « ech si prett », Paulette Lenert a voulu signaler à la base du parti qu’elle se sentait personnellement prête à mener la campagne électorale du LSAP en tant que tête de liste nationale. Mais est-elle également prête sur le plan politique ? Certains en doutent parfois, même au sein de son propre parti. En effet, on ne sait pas encore très bien quelles sont ses positions, quels points de vue elle défend sur des questions essentielles, notamment celles qui restent prioritaires pour le LSAP : l’État-providence, les conditions salariales et de travail, la politique fiscale et les systèmes sociaux. Pour que cela ne se remarque pas, le LSAP avait décoré la salle lors du « Neijoerschpatt » à Schengen avec des affiches et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire le slogan « Zäit fir eng staark Sozialdemokratie » (L’heure est venue d’une social-démocratie forte).
Mais dans les jours qui ont suivi, Paulette Lenert a de ses propres mains réduit à néant toute cette mise en scène. Dans une interview accordée au *Tageblatt*, elle a expliqué que l’indice ne faisait que creuser davantage le fossé entre riches et pauvres ; c’est la réforme fiscale, et non l’indice, qui serait le bon instrument pour préserver la paix sociale. Sur Radio 100,7, elle a estimé que l’indice faisait grimper les salaires sans frein, en particulier les plus élevés, et que la réforme du barème fiscal réclamée par Dan Kersch en juillet constituait « l’instrument naturel » pour rétablir l’équilibre. Si aucun consensus n’était trouvé sur une réforme fiscale, un plafonnement de l’index pourrait être la solution appropriée pour réduire l’écart entre riches et pauvres, a estimé Mme Lenert.
Changement de paradigme : depuis sa mise en place généralisée il y a 50 ans, le LSAP ne s’est jamais prononcé en faveur d’un plafonnement du système d’indexation. Dans son programme électoral de 2018, il s’était encore félicité d’avoir veillé, au cours de la législature précédente, à ce que le mécanisme d’indexation automatique soit à nouveau pleinement mis en œuvre, et avait réaffirmé qu’il continuerait à s’en tenir à ce système « sans concession ». Si sa position venait à changer entre-temps, cela constituerait un « changement de paradigme » remarquable. Toutefois, hormis les déclarations de Paulette Lenert, peu d’éléments laissent présager un tel revirement, car mardi, après que le Statec eut annoncé que la prochaine tranche d’indexation aurait lieu le 1er février, le ministre de l’Économie du LSAP, Franz Fayot, a tweeté : « Le mécanisme d’indexation est essentiel pour équilibrer le niveau des prix au Luxembourg et préserver la paix sociale ». Le président du groupe parlementaire, Yves Cruchten, a confirmé les propos de M. Fayot au journal « Le Land » et a réaffirmé que le LSAP ne remettait pas en cause l’index dans sa forme actuelle.
Qu’est-ce que cela révèle sur le LSAP et sa tête de liste ? Les déclarations de Mme Lenert sont-elles dues à une méconnaissance du sujet ou s’inscrivent-elles dans une stratégie bien précise ? Entend-elle réellement plafonner l’indice si aucun accord ne peut être trouvé sur une réforme fiscale ? Et cela permettrait-il vraiment de préserver la paix sociale au Luxembourg ?
Dans son propre récit, Paulette Lenert se présente comme une femme politique qui n’agit pas selon des principes idéologiques, mais qui prend des décisions fondées sur des faits, qui doivent reposer sur des bases scientifiques et qui exigent une mûre réflexion. Elle cite sans cesse, à titre d’exemple, sa position hésitante concernant la vaccination obligatoire. Lorsque la question s’est posée il y a un an, elle a hésité, a pesé le pour et le contre, et finalement, une majorité au sein du Conseil d’État s’est prononcée contre, bien que le comité d’experts mandaté par le Premier ministre Xavier Bettel eût recommandé la vaccination obligatoire pour les personnes âgées de 50 ans et plus. Comme aucun nouveau variant du Covid n’est apparu à l’automne, cette décision s’est avérée juste. Paulette Lenert considère cela comme son plus grand triomphe politique.
C’est dans la lutte contre la pandémie qu’elle puise tout son capital politique. Elle y fait sans cesse référence – presque avec nostalgie – et établit des comparaisons, même lorsqu’il s’agit d’autres sujets. Pour elle, la gestion réussie de la crise constitue la légitimité politique nécessaire pour mener le LSAP aux élections nationales. Elle a été choisie comme tête de liste « en raison de ma façon de travailler », a-t-elle expliqué dans un podcast publié lundi par le LSAP sur YouTube. Les gens savent qu’elle adhère aux valeurs du parti ; elle est très émue et motivée à l’idée de mener une politique qui touche tout le monde, qui soit inclusive, ce qu’elle visait déjà lorsqu’elle était fonctionnaire.
Continuité. Cette femme de 59 ans, issue d’un autre secteur, s’efforce d’apporter continuité et cohérence à son parcours marqué par des ruptures : Elle a été avocate, juge, puis haute fonctionnaire, d’abord sous Romain Schneider (LSAP) au sein du département de l’économie solidaire, puis sous Jean-Claude Juncker (CSV) au sein du département de la simplification administrative. En 2013, Dan Kersch (LSAP) l’a nommée directrice générale de la fonction publique et directrice de l’Institut national d’administration publique. Elle n’a rejoint le LSAP qu’à la fin de la quarantaine. En 2018, Étienne Schneider l’a fait entrer au gouvernement en tant que ministre de la Coopération, car il ne faisait pas confiance à Tess Burton pour assumer ce mandat ; un an plus tard, elle l’a remplacé au poste de ministre de la Santé. Au cours de sa carrière politique, certes brève mais intense, Paulette Lenert a rarement démontré quelle était sa position « vis-à-vis des valeurs du parti ». La seule chose qui ne fait aucun doute, c’est qu’elle appartient au courant socio-libéral qui domine actuellement au sein du LSAP (d’Land, 05/02/2021). Elle se sent plus à l’aise au Luxembourg-Ukraine Business Forum qu’à la réception du Nouvel An de la FNCTTFEL.
Mardi, à l’issue de la réunion de son comité national, l’OGBL s’est abstenu de critiquer son partenaire historique, le LSAP, et a plutôt reproché au Patronat et à la ministre des Finances du DP, Yuriko Backes. Elle espère que Paulette Lenert prendra encore le temps de réfléchir afin de revoir ses positions, a déclaré la présidente de l’OGBL, Nora Back, au journal « Le Land ». L’indice « plafonné » serait injuste, le débat à ce sujet serait mené de manière malhonnête, et les attaques contre l’ajustement salarial automatique seraient superflues. D’une part, le plafonnement aurait des répercussions négatives sur l’ajustement du salaire minimum ; d’autre part, il soulagerait surtout les grandes entreprises employant des salariés bien rémunérés, mais pas les petites et moyennes entreprises des secteurs de l’artisanat, du commerce de détail et de l’hôtellerie-restauration, qui versent pour la plupart des salaires modestes. Tout comme Yves Cruchten, Nora Back est convaincue qu’un plafonnement signifierait le début de la fin de l’indice.
La juriste Paulette Lenert le comprend-elle ? Que l’inclusion implique également de permettre aux personnes de bénéficier de manière équitable de la plus-value qu’elles génèrent elles-mêmes. Que l’État social a pour rôle de redistribuer la propriété et la fortune, afin qu’une minorité privilégiée ne soit pas la seule à en profiter. Que les droits et les acquis qui garantissent la paix sociale ont dû être arrachés de haute lutte par les travailleurs et travailleuses syndiqués. Que le LSAP les a soutenus tant bien que mal pendant des décennies au niveau parlementaire et que cela reste aujourd’hui encore sa principale raison d’être. Qu’un droit du travail solide protège plus efficacement et durablement contre la pauvreté et l’exploitation que les crédits d’impôt et les allocations de l’État. Paulette Lenert avait déclaré au Télécran avant Noël que si elle devenait Première ministre, elle ferait de la simplification administrative et peut-être de la numérisation une priorité absolue. Selon des sources proches du LSAP, la tête de liste ne serait peut-être pas encore prête pour les grands débats politiques, sa formation au sein du parti n’étant pas encore achevée.
Promesse. La question se pose toutefois de savoir qui, au sein du LSAP, devrait prendre en charge cette formation. Le parti n’a plus d’aile gauche depuis au moins dix ans. Les seuls représentants restants sont Dan Kersch, qui aurait lui-même volontiers été tête de liste, et peut-être encore Mars Di Bartolomeo, qui le conseille sur les questions de politique de santé. Mardi, l’OGBL n’a certes pas critiqué explicitement le LSAP, mais il ressortait clairement entre les lignes que le syndicat est mécontent du ministre du Travail, Georges Engel, car celui-ci n’a jusqu’à présent pratiquement rien entrepris pour améliorer le droit du travail : les réformes dans le domaine des plans sociaux, notamment en ce qui concerne les mesures de maintien de l’emploi et la réglementation des faillites, n’ont pas été mises en œuvre, bien qu’elles figurent dans l’accord de coalition, a déclaré Nora Back lors de la conférence de presse. De même, le renforcement de la législation relative aux conventions collectives, également prévu dans le programme gouvernemental, n’a pas été mis en œuvre. La plupart de ces réformes du droit du travail avaient déjà été promises par le DP, le LSAP et les Verts dans l’accord de coalition de 2013.
Au lieu de cela, Georges Engel a commandé à l’institut de recherche Liser une étude visant à analyser les répercussions sur l’ensemble de la société d’une réduction légale générale du temps de travail avec compensation salariale intégrale. Il compte la présenter au plus tard début avril, selon le ministère du Travail. Cette mesure ne figure certes pas dans le programme gouvernemental, mais elle a davantage d’impact médiatique en campagne électorale qu’une réforme de la législation sur les conventions collectives ou du droit de grève, que le LSAP avait inscrites dans son programme électoral de 2018. C’est pourquoi, depuis des décennies, les socialistes ressortent généralement la semaine de 36 ou 38 heures avant les élections, pour finalement ne pas la mettre en œuvre une fois au gouvernement, car leurs partenaires de coalition respectifs s’y opposent. Paulette Lenert ne souhaite pas encore se prononcer sur la réduction du temps de travail. Elle souhaite d’abord lire « avec intérêt » l’étude Liser, afin d’être peut-être un peu mieux informée lorsque le sujet sera débattu.