De Gaab « Devenir maire ! », répond sans hésiter Gabriel Boisante (45 ans) lorsqu’on l’interroge sur ses objectifs politiques. « On ne se présente pas devant les électeurs pour perdre. » « De Gaab », comme tout le monde l’appelle (peut-être aussi parce que personne ne sait comment prononcer correctement son nom de famille), n’est pas du genre à tourner autour du pot. Aux côtés de la présidente des Femmes socialistes, Maxime Miltgen (29 ans), il mènera la campagne électorale communale des Socialistes de la capitale. Mardi, la section de la capitale les a présentés tous les deux au bar-lounge Wëllem, au Knuedler.
En diagonale en face du Wëllem, au rez-de-chaussée de la bourgeois Maison Lassner, se trouve le restaurant Bazaar. Il est géré par la société Congo sàrl, créée en 2002 par les propriétaires de l’Urban Bar, un établissement particulièrement prisé des yuppies et des « talents ». En 2011, Boisante a pris une participation dans l’entreprise des frères Raymond et Thomas Hickey ; depuis, ils ont fondé ensemble d’autres sociétés et gèrent plusieurs établissements, principalement dans la ville haute et dans le quartier de la gare (Mamacita, Paname, Amore). Leur marque de fabrique, c’est la décoration branchée : avant de se lancer dans la restauration, Boisante a travaillé pendant cinq ans chez un architecte d’intérieur, avec la fille duquel il a eu une relation et dont il a eu deux enfants.
Ces dernières années, les entrepreneurs ont développé leur activité. Ils ont ouvert un nouvel établissement par an, raconte fièrement M. Boisante. Ils viennent tout juste d’inaugurer le restaurant La Familia, d’une capacité de 150 couverts, dans le centre commercial Copal à Grevenmacher, et un autre est en cours de construction à Wasserbillig. La marque de bière Twisted Cat, qu’ils ont lancée en collaboration avec les microbrasseurs de Bare Brewing, constitue un projet prestigieux. Sur la friche industrielle de Nei Schmelz, la commune de Dudelange, dirigée par le coprésident du LSAP Dan Biancalana, a mis à leur disposition l’ancien atelier de locomotives, où leur société Cattitude a installé une brasserie ainsi qu’un grand restaurant. Elle aurait dû ouvrir dès le printemps, mais en raison de retards, cela a pris un peu plus de temps. Gabriel Boisante est stressé lorsque nous le rencontrons lundi après-midi au buffet de la gare. Il s’excuse pour son retard de quarante minutes.
Maxime Miltgen a elle aussi de l’expérience dans la restauration. Étudiante, elle a travaillé dans des bars ; dès la fin de son baccalauréat, elle a occupé pendant un an le poste de gérante du Marx, à Hollerich. Cet ancien bar culte appartenait à l’époque à son père, Daniel Miltgen, qui a été promu directeur du Fonds du Logement en 1992 sous le ministre du Logement Jean Spautz (CSV), avant d’être démis de ses fonctions en 2015 par Maggy Nagel (DP). C’est également à Hollerich qu’elle a fait la connaissance, il y a plus de dix ans, de « de Gaab », qui était devenu en 2011 associé du restaurant Mama Loves You des frères Hickey. Maxime Miltgen a finalement renoncé à une carrière dans le monde de la nuit et s’est installée à Belval pour étudier le droit. Ce sont toutefois ses expériences au Marx-Bar qui ont été déterminantes pour que l’ancien coordinateur de campagne des socialistes, Pascal Husting, l’engage en 2018 en tant que responsable événementielle pour la campagne électorale. Boisante a animé ces événements.
Pendant la campagne électorale, Maxime Miltgen a noué des contacts avec les ministres et les députés et s’est liée d’amitié avec de jeunes socialistes prometteurs tels que Max Leners, Ben Streff et Amir Vesali. « Après cela, tout est allé très vite », raconte-t-elle dans un entretien accordé au journal *Land*. Elle a adhéré au LSAP, Taina Bofferding l’a engagée comme chargée de communication au ministère de l’Intérieur, puis, en 2019, elle a pris la présidence des Femmes socialistes (FS) et a été intégrée à la direction du parti. Elle s’est exercée à la rédaction d’articles d’opinion politique, dans lesquels elle abordait principalement les droits des femmes et l’égalité des chances. En tant que présidente des FS, elle s’engage également au sein de la plateforme JIF, qui organise la grève des femmes.
Café Gabriel Boisante a été recruté au LSAP par Franz Fayot en 2017, un mois et demi avant les élections communales. « Autour d’une tasse de café », comme il le raconte. Fayot a lui aussi, comme on le sait, des liens avec le secteur de la restauration : sa compagne, Kelsey Todter, tient le Florence Specialty Coffee, rue Adolphe Fischer. Lors des élections communales, ce nouveau venu s’est classé cinquième sur la liste du LSAP, juste derrière Joanne Goebbels. Comme celle-ci s’est retirée en 2019, lorsque Marc Angel a remplacé Nicolas Schmit au Parlement européen, M. Boisante a intégré le conseil communal. Au sein de cette instance, il s’est jusqu’à présent surtout engagé en faveur des intérêts des commerçants, notamment pendant la crise du coronavirus. Lors des élections à la Chambre des députés de 2018, il n’avait obtenu que la dixième place dans le centre-ville, mais dans les bureaux de vote de la capitale, il a devancé des politiciens chevronnés tels que Tom Krieps, conseiller municipal de longue date, et la députée Cécile Hemmen.
Cela n’a pas échappé non plus à la direction du parti. Ce n’est qu’en février que les socialistes de la région ont élu une nouvelle direction de section, composée de Mélanie Troian (44 ans) et de Luc Decker (45 ans), le bras droit de Fayot au ministère de l’Économie. Mme Troian, haute fonctionnaire au ministère de l’Éducation, était depuis lors considérée comme une candidate potentielle à la tête de la liste. Mais ce sont surtout les membres du gouvernement qui ont insisté pour que Boisante et Miltgen soient en tête de liste aux élections communales de la capitale, ce qu’ils doivent notamment à leur bon réseau dans la vie sociale de la ville de Luxembourg et au sein de la direction du LSAP. Bien que Maxime Miltgen défende des opinions très progressistes sur les questions sociopolitiques, elle ne s’est jusqu’à présent guère exprimée publiquement sur les défis auxquels la capitale est confrontée.
Mardi, les deux hommes ont formulé un objectif électoral clair : le LSAP souhaite faire son retour au Conseil des échevins. Le problème, c’est que depuis des décennies, les socialistes perdent du terrain dans la ville de Luxembourg. Pourtant, dans les années d’après-guerre, dans une capitale alors encore marquée par l’industrie, ils ont été à plusieurs reprises le premier parti (1951, 1963, 1969) ; de 1963 à 1969, ils ont même eu leur propre bourgmestre en la personne de Paul Wilwertz. En 1975, un an après que les socialistes et les libéraux eurent formé pour la première fois un gouvernement sans le CSV, le LSAP a vu son nombre de mandats chuter de neuf à six dans la capitale. En 2005, lorsque les Verts ont temporairement évincé le CSV de la mairie du Knuedler en tant que partenaire junior du DP, les socialistes sont tombés à quatre sièges. En 2017, ils ont perdu un mandat supplémentaire.
Plusieurs explications peuvent être avancées pour justifier ce déclin continu. La plus importante est sans doute d’ordre structurel : en raison de la désindustrialisation de la capitale, les socialistes ont progressivement perdu leur base électorale depuis les années 1970. Les nouveaux habitants qui les ont remplacés travaillent principalement dans le secteur bancaire et dans les services. À cela s’ajoute le fait qu’en 2017, seuls 30 % des 114 000 habitants étaient inscrits sur les listes électorales (contre 40 % à Esch-sur-Alzette et 54 % à Dudelange), dont 80 % avaient la nationalité luxembourgeoise. Il y a cinq ans, environ 12 600 voix ont suffi à Lydie Polfer pour devenir, de loin, la femme politique la plus élue.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (et même avant), les libéraux ont occupé le poste de maire de manière quasi ininterrompue. Après que Colette Flesch eut repris le poste à Paul Wilwertz en 1969, le DP ne l’a plus jamais cédé. Camille Polfer a succédé à Colette Flesch en 1979, avant d’être remplacé par sa fille Lydie en 1981. Lorsque celle-ci est devenue ministre des Affaires étrangères en 1999, Paul Helminger a pris la relève ; il a dû s’incliner face à Xavier Bettel en 2011, avant que Lydie Polfer ne revienne aux rênes en 2013. Ces décennies de règne sans partage ont conduit à ce que de nombreux postes clés au sein des administrations communales soient occupés par des fonctionnaires loyaux, qui ne connaissent ni ne tolèrent d’autres supérieurs hiérarchiques. Même les assesseurs auraient du mal à s’imposer ; certains fonctionnaires ne suivraient que les instructions venant de la bourgmestre en personne, murmure-t-on à voix basse.
Changement de génération Afin de permettre un changement politique, le LSAP souhaite désormais inciter les quelque 30 000 expatriés ayant le droit de vote, qui ne s’étaient pas inscrits sur les listes électorales en 2017, à franchir ce pas. Et il espère que la plupart d’entre eux voteront pour lui. En 2023, il faudra enfin opérer un « changement de génération, non seulement en termes d’âge, mais aussi de mentalité », déclare Maxime Miltgen. Secrètement, certains socialistes rêvent d’une alliance avec les Verts et la Gauche pour mener une politique progressiste, à l’image de ce que fait Anne Hidalgo à Paris : plus de logements sociaux, moins de voitures, de meilleures pistes cyclables et voies piétonnes, des espaces verts plus généreux. En réalité, sans le CSV, il risque toutefois d’être difficile d’évincer le DP du conseil communal. Quant à savoir comment le LSAP et surtout les Verts comptent former une coalition avec Laurent Mosar, échevin du CSV, libéral de droite et ennemi déclaré des Verts, c’est une autre histoire.
C’est pourquoi les socialistes n’ont pas voulu, mardi, exclure d’emblée le DP comme partenaire de coalition. Après tout, les libéraux n’ont pas encore désigné de tête de liste. Il pourrait peut-être y avoir des convergences programmatiques avec Corinne Cahen. Ces derniers mois, la ministre de la Famille a mis en avant son engagement social, s’est déclarée passionnée de vélo et a ainsi envoyé des signaux politiques en direction du LSAP et des Verts.
C’est surtout Maxime Miltgen qui, dans un entretien accordé au Land, insiste sur son projet « gréng Oder » et s’enthousiasme pour des projets écologiques durables tels que la « Perfumed Jungle » à Hong Kong, la « Anti-Smog Tower » à Paris et les gratte-ciel en bois en Norvège. Elle-même habite dans la ville haute, dans un appartement près de la Theaterplatz, qu’elle ne peut se permettre que parce que le loyer est abordable.
Gabriel Boisante, quant à lui, souhaite prouver que les entrepreneurs aussi ont un « esprit social ». Son ascension est emblématique de la nouvelle orientation du LSAP, qui, suite à la disparition de la classe ouvrière industrielle, cherche à conquérir de nouveaux électorats, dans un pays où seule la moitié de la population, majoritairement aisée, dispose du droit de vote. Le « A » de LSAP signifie aujourd’hui « travail » et non plus « ouvrier », car ce dernier n’existe plus depuis l’introduction du statut unique, explique Boisante. Par conséquent, tout le monde est un « travailleur », qu’il soit salarié ou indépendant. Cette forme de « rationalisation » est désormais largement répandue au sein du parti.
Pourtant, la candidature de Boisante au sein du LSAP suscite également un certain malaise. Il ne peut pas se prévaloir d’un lien organique avec le parti, comme c’est le cas pour de nombreux membres de la section de Stater. Sa mère est anesthésiste, son père cardiologue ; en 1981, ses parents ont quitté Paris pour s’installer à Niederkorn afin d’y travailler à l’hôpital. Lui-même a étudié l’immunologie et la gestion d’entreprise à Paris. Il a ensuite travaillé pour le groupe pharmaceutique Aventis et la compagnie d’assurance Axa. De retour au Luxembourg, il a travaillé chez Luxcontrol et à la WSA. Parallèlement, il a décroché de petits rôles au cinéma et animé des événements mondains tels que le Filmpräis, le Bal Russe et, plus tard, les Nightlife Awards. Avant 2017, il n’était engagé ni sur le plan politique ni au sein de la société civile.
Payback Au sein du LSAP, on espère qu’il s’agit d’un « entrepreneur social » qui verse des salaires supérieurs à la moyenne. Cela ne correspond pas à la réalité. Selon ses propres déclarations, la plupart de ses quelque 260 employés touchent le salaire minimum. Pour M. Boisante, l’égalité ne se mesure pas au revenu, mais à la loi. Ceux qui gagnent moins ont peut-être un meilleur accès à d’autres choses que ceux qui gagnent plus, explique-t-il dans un entretien accordé au journal « Le Land ». « Si quelqu’un veut gagner plus qu’un plongeur, il n’a qu’à aller travailler à la Banque du Luxembourg. Je ne connais aucun plongeur qui roule en Ferrari », déclare M. Boisante, qui a travaillé dans des bars parisiens pendant ses études. À ses yeux, la restauration n’est qu’une étape dans un parcours professionnel, une sorte de planche de sauvetage, une étape intermédiaire dans l’ascension sociale. « Beaucoup commencent là-bas sans parler le luxembourgeois ni le français. Dès qu’ils maîtrisent ces langues, ils trouvent un meilleur emploi. » C’est pourquoi l’offre de formation continue gratuite doit être améliorée. « Si les gens n’ont plus le choix, si nous ne leur laissons plus la liberté d’accéder à une meilleure situation sociale, c’est que nous avons échoué en tant que société », explique M. Boisante. Il se dit tout à fait ouvert à une réduction du temps de travail et à des jours de congé supplémentaires, et soutient également la position de son parti concernant le mécanisme d’indexation.
Un autre problème, plus important encore que les salaires élevés, réside dans les longs trajets que de nombreux salariés doivent effectuer. « Au lieu de passer des heures dans les embouteillages ou assis dans le train, ils devraient être avec leur famille », déclare ce père de trois enfants, qui vit à Bonneweg avec sa compagne actuelle et leur fils commun. C’est pourquoi la principale revendication politique de Boisante est que la ville de Luxembourg investisse chaque année 100 millions d’euros dans la construction de logements abordables. Ces fonds pourraient être levés grâce à la taxation de la spéculation immobilière.
Il ne souhaite pas résoudre le « problème de la criminalité » dans le quartier de la gare, largement médiatisé par le DP et le CSV, en faisant appel à des sociétés de sécurité privées, mais plutôt par la gentrification. L’ouverture de son bar à cocktails Paname aurait déjà eu un impact positif sur la Place de Paris. Des commerces de proximité plus attractifs pourraient également attirer une nouvelle clientèle dans la partie basse de l’avenue de la Liberté.
Depuis le Paname, il n’y a que 250 mètres jusqu’à la boutique de chaussures de Corinne Cahn. Les convictions politiques de Cahn et de Boisante ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. Si la ministre (encore en fonction) de la Famille ne se présente pas, le LSAP aura du mal à atteindre son objectif électoral. Depuis des générations, des dynasties socialistes entières tentent en vain de revenir au pouvoir dans la capitale. La motivation de Boisante à se lancer en politique ne devrait toutefois pas différer sensiblement de celle de Cathy et Franz Fayot, de Joanne et Gil Goebbels ou encore de Marc Angel et Tom Krieps. « Les personnes qui ont de la chance dans la vie ou qui sont un peu plus favorisées ont le devoir de s’engager socialement afin que chacun bénéficie des mêmes chances qu’elles », déclare le nouveau candidat à la mairie. « Je souhaite rendre un peu de ce que j’ai reçu. »