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Institutions et démocratie 10 min de lecture

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Les communes de Monnerich, Reckingen/Mess et Garnich pourraient jouer un rôle décisif dans le district sud. Une visite dans la ceinture verte, où, pour beaucoup, le monde va encore plus ou moins bien.

Article paru dans Édition octobre 2023
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Parc Molter, Monnerich © Photo : Sven Becker

Au parc Molter de Monnerich, l’aire de jeux a été achevée peu avant les élections municipales : le revêtement en caoutchouc bleu est encore souple, le paillis est réparti uniformément sur le sol, et un employé municipal s’occupe des structures en bois. Deux mères sont venues des communes voisines pour passer ici leur lundi matin avec leurs tout-petits. Le Gimbiss, un conteneur bleu, a accueilli ces derniers mois des apéros « après le boulot » dans le parc ; les lumières devant l’établissement sont toujours suspendues et scintillent sous le soleil matinal. Outre le week-end, il était également ouvert les mardis et jeudis après-midi, jours sans école, et attirait une certaine clientèle. Les têtes de liste du DP, Max Hahn et Claude Meisch, s’y sont rendus pour les apéros « after work », tout comme Taina Bofferding (LSAP), afin de faire campagne.

Selon Statec, 71,7 % des habitants de cette commune de 7 000 habitants sont luxembourgeois (chiffres de janvier 2022). Elle se classe ainsi à la troisième place du classement des communes du district Sud en termes de population autochtone, derrière Garnich (74,1 %) et Reckingen/Mess (79 %). La circonscription électorale du Sud étant la plus grande, avec 23 sièges à pourvoir, ce qui préoccupe les habitants de cette région devrait avoir un poids disproportionné, même si le nombre d’électeurs est inférieur à celui des villes du sud : en 2018, un peu moins de 7 000 personnes au total (sur 11 500 habitants) se sont rendues aux urnes dans les trois communes ; en revanche, à Esch-sur-Alzette, environ 12 000 personnes ont exercé leur droit de vote, soit à peine un tiers de la population locale. Tant en 2017 qu’en 2021, Garnich et Reckingen/Mess figuraient, selon Statec, parmi les cinq communes les mieux loties du pays en termes d’indice socio-économique.

Deux passants qui se promènent dans le parc Molter – nous les appellerons Jessica et Marc, car ils ne souhaitent pas voir leur nom apparaître dans le journal – connaissent bien la commune et ses habitants. Est-ce là, selon eux, le Minett ? Marc acquiesce : « Ce sont des Monnerecher Bounesäck ». Quant à Jessica, elle serait « une Monnerechienne de cœur », même si elle ne vit plus ici aujourd’hui. « Le Luxembourgeois typique aime vivre dans une maison individuelle sur quatre côtés – et souhaite conserver son niveau de vie actuel », résument-ils tous les deux pour décrire la philosophie de vie de la classe moyenne aisée locale. Cela se manifeste surtout en matière de logement. Marc se souvient d’une époque où les enfants recevaient un terrain à bâtir en cadeau pour leur première communion (selon Liser, jusqu’à 75 % des élèves de l’école primaire de la commune sont ensuite orientés vers le lycée classique). Même s’il n’est probablement plus possible d’offrir un terrain à bâtir : « On voit que les habitants de Monnerech bénéficient encore d’un bon cadre de vie », estime Jessica. Les familles qui vivent ici le font souvent depuis des décennies, leurs enfants restent parce qu’ils sont « très satisfaits » – et qu’en tant qu’héritiers, ils en ont la possibilité.

À Monnerich, il faut actuellement débourser au moins 900 000 euros pour une maison individuelle. Alors que des investissements avaient été réalisés dans le logement social jusqu’en 2018 sous les maires socialistes Dan Kersch et Christine Schweich, le conseil communal noir-bleu, sous la houlette du maire Jeannot Fürpass (CSV), a jusqu’à présent privilégié d’autres priorités, telles que la création d’un nouvel atelier communal.

Non loin de Monnerich, à Wickringen, à mi-chemin de Reckingen/Mess, près de l’autoroute d’Esch, l’entrepreneur Marc Giorgetti inaugurera fin 2024 son mégaprojet Gridx. Ce temple du consumérisme de 42 000 mètres carrés, également surnommé « la Mecque de l’automobile », ne se contentera pas d’exposer des voitures particulières, mais abritera également des centres commerciaux et des bureaux. En s’enfonçant dans la campagne, on oublie vite tout cela. Des collines verdoyantes idylliques, des champs de potirons à perte de vue, jusqu’à Reckingen/Mess. La rue principale, la rue Jean-Pierre Hilger, bordée de maisons individuelles de styles variés, s’étend sur une colline le long de la mairie en direction d’Ehlingen. À peu près au milieu, au cœur du village, Marianne Bruch-Noesen se tient devant sa ferme rénovée et arrache le lierre sec du mur. Derrière elle, l’activité bat son plein : lorsqu’une nouvelle maison a été construite en face, la démolition de l’ancienne devait entraîner la disparition du premier calvaire du sud du pays, datant du XVIe siècle. Marianne Bruch-Noesen et son mari ont décidé de le nettoyer, de le remettre en état et de l’installer devant leur propre maison. Il est en train d’être installé pour être ensuite placé sur un socle. Elle s’est installée ici avec sa famille il y a plus de 30 ans, car elle souhaitait quitter le Minett pour la campagne. « Les agriculteurs sont partis entre-temps, mais c’est toujours aussi beau ici. » Même si la plupart des familles sont aisées, ses enfants n’ont tout de même plus les moyens de continuer à vivre ici, déplore-t-elle. En tant que « Minettsdapp », elle ne considère pas son lieu de résidence comme faisant partie du Minett : les habitants de Recken auraient un caractère différent, moins ouvert.

Parfois qualifiée de « ceinture verte » entre Esch et la capitale, la commune est appréciée pour son ambiance rurale et sa proximité avec les villes. Dans le même temps, les habitants déplorent la disparition des petits commerces et des cafés, qui étaient autrefois au nombre de neuf (!) dans la région. À côté de la maison de Marianne Bruch-Noesen, on peut encore voir l’enseigne du « Café Wester », fermé depuis des décennies. Jean-Paul Mertes, le crâne chauve et la longue barbe grise, vit dans ce bâtiment avec sa femme depuis 1999. (Ils tiennent à ce que la lettre G à la fin de « Reckeng » soit prononcée, sinon on devient « rosen ewéi eng Spann ».) Ils ont conservé le comptoir en bois et la décoration du café ; le temps semble s’être arrêté. La maison regorge de livres ; dans une pièce, on trouve surtout des objets religieux, des icônes, des bougies et des croix. On peut considérer ce théologien de formation comme le chroniqueur du village, car l’administration lui confie régulièrement la rédaction de petits articles sur l’histoire locale. Ce dimanche, il a l’intention de voter pour les communistes, car ils représentent pour lui « ce qu’il y a de plus chrétien en politique ». Il est surpris de constater que près de 80 % des habitants ici sont luxembourgeois. Tout autour vivent des Portugais, des Indiens, des personnes originaires de l’ex-Yougoslavie. Des réfugiés vivent également ici, « dans une très bonne entente ». « Quand les gens sont là, les autres s’en rendent compte, ils sont comme nous », dit Mertes. La mentalité purement villageoise a plus ou moins disparu. En même temps, il se souvient que, dans les années 90, les habitants s’étaient farouchement opposés à la construction de logements sociaux. Contrairement à d’autres communes, la croissance est plutôt lente dans cette commune dirigée par le maire socialiste Carlo Muller – notamment parce qu’on souhaite préserver la nature, a déclaré Carlo Muller à propos de son village (d’Land, 25 mars 2016).

Devant la mairie, une affiche rappelle aux habitants qu’il est interdit de marteler le dimanche et les jours fériés, et qu’en cas de conflit, il convient d’abord d’expliquer calmement son point de vue à son voisin. Au bout de la rue se trouve le Café Mess, qui est bien fréquenté pour un lundi midi. Au comptoir, quelques hommes sont assis et fixent leur bière ; en fond sonore, on entend « Too much love will kill you » de Queen. Patricia, qui arbore un tatouage de pattes de chien dans la nuque et un piercing à la lèvre, veille à ce que les verres de ces hommes silencieux soient remplis à nouveau. « Ce n’est plus possible de vivre ici », dit-elle. Avec son maigre salaire, ses deux enfants et une procédure de divorce en cours, il lui a été très difficile de trouver un appartement à louer dans sa commune d’origine. Ce fut un pur coup de chance. Le nouveau complexe immobilier sur la colline, en revanche, est surnommé la « Cité des riches ». Elle trouve injuste que les Luxembourgeois quittent le pays pour s’installer dans la région frontalière, tandis que tant d’autres, qui semblent encore avoir les moyens de vivre ici, viennent s’y installer. « On ne fait que suivre le mouvement. » Pendant la campagne électorale, on fait beaucoup de promesses, mais ensuite, rien ne change. Elle ne sait pas encore pour qui elle votera dimanche.

Plus au nord, à Garnich, les collines sont un peu moins escarpées, mais toujours verdoyantes et parsemées de vaches et de chevaux. Fred Keup, député de l’ADR, habite ici ; on a l’impression que son visage est affiché sur un lampadaire sur deux. Lorsqu’il s’est présenté pour la première fois aux dernières élections nationales de 2018, son parti a recueilli 13,3 % des voix à Garnich, soit 5 % de plus que la moyenne nationale. Au début du XXe siècle, ce minuscule village comptait 550 habitants, principalement des artisans ; les choses ont bien changé depuis. On y trouve désormais de grandes maisons individuelles, ainsi que des fermes soigneusement rénovées, dotées de jardins et devant lesquelles sont garées de spacieuses voitures. Serait-ce là le Luxembourg auquel aspire l’ADR ? Le village semble aujourd’hui désert, il n’y a pratiquement pas de piétons, des cyclistes en cuissard de lycra filent à toute allure à travers le village. On cherche en vain un parc ici. Seul le café Baesch abrite quelques âmes. Un homme au comptoir boit sa bière. Il habite dans la commune voisine et estime que le gouvernement n’a rien fait pour les Portugais qui peinent quotidiennement sur les chantiers, mais qu’il n’a fait que renforcer les entreprises. C’est un vrai gâchis, tout ça. Il secoue la tête et continue à boire. Pour le scrutin de dimanche, il hésite entre le CSV et le KPL.

Le village ne s’anime un peu que lorsque la sonnerie retentit à l’école primaire et que les enfants se précipitent dehors pour être récupérés par leurs parents ou accompagnés à la Maison Relais située en face. Une mère est assise sur les marches. Elle explique qu’elle s’est réorientée vers le secteur de l’éducation pour le bien de ses enfants. Elle n’est pas la seule dans ce cas : selon les informations fournies par la mairie, une majorité des habitants des nouveaux lotissements de la commune (la Cité Wuesheck à Dalheim et An der Merzel à Garnich) travaillent dans le secteur de l’éducation et au sein des forces de police. Les places à la Maison-Relais sont complètes depuis cette rentrée scolaire, a indiqué le Land à notre demande. Toutefois, cela concerne surtout les pauses déjeuner lors des longues journées d’école ; après, la fréquentation diminue fortement.