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Institutions et démocratie 8 min de lecture

Analyse de régression

#Luc : Le Parti populaire (CSV) et le LCGB ont obtenu de moins bons résultats que le Parti de la classe moyenne (DP) dans les communes ouvrières.

Article paru dans Édition octobre 2023
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Se rendre au bureau de vote du centre culturel de Bonneweg dimanche © Photo : Sven Becker

Sous la houlette de son candidat libéral de premier plan, le CSV s’est un peu éloigné dimanche de son image de parti populaire. Luc Frieden incarnait une offre de coalition émanant du capital financier moderne et mondialisé – banques, fonds d’investissement et « Big Four » – à l’intention d’une petite bourgeoisie conservatrice composée de fonctionnaires, d’indépendants, de retraités et d’agriculteurs, pour qui la coalition gouvernementale libérale était trop « moderne ». Le capital de départ était la promesse de baisses d’impôts pour tous.

Il est possible de calculer les corrélations entre les parts de voix des partis et la situation sociale dans les 100 communes : sous forme d’un coefficient sur une échelle allant de +1,00 (corrélation parfaite) à zéro (aucune corrélation) jusqu’à –1,00 (totalement opposés).

Selon ces résultats, le CSV de Luc Frieden a obtenu ses meilleurs scores dans les communes où le salaire médian est élevé (+0,35). Légèrement plus que le DP, le parti historique des hauts revenus (+0,29). Le Parti populaire CSV, ainsi que le LCGB, ont même obtenu de moins bons résultats dans les communes ouvrières (–0,40) que le DP, parti des classes moyennes (–0,23). L’ancien président de la Chambre de commerce a dû ravaler sa fierté, mais la méfiance est restée. En revanche, le CSV a remporté ses plus grands succès dans les communes où les Verts ont enregistré leurs plus fortes baisses (–0,28) : Luc Frieden avait promis de ne pas aller trop loin en matière de protection du climat.

Au sein du bloc bourgeois, le CSV et le DP étaient rivaux : le DP a surtout progressé là où le CSV a reculé – et inversement (–0,41). En 2013, le DP est entré au gouvernement en tant que parti d’Ernst & Young et d’Atoz. Au sein de la coalition avec les sociaux-démocrates, cette réputation s’est estompée face à l’interventionnisme de l’État lors de la crise du Covid et de celle du gaz naturel. Aujourd’hui, c’est le CSV qui est affublé d’une réputation similaire.

L’écart en matière de niveau d’études était plus important que l’écart salarial entre les électeurs du CSV et ceux du DP. Il existait une corrélation de +0,24 entre la proportion de diplômés de l’enseignement supérieur et de titulaires d’un brevet professionnel et les résultats du CSV, et de +0,50 avec ceux du DP. En effet, le CSV a recueilli plus de voix que le DP dans les petites communes rurales.

« C’est bien la classe sociale qui détermine le vote, à condition toutefois de l’envisager dans une perspective multidimensionnelle » (Julia Cagé et Thomas Piketty, Une histoire du conflit politique, Paris 2023, p. 844). À Niederanven, le salaire médian est deux fois plus élevé qu’à Reisdorf. Vianden compte cinq fois plus de travailleurs et travailleuses que Weiler-zum-Turm. Le taux de chômage à Esch-Alzette est sept fois plus élevé qu’à Bech. Une analyse de régression multiple montre que le statut d’ouvrier détermine à 50 % le choix électoral. Le salaire médian, à 49 %. Les diplômes universitaires et les certificats de maîtrise, à 68 %.

Le LSAP est dirigé par des avocats et des hauts fonctionnaires. Mais c’est dans les communes où la proportion de diplômés de l’enseignement supérieur est la plus faible qu’il a recueilli le plus de suffrages (–0,43). Après chaque défaite électorale, ses notables veulent supprimer le « A » du nom du parti. Pourtant, c’est dans les communes comptant le plus grand nombre d’ouvriers (+0,42) que le parti a obtenu ses meilleurs résultats. Dans les villes ouvrières du sud et les petites villes de province industrialisées, on trouve également davantage de personnes éligibles au RMG/Revis (+0,32) et de chômeurs (+0,40).

C’est dans les communes où les Verts ont enregistré leurs plus fortes baisses (–0,58) que le LSAP a obtenu ses meilleurs résultats. On a également observé une corrélation négative entre les gains et les pertes du LSAP et du Parti pirate (–0,44).

Le LSAP a obtenu de meilleurs résultats électoraux là où le salaire médian est plus bas (–0,35). C’est le parti des ouvriers qualifiés, des employés et des fonctionnaires des échelons inférieurs et intermédiaires. Avec Paulette Lenert, il s’est offert une technocrate de droite comme tête de liste. Celle-ci s’est montrée réticente à toute concession programmatique en faveur de la classe ouvrière.

Cela est possible parce que le système électoral n’est pas neutre. Il revêt un caractère de classe marqué : sous prétexte de la citoyenneté, le bloc bourgeois exclut la majorité de la classe ouvrière des élections. Celle-ci représente la majeure partie du demi-million d’immigrés et de frontaliers privés du droit de vote.

Parmi les électeurs inscrits, 19,32 % n’ont pas déposé de bulletin de vote valide dimanche. Ce chiffre correspondait à la part des voix obtenues par le LSAP ou le DP. Ces électeurs ne se sont pas rendus au bureau de vote, ont renoncé au vote par correspondance ou ont déposé des bulletins blancs ou nuls. La proportion d’abstentionnistes n’était pas répartie de manière homogène. Elle était plus importante dans les grandes villes que dans les petites communes rurales (+0,43). C’est dans les communes comptant le plus grand nombre de personnes titulaires d’un diplôme de l’enseignement secondaire que la proportion d’abstentionnistes était la plus faible (–0,73).

En revanche, là où vivent davantage de chômeurs (+0,56), de bénéficiaires du RMG et de l’aide sociale (+0,41), de personnes ayant un niveau d’études primaires (+0,39) et d’ouvriers (+0,33), la proportion d’abstentionnistes était plus élevée. Les électeurs issus de la classe ouvrière et vivant dans des conditions difficiles ont sans doute constaté que les élections ne changeaient rien à leur situation.

Dans ses interventions, la direction de l’ADR, embourgeoisée et radicalisée, a transformé la détresse des personnes politiquement et économiquement privées de voix en une question linguistique. Le parti a obtenu ses résultats dans les communes où la proportion de diplômés de l’enseignement supérieur est la plus faible (2013 : –0,25 ; 2018 : –0,35 ; 2023 : –0,65). Ou encore là où résident la plupart des personnes titulaires d’un diplôme de cinquième ou de neuvième (2018 : +0,21 ; 2023 : +0,57). En 2018, le CSV et l’ADR ont gagné ou perdu des voix dans les mêmes communes (+0,32). Dimanche, les deux partis de droite étaient concurrents, leurs résultats s’excluant plutôt mutuellement (–0,39).

Pour la première fois depuis 1999, l’ADR a de nouveau obtenu un score supérieur à celui des Verts. L’électorat de l’ADR correspondait à celui des Verts, mais avec un signe inverse. L’ADR a obtenu ses meilleurs résultats là où le salaire médian est le plus bas (–0,51, Verts : +0,58) et où vivent le plus d’ouvriers (+0,42, Verts : –0,56) et où vivent le plus grand nombre de bénéficiaires du RMG/Revis (+0,48, Verts : –0,48). L’ADR a réussi à regagner une partie de son électorat perdu au profit des Pirates.

En 2018, les Pirates ont découvert la démagogie sociale pour ravir des électrices à l’ADR. Lors de la campagne électorale de 2023, ils ont repris sans discernement des promesses électorales de la gauche et de la droite. Leur succès au sein de la classe ouvrière a diminué par rapport à 2018. C’est là où le salaire médian est le plus bas qu’ils ont obtenu leurs meilleurs résultats (2013 : –0,32 ; 2018 : –0,68 ; 2023 : –0,37). C’est là que vivent la plupart des travailleuses (2013 : +0,33 ; 2018 : +0,65 ; 2023 : +0,38) et la plupart des chômeurs (2018 : +0,46 ; 2023 : +0,22).

Les Verts sont, plus que tout autre parti, le parti des classes moyennes aisées. C’est dans les communes où le salaire médian est le plus élevé (+0,58) qu’ils ont obtenu leurs meilleurs résultats. Dans les communes-dortoirs proches de la capitale, où vivent des fonctionnaires, des cadres, des médecins et des avocats.

Le niveau d’éducation de l’électorat vert est donc élevé : la corrélation entre les résultats électoraux des Verts et la proportion de diplômés de l’enseignement supérieur et de maîtres artisans est particulièrement forte (+0,72). Dans les zones où vivent de nombreux ouvriers et personnes titulaires d’un diplôme de fin d’études primaires, le vote vert a été proportionnellement faible (–0,56). Il en va de même pour les communes comptant de nombreux bénéficiaires de l’aide sociale (RMG) ou de l’aide aux personnes en situation de précarité (Revis) (–0,48) et de chômeurs (–0,40).

Si l’on se base sur le rapport avec le salaire médian, l’électorat vert s’est « raffiné » au cours des dix dernières années : 2013 : +0,27, 2018 : +0,43, 2023 : +0,58. En revanche, les électrices moins aisées, titulaires d’un diplôme de cinquième ou de neuvième, se sont détournées des Verts : 2013 : –0,29, 2018 : –0,42, 2023 : –0,61.

La plupart des électeurs étaient favorables à la protection du climat. Mais ils ont rapidement eu l’impression qu’elle revêtait un caractère technocratique et qu’elle constituait une source de tracasseries. D’autres ont craint de devoir payer la note pour la transition écologique du modèle économique dominant. Ils souhaitaient, comme partout ailleurs en Europe ces derniers temps, une pause dans la transition écologique. C’est pourquoi ils ne voulaient plus de ministres verts. Les Verts ont perdu des voix dans 100 communes sur 100. Le gouvernement a perdu sa majorité.