Eric Thill nous accueille dans son bureau spacieux, meublé de mobilier Sichel, à l’Hôtel des Terres Rouges. Il porte une chemise bleu clair aux couleurs de son parti, des lunettes grises transparentes et trois bracelets de perles bleues. Il nous propose de l’eau, puis s’assoit devant son bureau, sur lequel se trouvent des bonbons Tagada et Haribo, des bonbons « Gletscher-Eis », un iPad et deux téléphones portables. La fenêtre est ouverte et offre une vue sur la vallée de la Pétrusse. Urbaine, mais verdoyante. Eric Thill est habitué à la verdure depuis sa commune rurale de Schieren, qu’il a présidée pendant quatre ans en tant que plus jeune maire du pays à l’époque. Trois tableaux ornaient ses murs : une Panthère rose avec l’inscription « Vogue », Picsou recouvert de graffitis et un Banksy orné d’un motif Louis Vuitton. Les murs de son bureau ministériel sont pour l’instant encore vides ; un appel à candidatures est en cours afin d’enrichir les collections du ministère et d’étudier ce qui pourrait y être accroché.
Thill a passé toute sa vie à Schieren. C’est également au Luxembourg que cet homme politique libéral a obtenu sa licence en sciences économiques et son master en gouvernance européenne. En 2018, il a adhéré au DP, auquel il est lié par sa famille ; son grand-père avait déjà été assesseur dans la commune sous le mandat du maire August Goerens, père du député européen libéral Charel Goerens. Avant même que la question de savoir s’il aurait pu envisager un autre parti ne soit posée jusqu’au bout, Thill répond d’un ton vif : « Non. » Les valeurs libérales et la maxime de la responsabilité individuelle lui ont été inculquées dès le berceau. Les gens doivent faire des efforts et sont en fin de compte artisans de leur propre bonheur, même si l’État « fixe le cadre ». Il ne faut pas longtemps avant que le mot « pragmatisme » ne soit prononcé. Tout cela, bien sûr, « dans un esprit de solidarité ». Il assume ce manque d’idéologie avec lequel Charles Goerens définit avec bienveillance la nouvelle génération libérale. Il n’est tout simplement pas toujours possible, sur le plan politique, d’adopter une approche idéologique rigide. Il souhaite plutôt adopter une approche « axée sur les solutions ». Après six mois passés dans la société de gestion des risques de son oncle (d’Land, 11/11/2022), il est devenu maire en 2019, puis a été propulsé en 2020 au sein du groupe parlementaire et au conseil d’administration du Centre d’études Émile Schaus, aux côtés d’Henri Grethen. Il dit pouvoir se mettre à la place des artistes, dont la réalité quotidienne est précaire et qui, souvent, ne savent pas quand le prochain financement sera versé sur leur compte – il connaît aussi le revers de la médaille, affirme-t-il.
Lors des négociations de coalition à Senningen, Eric Thill n’était pas présent. Quatrième sur la liste dans le nord, derrière les poids lourds Fernand Etgen, André Bauler et Marc Hansen, personne ne s’attendait à ce qu’il soit là. L’anecdote selon laquelle Eric Thill aurait passé le week-end en survêtement, affalé sur son canapé, avant de recevoir l’appel de Xavier Bettel lui proposant de devenir ministre, a presque acquis un statut culte. « J’ai tout de suite compris que je devais accepter ce poste pour motiver d’autres jeunes. » Cette anecdote en dit long sur la place accordée à la culture et sur l’état de la politique culturelle après le changement de gouvernement. Elle laisse supposer un faible intérêt pour la culture au sein du gouvernement Frieden-Bettel : l’effet de surprise suscité par cette nomination a été largement commenté par les médias a posteriori. Le journal *Das Wort* a qualifié cela d’« attitude irrespectueuse envers la culture » ; les acteurs du monde culturel se sont inquiétés, car ils s’étaient habitués à la ministre verte de la Culture, Sam Tanson, très engagée, qui avait largement professionnalisé le secteur. Il a pris ces critiques « avec sportivité », rétorque Thill, car il est normal de ne pas « plaire à tout le monde ». Même si personne ne le croit, il s’est toujours intéressé à la culture et est issu d’une famille imprégnée de culture : le père de Thill était président de la fanfare locale et ses parents tenaient un kiosque à journaux à Ettelbrück. Il souhaite être jugé en 2028, lorsque son travail sera achevé.
Eric Thill a accepté avec gratitude les honneurs ministériels ; il a également pris en charge le tourisme délégué. Le mot « synergie » est évoqué : son objectif est de relier le tourisme culturel à d’autres formes de tourisme. Il en a récemment donné un exemple en visitant la nouvelle auberge de jeunesse de Vianden en compagnie de la ministre des Travaux publics, Yuriko Backes (DP). À l’instar de Mme Backes (d’Land, 9 août 2024), Eric Thill aime s’entourer de ses propres collaborateurs au sein du ministère : il a nommé Gene Kasel, ancien secrétaire parlementaire du DP, au poste de premier conseiller d’État. Sébastien Gudenburg, qui a orchestré la campagne électorale nationale des libéraux l’année dernière, est chargé de la communication avec la presse. Carl Adalsteinsson, ancien directeur du CAPE d’Ettelbrück, a repris les rênes du poste de coordinateur général laissé vacant par le départ à la retraite de Jo Kox.
Thill ne cache pas que Xavier Bettel l’a inspiré. Surtout par sa proximité. « On s’inspire de différentes choses, tout en restant authentique. » Il y a sept ans, Xavier Bettel, alors Premier ministre et ministre de la Culture, formant avec Guy Arendt, secrétaire d’État, un « duo solide » selon sa propre estimation, avait déclaré : « Bien sûr, il faut des subventions publiques, mais les artistes doivent pouvoir voler de leurs propres ailes. » Eric Thill ne tient pas ce genre de propos. Ce serait imprudent. Mais Xavier Bettel a lui aussi déclaré à maintes reprises combien il tirait « de la joie de son métier » dans le domaine de la culture, parallèlement à ses fonctions de Premier ministre, et que la culture « est l’ADN d’une nation, qu’il convient de préserver et de promouvoir ». Que la culture devrait être introduite comme matière à l’école primaire, qu’elle devrait être encouragée de manière décentralisée. Chez le ministre Thill, ce même discours éculé est devenu une seconde nature.
Son entrée au gouvernement a marqué un grand changement. Il tient à savoir d’où il vient. Depuis qu’il occupe ses fonctions, il passe d’un événement à l’autre, vêtu d’un costume bleu foncé. Sur son compte Instagram, on le voit tour à tour au musée de l’ardoise de Martelingen, chez un archéologue à Nospelt, à la Biennale de Venise, ou encore assis devant Lydie Polfer dans la tribune « Bayernkurve » à la Schueberfouer. « Rares sont ceux qui vont autant à la rencontre des gens. » En effet, on est en droit de se demander quand il trouve le temps de travailler, tant il est souvent en déplacement. Quoi qu’il en soit, le milieu apprécie jusqu’à présent l’empathie dont il fait preuve et son écoute attentive. En ce qui concerne ses priorités en matière de politique culturelle, il est lié par le Plan de développement culturel (KEP) 2028. Les projets de loi relatifs à une nouvelle loi sur les bibliothèques et les archives devraient être finalisés cette année encore ; à l’automne, une analyse sur la poursuite du KEP après cette législature doit débuter. Le budget du ministère de la Culture s’élève actuellement à 0,95 % et à environ 255 millions d’euros ; il devrait être renforcé l’année prochaine. Ce n’est qu’alors qu’il pourra mettre davantage l’accent sur certaines priorités. Il se prononce en faveur du développement du « Kulturpass » et souhaite répondre à la question cruciale : comment attirer davantage de personnes vers la culture ?
Thill a déjà eu quelques occasions de prendre position en matière de politique culturelle, en dehors des projets de loi. D’une part, le débat autour du festival « Fräiraim » organisé par la Philharmonie, un événement destiné aux musiciens amateurs. Le fait qu’ils ne perçoivent pas de cachet a suscité une vive polémique. Le ministre de la Culture s’est rangé (à l’instar de sa prédécesseure) du côté de la Philharmonie, arguant que ces personnes jouaient de la musique bénévolement et par passion, et qu’elles n’avaient donc pas besoin d’être rémunérées. Il s’agirait d’une chance unique de faire de la musique, par exemple avec l’OPL. Dans l’affaire Tonnar/Gloden, en revanche, il a pris le parti de l’auteur-compositeur. À la suite du débat sur l’interdiction de la mendicité, Serge Tonnar avait écrit un poème et publié une image générée par IA représentant le ministre de l’Intérieur du CSV, Léon Gloden, en mendiant. Peu après, lorsque le mur de Léon Gloden a été tagué et que les pneus de la voiture de son fils ont été crevés, Gloden a clairement laissé entendre que Serge Tonnar avait provoqué ces actes de vandalisme. Eric Thill a alors dû adresser une mise en garde discrète à son collègue du gouvernement : il a défendu la liberté artistique et la mission de l’art, qui consiste à porter un regard critique sur la société. En ce qui concerne le collectif d’artistes Richtung22 et son conflit avec Pim Knaff (DP), conseiller municipal chargé de la culture à Esch, Eric Thill défend l’indépendance artistique et entend continuer à promouvoir le financement de la culture – le ministère n’étant toutefois « pas impliqué dans la politique culturelle d’Esch ».
Dès qu’on aborde le fond, Thill élude la question. Il ne citerait, à juste titre, aucune œuvre d’art plastique qui l’ait marqué, pas même à l’échelle internationale. Il apprécie l’art coloré, moderne et vivant, chargé d’émotions. Et en littérature ? « Faust », répond Thill. Pourquoi ? « Parce que cela me rappelle ma jeunesse, ces moments où l’on en discutait entre amis », explique Eric Thill en glissant un bonbon « Glacier » dans sa bouche.