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Institutions et démocratie 13 min de lecture

bloc de l’Est

Dans l'Est, le LSAP compte remporter les élections législatives avec Paulette Lenert. La tête de liste souhaite remporter « autant de sièges que possible ». Mais cette circonscription, encore largement rurale, est-elle prête pour autant de socialisme ?

Article paru dans Édition juin 2023
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Paulette Lenert (à gauche) lundi, en compagnie des six autres candidates du LSAP de la circonscription Est © Olivier Halmes

Au centre de l’attention : Paulette Lenert tient le micro à deux mains. Elle parle vite, sans presque jamais marquer de pause. Elle souhaite que le Luxembourg devienne « plus dynamique » et se réjouit de pouvoir se présenter « avec ce programme », « ici même, dans l’Est », explique la tête de liste nationale désignée du LSAP aux 36 délégués du congrès qui l’avaient auparavant élue à l’unanimité, ainsi que ses six colistiers et colistières, comme candidats aux élections nationales dans la circonscription de l’Est. Avec son élégante robe vert foncé et ses baskets blanches aux languettes rouge fluo, elle se démarque également visuellement parmi les quatre hommes en vestes bleues ou grises et les deux femmes vêtues de tenues à imprimé floral qui se tiennent derrière elle sur scène. Le « programme » du LSAP ne sera adopté que le 9 juillet lors du congrès national à Leudelingen, c’est pourquoi, lundi soir, dans la salle des fêtes du Lycée de Maach, Paulette Lenert parle de valeurs, de cohésion et de « l’être humain au centre », des thèmes qui, en raison des « crises qui nous accablent », sont plus importants que jamais. Il s’agit de « couper l’herbe sous le pied » des populistes et de « défendre nos valeurs » d’une voix résolue. Des temps difficiles s’annoncent, « mais nous savons qu’en tant que Luxembourgeois, nous parvenons toujours à nous relever et à être plus rapides que les autres ». « Nous » défendons le bien-être des gens, et ce n’est pas seulement un cliché.

D’une certaine manière, bon nombre des propos tenus par Paulette Lenert ce soir-là sont des lieux communs qui pourraient tout aussi bien venir du candidat libéral Xavier Bettel ou de Luc Frieden, du CSV : le pays doit rester attractif pour les entreprises afin de préserver les emplois. La concurrence pour attirer les talents devient de plus en plus rude. « Nous » avons besoin de gens satisfaits pour assurer la croissance économique. L’époque de la « Géisskan » est révolue ; les impôts doivent être répartis de manière à aller là où on en a le plus besoin.

C’est peut-être sa manière d’aborder ces problèmes qui relève du social-démocratisme : avec un droit du travail fort, l’égalité des chances à l’école et un système de santé performant. La ministre de la Santé justifie les lacunes présumées, que le CSV notamment n’a cessé de dénoncer ces derniers mois en matière de politique de santé (services d’urgence surchargés, longs délais d’attente à l’IRM), par la « croissance extrêmement forte » – 25 % au cours des dix dernières années –, qui aurait surchargé le système. Grâce à de nouvelles idées, telles que les associations de médecins et la décentralisation en collaboration avec les hôpitaux, elle compte bien remettre le système sur les rails. Et Paulette Lenert parle de croissance durable.

Contrairement à Luc Frieden, Paulette Lenert ne promet pas d’allègements fiscaux pour tous. Elle évite de prendre des engagements politiques concrets susceptibles de susciter la polémique. Elle ne dit pas un mot sur la réduction du temps de travail évoquée par le ministre du Travail Georges Engel, qui a déjà été rejetée à plusieurs reprises par Xavier Bettel. Elle ne mentionne pas non plus une amélioration de la loi sur les conventions collectives, comme l’a réclamé avec insistance l’OGBL mardi lors de la présentation de ses revendications électorales. Elle reste également muette sur la hausse des taux d’imposition pour les hauts revenus, que Dan Kersch met en avant depuis l’année dernière. Elle ne souhaite même pas aborder la question de l’indexation.

Tess : Pour cela, Paulette Lenert fixe des objectifs électoraux. Dans son discours d’ouverture du congrès, le coprésident du parti, Dan Biancalana, avait annoncé un deuxième siège dans l’Est. Cela ne suffit pas à la tête de liste. « On parle de deux sièges, mais je vais vous dire : on se lance dans la course pour remporter autant de sièges que possible ici. C’est ce que nous voulons », scande lundi soir l’ancienne juge et haute fonctionnaire à la fin de son discours au congrès, sous les applaudissements tonitruants des quelque 60 personnes présentes. En tant que co-tête de liste, elle doit soutenir Ben Streff, 28 ans, directeur de campagne du LSAP originaire de Berdorf. Tess Burton (38 ans), qui siège au conseil communal de Grevenmacher depuis 2011 et à la Chambre des députés depuis 2013, se présente certes à nouveau, mais elle n’est pas tête de liste. Déjà après les élections législatives de 2018, lorsque Nicolas Schmit (qui a pu présider le congrès en tant qu’invité d’honneur lundi), élu en tête de liste, n’avait pas pris ses fonctions de député parce qu’il souhaitait devenir commissaire européen en 2019, Etienne Schneider avait écarté Tess Burton et fait entrer au gouvernement Paulette Lenert, nouvelle venue en politique. Les Jeunes socialistes de l’Est, menés par leur président Ben Streff, s’étaient alors révoltés. Mais c’est surtout Tess Burton elle-même qui s’en était offusquée. Aujourd’hui, elle qui n’avait obtenu en 2018 que 578 voix de moins que Schmit, doit à nouveau s’effacer derrière Paulette Lenert. Et derrière Ben Streff, qui l’avait pourtant défendue à l’époque. Et ce, alors que le LSAP a réussi à maintenir son score à Grevenmacher lors des élections communales de dimanche et que Tess Burton a personnellement gagné plus de trois points de pourcentage : elle a obtenu 150 % de voix de plus que la deuxième élue du LSAP, Metty Scholtes. Malgré cela, les deux partis sortants, le CSV et les Verts, ont conclu une alliance sans elle. Tess Burton a des chances tout à fait réalistes de devenir la deuxième élue en octobre. Si la reine du vin de 2004 obtenait plus de voix que la tête de liste, qui a longtemps vécu non pas dans l’Est, mais dans la capitale, ce serait un véritable coup de théâtre pour elle. Pour Paulette Lenert, ce serait un camouflet.

Lenert, qui fait preuve d’un optimisme de circonstance, sait que l’arrondissement Est n’est pas un bastion traditionnel des socialistes. Ceux-ci n’ont jamais dépassé les deux sièges (la dernière fois de 1984 à 1999). Depuis 1989, ils n’ont cessé de perdre du terrain ; en 2013, ils ont été dépassés par le DP, puis en 2018 par les Verts, mais ils ont tout de même réussi à conserver de justesse leur seul siège. Paulette Lenert entend désormais réussir là où ses prédécesseurs, Jos Scheuer et Nicolas Schmit, ont échoué : « Donner plus d’élan à l’Est. » Aux côtés de Ben Streff et de Tess Burton, éditrice des journaux régionaux d’annonces « Muselzeidung » et « Sauerzeidung », quatre nouveaux candidats et candidates devraient l’aider dans cette démarche. Tom Bellion (59 ans), directeur de l’office du tourisme de la capitale (LCTO) qui prendra bientôt sa retraite, n’est membre du LSAP que depuis un an et a été élu dimanche neuvième sur une liste citoyenne au conseil communal de Schengen. Il a déjà acquis une expérience politique de 2005 à 2011 au sein du conseil communal de l’ancienne commune majoritaire de Wellenstein, qui a alors fusionné avec Remerschen et Bürmeringen pour former la commune de Schengen. Kenichi Breden (30 ans), enseignant et éleveur de bovins Wagyu, a été élu dimanche au conseil communal de Junglinster sur une liste citoyenne dominée par le LSAP ; son père, John Breden, y avait déjà siégé en tant que conseiller communal et assesseur pour les socialistes. La liste est complétée par Nadine Lang-Boever (55 ans), employée de banque, assesseure aux affaires sociales à Mertert, où le LSAP détient la majorité absolue depuis 2017, ainsi que le jeune avocat d’affaires Charel Heim (25 ans), élu dimanche au conseil communal d’Echternach.

La commission électorale présidée par Georges Engel a veillé à ce que des candidats et candidates de toutes les régions de l’Est soient représentés. Seuls les bastions du DP que sont Mondorf et Remich, où le LSAP ne dispose que d’un seul conseiller communal dans chacune de ces communes (Vítor Soares de Almeida à Mondorf et Guy Mathay à Remich), ne sont pas représentés sur la liste. Dans ces deux communes, les socialistes misent sur leur tête de liste, qui a grandi à Mondorf et réside depuis plusieurs années à Remich, où elle a manqué de peu son entrée au conseil communal en 2017.

Contexte : malgré la candidature phare de sa ministre de la Santé et vice-Première ministre, qui brille dans les sondages depuis le début de la pandémie de coronavirus, l’Est devrait rester un terrain difficile pour le LSAP. La structure sociale de ce canton majoritairement rural n’est pas favorable aux socialistes. Le taux de chômage n’est supérieur à la moyenne qu’à Befort, Echternach et Remich, tandis qu’il est légèrement inférieur à la moyenne à Grevenmacher, Mertert et Mondorf. Ces six communes sont également les seules de l’Est où le revenu médian est inférieur ou égal à 4 000 euros et où la proportion de Luxembourgeois est inférieure à 60 % (à l’exception de Mertert, où elle s’élève à 62 %).

Pour obtenir un deuxième siège, le LSAP devrait presque doubler son score de 2018. C’est sans doute le DP qui présente les meilleures perspectives dans l’Est : à Mondorf, il a réussi à obtenir la majorité absolue lors des élections communales – sans le ministre des Classes moyennes Lex Delles – et à Echternach, il a remporté 10 % des voix avec la députée Carole Hartmann, qui occupera désormais le poste de maire. À Junglinster, il a obtenu 5 % des voix avec le nouveau maire Ben Ries et le président de son groupe parlementaire, Gilles Baum, tout comme à Remich avec Jacques Sitz.

Par rapport à 2018, le CSV et les Verts ont perdu du terrain dans l’Est. Du côté des chrétiens-sociaux, la première élue de 2018, Françoise Hetto-Gaasch, a mis un terme à sa carrière politique l’année dernière, tandis que la deuxième élue, Octavie Modert, ne joue pratiquement plus aucun rôle au sein du CSV. Léon Gloden a réussi à conserver ses cinq sièges à Grevenmacher et reste maire. Toutefois, le CSV compte dans ses rangs deux maires, le député Max Hengel et la co-secrétaire générale du parti, Stéphanie Weydert, qui avaient déjà obtenu des résultats remarquables en 2018. Les Verts doivent se passer de Carole Dieschbourg, qui était arrivée en tête en 2018, mais comptent sur leur liste Henri Kox, ministre de la Police et du Logement, ainsi que sa nièce Chantal Gary, députée. Les Pirates, qui, contrairement à la tendance nationale, ont légèrement perdu du terrain à Remich avec Daniel Frères et ont manqué leur entrée au conseil communal à Betzdorf avec l’ancien socialiste Laurent Kneip, ne devraient pas jouer un rôle dans l’est du pays. Il en va de même pour l’ADR, qui a perdu en 2009 le siège qu’elle avait remporté en 1989 et dont le porte-drapeau Robert Mehlen (74 ans) ne se représentera probablement pas.

En 2018, l’Est a été la seule circonscription où le LSAP n’a perdu aucun siège. L’objectif déclaré des socialistes est de remporter à nouveau au moins 13 mandats en octobre – comme en 2013, lorsqu’ils avaient réussi à enrayer temporairement leur tendance à la baisse qui durait depuis des décennies. Présenter Paulette Lenert dans la circonscription du Centre, où 5 % suffisent pour obtenir un siège, aurait peut-être été plus judicieux sur le plan électoral que dans l’Est, où le seuil est nettement plus élevé, entre 12 et 13 %. De plus, tous les têtes de liste nationales des quatre grands partis se présentent dans la circonscription du centre, ce qui lui aurait permis de se mesurer à Xavier Bettel, Luc Frieden et Sam Tanson. Mais Paulette Lenert a préféré se présenter dans la circonscription où elle réside, car cela correspond à son « style politique honnête et authentique », selon le LSAP. Dans le centre, Francine Closener et Franz Fayot, têtes de liste, pourront quant à eux se mesurer aux poids lourds. En l’absence des deux premiers élus de 2018, Etienne Schneider et Marc Angel, la tâche s’annonce difficile pour le ministre de l’Économie et la coprésidente du parti, qui devront reconquérir le siège perdu, même si, le 11 juin, le LSAP a obtenu des résultats qui, à son échelle, n’étaient pas si mauvais que cela dans la capitale et sa banlieue aisée – à l’exception de son seul bastion, Steinsel, où il a perdu 10 %.

Nord-Sud : Dans le Nord, où le LSAP doit faire face au départ de Romain Schneider, le parti mènera la campagne électorale avec le duo de tête composé de Claude Haagen et de Flore Schank (50 ans), coordinatrice à l’Okaju et nouvelle échevine de la commune de Feulen, élue au scrutin majoritaire (si la liste a été adoptée hier par le congrès après la clôture de la rédaction). Ils seront soutenus par le député Carlo Weber (57 ans), par le maire sortant de Diekirch, Claude Thill (59 ans), ainsi que par l’infirmière, syndicaliste de l’OGBL et vice-présidente du LSAP, Tina Koch (45 ans), élue au conseil communal de Clerf sur une liste citoyenne. La liste est complétée par quatre jeunes candidat·e·s, jusqu’à présent peu connus en dehors de leur circonscription électorale : la psychologue Claude Besenius (40 ans), qui n’a pas réussi à entrer au conseil communal d’Ettelbruck ; la politologue Danielle Filbig (25 ans), qui a créé la surprise à Rambrouch ; Jeff Gangler (36 ans), maire de Bauschelt, et Michael Schenk (37 ans), assesseur à Wiltz. Fränk Arndt, maire de longue date de Wiltz, contre lequel le parquet mène une enquête pour suspicion de corruption et d’ingérence illégale, n’en fait pas partie, pas plus que le nouveau maire d’Ettelbrück, Bob Steichen, qui s’est volontairement retiré.

Dans la circonscription du Sud, où le parti est traditionnellement le plus fort, le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn et la ministre de l’Intérieur Taina Bofferding se présenteront en tant que têtes de liste du LSAP (si la liste est confirmée par le congrès la semaine prochaine). Le ministre du Travail Georges Engel et son prédécesseur Dan Kersch, les députés et anciens ministres de la Santé Mars Di Bartolomeo et Lydia Mutsch, les députés-maires de Dudelange et de Sanem, Dan Biancalana et Simone Asselborn Bintz, ainsi qu’Yves Cruchten, président du groupe parlementaire du LSAP et, depuis peu, échevin à Käerjeng, seront à nouveau de la partie. Au vu des bons résultats obtenus dimanche dernier par les socialistes dans de nombreuses communes du sud, quelques nouveaux candidats devraient également figurer sur la liste. Sans oublier Max Leners, expert en logement du LSAP et secrétaire de la Fondation Robert Krieps, dont la candidature est considérée comme acquise.

Dans le sud, c’est sans doute en octobre que se jouera l’élection. Entre le LSAP, qui a regagné du terrain, et le CSV, un peu moins fort, entre les Verts, en perte de vitesse sans Felix Braz et Roberto Traversini, et le DP, dynamique, sans Pierre Gramegna. On ne trouve pas de têtes de liste nationales dans la circonscription la plus peuplée – à l’exception de Fred Keup, de l’ADR.