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Institutions et démocratie 9 min de lecture

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Un coup d'œil aux programmes électoraux montre que, même après le 8 octobre, on ne réinventera pas la roue en matière de politique éducative

Article paru dans Édition septembre 2023
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Plus de 130 000 élèves reprennent le chemin de l'école dès aujourd'hui © Photo : Sven Becker

La rentrée scolaire parvient mieux que n’importe quel matin gris de janvier à insuffler le sentiment d’un nouveau départ. Comme chacun sait, tout le monde a son avis sur la vie scolaire. Les partis politiques se sont eux aussi penchés, dans leurs programmes, sur ce qui fonctionne dans le système et ce qui devrait être amélioré. Il en résulte au total environ 80 pages consacrées à la politique éducative.

Langues franches

Les avis divergent quant à l’enseignement des langues dans une société de plus en plus diversifiée, qui considérait jusqu’à présent un niveau élevé en luxembourgeois, en allemand et en français comme un bien sacro-saint. Il faut reconnaître que les changements nécessaires sont fondamentaux et complexes.

Le ministre de l’Éducation, Claude Meisch (DP), a contourné le système traditionnel et a créé de toutes pièces, ces dernières années, six écoles internationales publiques. « Le travail n’est pas encore terminé », estime Lex Folscheid, premier conseiller du gouvernement au ministère de l’Éducation. Le DP souhaite poursuivre sur cette lancée, étendre l’alphabétisation en français à l’école primaire et ouvrir trois autres écoles internationales, dont une dans la région de la capitale, afin de respecter le principe « des écoles différentes pour des enfants différents », comme le stipule son programme électoral. Afin de ne pas trop rebuter les électeurs de centre-droit, le luxembourgeois doit être encouragé auprès des éducateurs et éducatrices par le biais d’une « offensive linguistique ».

Le premier axe du programme du LSAP est l’éducation, à laquelle il accorde une importance bien plus grande que les autres partis. Cela s’explique notamment par le fait que, avec sa présidente Francine Closener, le parti compte dans ses rangs une candidate sérieuse à ce poste, occupé par les libéraux depuis plus de dix ans. Dans un souci d’égalité des chances, le programme se prononce explicitement en faveur de l’alphabétisation en français, dont l’évaluation, selon Francine Closener, doit faire l’objet d’un examen approfondi, et donc en faveur d’une « éventuelle » adaptation de l’enseignement des langues à l’école primaire et secondaire en différentes filières linguistiques. Tout cela doit faire l’objet d’une discussion avec un comité consultatif scientifique. On retrouve une flexibilisation similaire de l’enseignement des langues chez les Verts, le CSV et les Pirates, qui préconisent la possibilité d’un apprentissage de l’écriture française si les évaluations le justifient. (Les Pirates évitent le mot « français » : « Ne pas se limiter à l’alphabétisation en allemand. ») Les Verts proposent que l’allemand puisse être encouragé de manière ludique dès le programme « Précoce » en tant que langue étrangère, afin de préparer à l’alphabétisation, tandis que la deuxième langue étrangère pourrait éventuellement n’être introduite qu’un an plus tard, au troisième cycle.

De leur côté, le CSV et l’ADR souhaitent promouvoir le luxembourgeois à l’école maternelle (Cycle 1) ; le CSV souhaite « repenser le concept » de l’accueil multilingue des enfants. Déi Lénk et Fokus sont également favorables à l’apprentissage de la langue écrite française et souhaitent examiner si les élèves peuvent également apprendre à lire et à écrire en luxembourgeois. Seul l’ADR souhaite « renoncer » à l’alphabétisation en français et continue de croire au rôle de passerelle du luxembourgeois pour l’alphabétisation en allemand de tous les élèves locaux. L’apprentissage du luxembourgeois devrait en outre être inscrit comme condition dans les contrats de travail du personnel éducatif. Et Liberté – Fräiheet rassure tous ceux qui ont pris peur : le parti ne forcera expressément personne à apprendre le luxembourgeois.

La question des langues est étroitement liée à celle des écoles publiques internationales. Le LSAP n’y est pas fondamentalement opposé, mais il préférerait voir se développer un système scolaire public fort. Déi Gréng, les Pirates, le CSV et Fokus expriment également dans leur programme des réserves quant au parallélisme entre deux « sociétés éducatives ». À l’instar du LSAP, les Verts envisagent, dans l’idéal, de rapprocher les deux systèmes. Liberté – Fräiheet se prononce « expressément » en faveur des écoles internationales. Le parti européen Volt envisage d’étendre ce type d’établissement à l’échelle nationale afin de supprimer complètement le système traditionnel à long terme. L’ADR, en revanche, se réjouirait du contraire et voit dans les écoles internationales une « injustice fondamentale », car les élèves « apprennent moins de langues et obtiennent leur diplôme un an plus tôt ». Déi Lénk s’oppose également à une extension de ces écoles et se prononce en faveur d’une école publique unifiée forte.

Travail et structure(s)

Le terme « école à temps plein » n’apparaît dans aucun programme. À la place, le DP, le CSV, le LSAP, les Verts et les Pirates souhaitent une meilleure « convergence » ou, à défaut, une « articulation » entre l’éducation formelle et non formelle, c’est-à-dire entre l’école et la Maison Relais, notamment afin d’améliorer l’aide aux devoirs, qui reste un chantier permanent. Le DP, le LSAP et les Verts souhaitent proposer davantage de contrats à temps plein au personnel des Maisons Relais, tandis que les Pirates réclament une adaptation des horaires scolaires à l’école primaire, de 8 h à 13 h tous les jours, afin de simplifier l’organisation des Maisons Relais et de permettre aux parents travaillant à temps partiel de passer l’après-midi avec leurs enfants. En outre, selon le programme, il faudrait « prévoir dès le départ des espaces d’inclusion dans les structures ». Le KPL, Déi Lénk et les Verts croient au modèle d’une école à tronc commun pour tous, le KPL et Déi Lénk souhaitant introduire ce type d’établissement, tandis que les Verts s’en inspireraient plutôt.

Le CSV souhaite repenser l’organisation en « cycles » et réintroduire les notes au cours des deux dernières années de l’école primaire, en mettant l’accent dès le cycle 3. L’ADR doit « revenir sur ses pas » et envisage de revenir en arrière : la réforme de 2009 doit être annulée, et les notes sous forme de mentions et de barèmes doivent être réintroduites à grande échelle. Le parti souhaite en outre garantir que les enfants puissent à nouveau déjeuner à la maison pendant la pause de midi, si leurs parents le souhaitent. Les Verts ne semblent d’ailleurs pas craindre une nouvelle perte d’électeurs : ils souhaitent s’attaquer à une « refonte du calendrier des vacances scolaires », qui maintiendrait le nombre total de semaines de vacances, mais modifierait leur répartition sur l’année.

Un large consensus s’est dégagé parmi presque tous les partis sur la nécessité d’une répartition plus équitable des ressources entre les communes et au sein de celles-ci, sur la nécessité de « redonner de l’attrait » à la profession d’enseignant (les Verts, le LSAP, le DP et le CSV ne seraient pas opposés à une formation de master pour les enseignants du primaire) et sur la nécessité d’alléger la charge administrative du personnel enseignant (le CSV se prononce en faveur de la création d’une direction d’établissement). Tout aussi incontestable est le constat selon lequel les critères de promotion dans les classes inférieures du général doivent être adaptés, car les élèves y sont actuellement promus sans difficulté. Et tous estiment que les métiers manuels doivent être revalorisés (le CSV, le LSAP et les Pirates sont favorables à un diplôme combiné du DAP et de la Première).

vision du monde

Afin de répondre aux craintes bien réelles que beaucoup d’enfants et d’adolescents éprouvent face à l’avenir, le LSAP, Déi Gréng, le DP et le CSV souhaitent mettre en place, dès l’école primaire, des équipes pluridisciplinaires formées en psychologie, à l’image du Sepas au lycée. Selon les grands partis, il faut davantage promouvoir à l’école les « compétences du XXIe siècle ». Dans ce contexte, le DP ne cesse de marteler les quatre « K » aux accents quasi magiques : collaboration, pensée critique, créativité et communication. Le LSAP va même jusqu’à en compter six « C », en ajoutant la confiance (confiance) et le contenu (contenu). Face à ChatGPT et à l’IA, l’ADR souhaite revenir aux « compétences humaines fondamentales », c’est-à-dire à la lecture et à l’écriture.

Alors que les Verts souhaitent déjà sensibiliser les enfants à la charge mentale et envisagent d’introduire une matière optionnelle
au lycée, le CSV envisage de promouvoir l’intelligence émotionnelle et d’élargir l’offre facultative de méditation. Les Pirates souhaitent aborder davantage « la santé mentale et le problème de la violence » dans le cours « Vie et Société ». Déi Lénk transformerait cette matière en un cours pratique de philosophie, qui serait, selon eux, plus objectif. Le DP a l’intention « d’intégrer davantage la santé sexuelle et affective ainsi que l’éducation financière dans les programmes scolaires ».

Fred Keup aimerait lui aussi devenir « ministre de l’Éducation ». Son parti souhaite redonner une image plus positive du travail et de la discipline et réintroduire l’enseignement religieux, toutes les religions bénéficiant d’un soutien financier de l’État étant alors autorisées à proposer des cours de religion. Dans le même temps, l’école doit, en contradiction avec cela, « rester neutre sur le plan politique et idéologique ». Il s’agit sans doute là d’un programme qui s’oppose à celui du LSAP, des Verts ou de Déi Lénk, qui souhaitent réduire les stéréotypes de genre dans les manuels scolaires, ou encore à la recontextualisation historique de l’époque coloniale, qui figure dans le programme de la gauche.

En matière de numérisation, le discours reste comme toujours assez flou, truffé de formules toutes faites dans lesquelles chacun peut choisir ce qui lui convient le mieux. C’est peut-être aussi pour cette raison que les Verts et le LSAP souhaitent élaborer un « programme de numérisation couvrant l’ensemble de la scolarité » pour l’enseignement primaire et secondaire. Le LSAP promet un iPad à chaque élève, l’ADR est « en principe » favorable à une interdiction des smartphones dans les écoles, mais il appartiendra à ces dernières de décider si elles souhaitent « suivre le mouvement ». Les Pirates souhaitent un accès gratuit aux manuels scolaires en ligne ; le DP n’a rien de concret à proposer à ce sujet, si ce n’est davantage de « compétences d’avenir » et d’« innovation dans les méthodes pédagogiques » au niveau secondaire. Déi Lénk explique vouloir libérer le ministère de l’Éducation de l’emprise du Big Data et promouvoir l’open source. Le parti aborde explicitement « les risques psycho-mentaux et sanitaires » liés à une utilisation intensive des écrans dans ses réflexions sur la numérisation, alors que d’autres évitent ce sujet.