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Institutions et démocratie 13 min de lecture

Les hauts et les bas

Dans le nord, les élections municipales ont surtout constitué, pour le CSV, un test en vue des élections législatives. Ce test ne s'est pas très bien passé.

Article paru dans Édition juin 2023
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Le LSAP d’Ettelbruck, avec son tête de liste Bob Steichen, s’était réuni le soir des élections au camping local. Le soleil brillait, les enfants couraient partout – on se serait presque cru à une grande fête de famille. Huit kilomètres plus à l’est, les socialistes de Diekirch étaient retranchés au Café Miche, comme dans une caverne. L’ambiance était morose, le maire Claude Thill fixait son ordinateur portable. Claude Haagen était également présent et préférait qu’on ne l’aborde pas. Les informations qui avaient filtré officieusement des bureaux électoraux laissaient présager pour le LSAP la perte de deux sièges et, par conséquent, de la majorité absolue. À Ettelbruck, la situation n’était pas aussi claire : le CSV et le LSAP semblaient au coude à coude. La soirée était si mouvementée que les membres du CSV, assis sur la terrasse de la pizzeria Galileo, ne savaient toujours pas, à 21 heures, où se trouvait le maire Jean-Paul Schaaf. Le rival de Schaaf, Steichen, premier échevin, s’était quant à lui retiré au camping pour un conclave avec les dirigeants locaux du LSAP.

Au final, le CSV s’est imposé largement à Diekirch, tandis que le LSAP l’a emporté de justesse à Ettelbruck. Dans le nord, on a assisté dimanche à une série de déboires plus ou moins importants. Le CSV a connu un véritable effondrement : elle n’a présenté aucune liste dans aucune des quatre nouvelles communes à scrutin proportionnel que sont Bettendorf, Esch-sur-Sûre, Parc Hosingen et Redange. Il en a été de même à Ulflingen. En 2017, le CSV avait recueilli près de 40 % des voix au total dans le nord ; dimanche, ce score est tombé à 27 %. Le nombre de sièges du CSV au conseil municipal est passé de 34 à 28. Il reste ainsi le premier parti de la circonscription Nord. Mais six sièges et cinq points de pourcentage séparent les chrétiens-sociaux du LSAP (qui a lui aussi perdu deux sièges et sept points de pourcentage). On pourrait dire : « ce n’est que ça ». Lors des élections législatives de 2018, le CSV avait devancé le LSAP de plus de 16 points de pourcentage.

Il n’est pas facile de dire ce que cela pourrait signifier, d’autant plus que les élections municipales constituaient également un test en vue des élections législatives du 8 octobre. Les grands gagnants, si l’on peut dire, ont été, dans le nord, les listes citoyennes mixtes. Grâce à elles, 59 candidat·e·s au total ont été élus·es aux conseils communaux dans les communes à scrutin proportionnel ; cela ne représente qu’un siège de moins que ceux du CSV et du LSAP réunis. Une liste mixte peut toutefois tout à fait compter des personnalités de premier plan au sein d’un parti. Tina Koch, par exemple, élue en quatrième position sur la liste « Biergerlëst Gemeng Cliärref », est vice-présidente du LSAP.

Clerf est la commune du nord où le CSV a enregistré la plus forte baisse : 12,6 points de pourcentage par rapport à 2017. À l’époque, la liste « Biergerlëst » n’avait recueilli que 14,2 % des voix et seul Georges Keipes, sans étiquette, avait été élu au conseil communal. Dimanche, en revanche, la « Biergerlëst » a atteint 30,47 % des voix et, à titre personnel, Keipes a obtenu 1 954 voix, soit 370 de plus que le maire du CSV, Emile Eicher, que Keipes a invité lundi à des « entretiens exploratoires ». Des rumeurs circulaient selon lesquelles la liste citoyenne ne formerait pas de coalition avec le CSV, mais avec le DP. Finalement, elle a tout de même opté pour le CSV. Eicher, futur premier échevin, attribue le désastre du CSV de Clervaux aux yeux du pays à la « toute nouvelle équipe » avec laquelle il s’était présenté. Ce qui n’est pas tout à fait exact : outre lui, Paul Bisenius et Jean-Pierre Schuller s’étaient déjà présentés en 2017. Mais des dissensions internes au CSV sont apparues début 2022 ; en avril, le conseiller communal Théo Blasen a déclaré vouloir poursuivre son mandat en tant qu’indépendant. Afin de sauver la faible majorité de six contre cinq, le CSV a formé une coalition avec la Biergerlëst 13 mois avant les élections et Eicher a fait entrer Keipes au conseil des échevins. Le conseiller municipal vert Jacquot Junk estime que cela a rendu la liste plus attrayante aux yeux de nombreux électeurs.

À l’approche des élections à la Chambre, aucun parti du Nord n’a autant à perdre que le CSV. En 2018, quatre candidats du Nord avaient été élus au suffrage direct : Martine Hansen, Marco Schank, Emile Eicher et Aly Kaes. Si, en octobre, le retour au gouvernement est encore plus crucial qu’en 2018 – la direction du parti ayant déjà laissé entendre que ceux qui perdraient aux élections municipales ne seraient pas reconduits en octobre –, la défaite des députés-maires prendra une importance supplémentaire. Qui sera de la partie ? Martine Hansen, sans aucun doute, car son rayonnement dépasse le cadre régional. Marco Schank et Aly Kaes ne se représenteront pas. Emile Eicher déclare : « Nous n’avons pas encore discuté des élections à la Chambre. Ce n’est pas ma préoccupation pour l’instant, nous en sommes au stade des discussions exploratoires. » Mais qui sait ce qu’il adviendra si le CSV de Clerf ne parvient pas à entrer au nouveau conseil communal ? Il est prévisible que le co-secrétaire général Christophe Hansen souhaite également figurer sur la liste nord pour les élections à la Chambre. Le député européen est attiré par la politique nationale. La liste des candidats devrait s’avérer très compétitive. Et au final, ce n’est pas qui figure sur la liste qui compte, mais qui sera élu à la Chambre.

À Ettelbruck, le passage du pouvoir du CSV de Jean-Paul Schaaf au LSAP de Bob Steichen s’est déroulé rapidement et sans heurts. Alors que ses camarades de parti s’inquiétaient de ne pas le voir arriver au dîner pizza, il se trouvait dans la salle polyvalente de l’école primaire de la place Marie-Adelaïde, où il suivait la diffusion en direct des résultats désormais officiels. « Non, je ne me prête pas à ce genre de petits jeux », a-t-il murmuré lorsqu’on lui a demandé s’il allait proposer une coalition au DP, qui détient deux sièges, afin d’écarter les socialistes. À Ettelbruck, il était déjà clair dimanche soir que le CSV et le LSAP continueraient à former une coalition, que Steichen deviendrait maire et que Schaaf serait premier échevin. L’actuel deuxième échevin, Pascal Nicolay (CSV), conservera son poste pendant quatre années supplémentaires, tandis que les deux autres postes seront occupés par Christian Steffen (LSAP). Le fait que le CSV n’ait obtenu qu’un score inférieur de 2,6 points de pourcentage à celui du LSAP et que le nombre de voix personnelles de Schaaf ne soit inférieur que de 226 à celui de l’échevin Bob Steichen pourrait préserver les chances de Schaaf d’obtenir une place sur la liste du Nord. Le futur maire d’Ettelbruck a toutefois déclaré mercredi sur Radio 100,7 qu’il ne se présenterait pas aux élections à la Chambre et qu’il souhaitait se concentrer sur la commune.

Ce qui constitue une perte stratégique pour le LSAP Nord. D’autant plus que son chef de file dans le Nord en 2018, Romain Schneider, s’est retiré de la vie politique il y a un an et demi. Et à cause de la débâcle de Diekirch : les socialistes n’excluaient pas de perdre la majorité absolue après douze ans. Si un siège sur sept avait été perdu au profit des Verts, une coalition aurait pu être formée avec eux. Mais la perte de deux sièges était une catastrophe. Lorsque Frank Thillen, tête de liste des Verts, est passé au Café Miche à une heure très tardive, ce n’était sans doute pas seulement en raison du niveau d’alcool désormais considérable que quelqu’un lui a lancé avec frustration : « Si tu avais mené une vraie campagne électorale, ça aurait été possible de former une coalition ! » Mais cela décrivait un scénario que le LSAP avait sérieusement envisagé. Mais pas du fait que le CSV de Charles Weiler et le DP de José Lopes Gonçalves pourraient les détrôner.

Il n’est pas exagéré de qualifier le nouveau maire de Diekirch, fils de Lucien Weiler, ancien chef du groupe parlementaire du CSV, président de la Chambre des députés et, plus récemment, maréchal de la Cour, d’« étoile montante » du CSV dans le nord du pays. Cela dit, le LSAP doit sans doute aussi s’en prendre à lui-même pour cette perte de pouvoir. Et la « méthode Haagen », avec laquelle Claude Haagen a dirigé la commune en tant que maire, notamment au cours de son deuxième mandat de 2011 à 2021 (le premier s’étant déroulé de 2001 à 2005). Faire passer les choses en force, sans trop discuter, telle était son approche. Un peu comme l’a promis à la radio, l’automne dernier, celui qui est devenu ministre des Affaires sociales début 2022, en affirmant qu’il ne lui faudrait pas des mois pour trouver le bon barème pour les psychothérapeutes. Pour le faire adopter, il a toutefois contourné quelque peu la Constitution, car sinon tout aurait pris beaucoup plus de temps. Son successeur à la mairie de Diekirch, Claude Thill, n’a pas procédé de la même manière, mais il a eu peu de temps pour imposer son propre style. Et il a sans doute dû constater que certains citoyens et citoyennes en avaient assez des projets de Haagen, qui sentaient l’aventure, voire le scandale, lorsque des informations à ce sujet filtraient du conseil municipal vers les tables des habitués. Et bien sûr, lorsque le tribunal administratif avait à s’en occuper, c’était pareil.

Peut-être Diekirch faisait-elle partie de ces communes du nord où l’on aurait pu s’attendre à ce que les Verts obtiennent davantage que la simple défense de leur seul siège au conseil municipal. La vie n’est pas si mal dans cette petite ville de notables. Pourtant, les Verts n’ont jamais dépassé les 15 % des voix à Diekirch. Et comme presque partout dans le pays, on leur reproche tout et n’importe quoi à Diekirch aussi. Des trottoirs défoncés lorsqu’une piste cyclable doit être aménagée. La hausse des prix du carburant, d’autant plus que le ministre de l’Énergie habite à Diekirch. Ne pas y connaître grand-chose en matière d’économie compétitive. Et : prêcher la morale climatique, mais la trahir eux-mêmes, comme l’a fait la présidente du parti, Djuna Bernard, avec son voyage en avion chez les Brésiliens de luxe fin mars. Selon certaines sources, cela aurait effectivement constitué un thème de campagne électorale à Diekirch. Même tout leur engagement local au sein de la commune n’y a rien changé. Tout comme cela n’a pas aidé les Verts à Clerf. Pire encore : là-bas, ils ont perdu six pour cent des voix et l’un de leurs deux sièges au conseil municipal. En revanche, l’ADR a remporté un mandat et devancé les Verts d’un demi-pour cent des voix.

Un changement de pouvoir particulier s’est produit dans la commune de Vianden, dirigée par Claude Tonino, membre du LSAP et de l’OGBL. Dimanche, Claude Tonino et l’ensemble de son collège échevinal ont été battus aux élections ; les vainqueurs avaient fait l’objet, au cours des deux semaines précédentes, de discussions sur Facebook, au cours desquelles on leur reprochait de ne pas être déclarés à Vianden.

À Wiltz, Frank Arndt, membre du LSAP et de l’OGBL, a lui aussi perdu son siège de maire. Le LSAP de Wiltz s’attendait d’ailleurs à subir une défaite encore plus cuisante. Il faut dire qu’une enquête est en cours contre Arndt pour suspicion de corruption. Au final, le LSAP n’a pas perdu deux de ses six sièges au conseil municipal, mais un seul, non pas au profit de son partenaire de coalition, le CSV, mais au profit du DP. Et avec 38,58 % des voix (contre 45,45 % en 2017), son score à Wiltz a même été son meilleur résultat dans le nord du pays, soit près de trois points de plus que les 35,67 % obtenus à Ettelbruck. Avec 1 592 voix personnelles, Arndt s’est nettement démarqué du candidat le plus élu du CSV, le premier échevin Albert Waaijenberg (1 246 voix). Même si Arndt a obtenu 224 voix de moins qu’en 2017.

Peut-être que l’ancrage du LSAP dans cette ville ouvrière est suffisamment solide pour que les scandales ne puissent lui nuire tant que la présomption d’innocence juridique s’applique à Arndt. Et il n’est pas sans ironie que la formation d’une coalition entre le CSV et le DP à Wiltz, influencée selon les informations de RTL par les sièges centraux des deux partis, ait provoqué des tensions au sein du CSV local, entraîné la démission de l’assesseur Patrick Comes et donné lieu à un conseil des assesseurs entièrement nouveau et inexpérimenté. Le fait que l’ancien assesseur du CSV, M. Comes, ait déclaré que cela était « dangereux » est bien sûr piquant.

Le DP, qui s’est renforcé à l’échelle nationale, est resté relativement stable dans le nord, enregistrant ses meilleurs résultats à Diekrich et à Wiltz. Il convient d’ajouter que le président régional du DP, Eric Thill, a conservé son poste de maire de la commune à scrutin majoritaire de Schieren et que le député André Bauler a été élu en tête de liste à Erpeldange. En effet, Erpeldingen et Schieren font partie, aux côtés d’Ettelbrück, de Diekirch et de Bettendorf, des communes candidates à la fusion pour former la Nordstad. La question de l’avenir de cette fusion s’est posée dimanche, du moins de manière implicite. À Ettelbrück, le nouveau maire du LSAP est tout aussi favorable à la fusion que l’était Jean-Paul Schaaf. À Diekirch, en revanche, le tête de liste du DP, José Lopes Gonçalves, avait mené campagne contre une fusion des cinq communes de la Nordstad ; Charles Weiler ne s’était pas prononcé très clairement en faveur d’une fusion à cinq. En tant que maire, Eric Thill est tout aussi favorable à la fusion que la direction régionale du DP et la direction nationale du parti. Reste à voir quelle sera la position d’André Bauler s’il devient maire d’Erpeldange : lorsqu’il occupait cette fonction entre 2011 et 2013, il avait émis de nombreuses réserves concernant le projet politique « Nordstad ». Pour l’instant, cependant, tant lui que le maire sortant Claude Gleis revendiquent le poste ; seuls 36 voix les séparent. Gleis est favorable à la fusion à cinq, tout comme son collègue de parti d’Ettelbrück, Jean-Paul Schaaf. À Bettendorf, on ne sait pas encore si le nouveau maire s’appellera José Vaz do Rio. L’ancien premier échevin s’était présenté sur la liste citoyenne « Eng Ekipp fir Iech » et avait déclaré pendant la campagne électorale n’avoir aucun avis sur la fusion « Nordstad ».

Une chose est sûre : les conseils de commune des cinq communes doivent déterminer la suite des événements. Ils devront décider s’ils soumettent aux conseils communaux une déclaration d’intention relative à la fusion, ce qui lancerait le processus de fusion, référendum compris. Il est difficile de prévoir ce qui va se passer. Toutefois, si les citoyennes et citoyens se prononcent en faveur de la fusion, il se pourrait que des élections partielles aient lieu avant 2029 dans les cinq communes de Nordstad.