De nombreux députés se sentent humiliés. Pendant des mois, on les a renvoyés sans ménagement à leur place. Il y a deux semaines, un communiqué de l’autorité de surveillance bancaire leur a porté un nouveau coup.
Grant Thornton est un groupe international de cabinets de conseil aux entreprises. Il a vérifié les comptes de Caritas. Il n’a pas relevé grand-chose. La commission parlementaire spéciale chargée d’enquêter sur la fraude au sein de Caritas l’a convoqué en mars. Mais « [l]e réviseur d’entreprises a finalement refusé l’invitation de la Commission spéciale en invoquant son secret professionnel » (rapport final, p. 4). Les élus méritent le respect. Le secret d’affaires mérite un respect encore plus grand.
Les consultants de PWC ont mis Caritas au pied du mur. Lorsque le Parlement les a convoqués, ils ont imposé leurs conditions : ils ont exigé de recevoir les questions par écrit à l’avance. Ils ne voulaient en accepter aucune autre. Ils ont fini par céder. L’État est un client important.
PWC a perçu 1,2 million d’euros d’honoraires. Un député a demandé : « De qui ? » « Une représentante de PricewaterhouseCoopers estime que cette information confidentielle ne relève pas de la mission de la commission spéciale » (procès-verbal de la séance du 3 février 2025, p. 4). C’est l’industrie de l’évasion fiscale qui détermine le champ de compétence des députés.
La Banque générale a accordé à Caritas une ligne de crédit de 23 millions d’euros. Le Parlement les a convoqués. « Les représentants de BGL BNP Paribas ont d’emblée fait savoir qu’ils ne sauraient révéler des informations concernant l’un de leurs clients » (procès-verbal de la séance du 7 mai 25, p. 1).
La députée verte Djuna Bernard a déploré : « C’était pratiquement un blocage total de la part de la BGL. À pratiquement toutes nos questions, on nous a répondu que le secret bancaire allait nous empêcher d’obtenir la moindre réponse » (RTL, 7 mai 25). En 2008, l’État a sauvé la Banque générale en lui injectant 2,5 milliards d’euros. Il en détient 34 % du capital. Aujourd’hui, celle-ci a fait comprendre aux députés : « Vous faites de la politique. Nous, on gagne vraiment de l’argent. Alors, restez en dehors de ça. »
La Sparkasse a laissé passer plus d’une centaine de virements suspects, ainsi qu’une ligne de crédit de dix millions d’euros. Le 2 mai, l’autorité de surveillance bancaire CSSF lui a infligé une amende de cinq millions d’euros. Le 5 mai, elle a omis de signaler cette sanction au Parlement.
Au lieu de cela, les directeurs des caisses d’épargne sont allés « voir les plus hautes autorités du pays en leur disant : “Voilà, nous sommes pratiquement les meilleurs, nous avons tout fait comme il faut et nous n’avons absolument rien à nous reprocher” ». C’est ce qu’a déploré le député du CSV Laurent Mosar (Bank of China) lorsqu’il a reçu, le 30 juillet, la communication de la CSSF (Radio 100,7, 1er août 2025).
La Sparkasse a traité les députés comme des enfants. Ceux qu’on peut faire taire avec une demi-vérité. Même la banque d’État ne prend pas le Parlement au sérieux. Les banques prennent au sérieux les séries de chiffres qui défilent sur les écrans Bloomberg : les marchés. Elle souhaite désormais revenir au Parlement pour clarifier un malentendu.
Luc Frieden (Bil, Deutsche Bank) a laissé le Parlement dans l’ignorance. Le Premier ministre protège le secteur financier. Les organes constitutionnels passent au second plan. À propos de l’affaire de fraude au sein de Caritas, le député du LSAP Franz Fayot a reproché au gouvernement : « On n’a pas du tout parlé de la responsabilité des banques » (RTL, 6 août 2025).
La Chambre de commerce en connaît la raison. Elle calcule : « La part du secteur financier dans le PIB représente 23,5 % en 2023 » (www.cc.lu). Les banques et l’industrie de l’évasion fiscale représentent les propriétaires du capital financier circulant à l’échelle mondiale. En tant que représentants locaux de la classe dominante. Les députés appartiennent à la petite bourgeoisie au pouvoir. Après la faillite de Caritas, ces représentants le leur ont rappelé. Et à la règle fondamentale de l’ordre établi : la séparation entre la politique et la propriété privée, entre la démocratie et l’économie.
Les députés considéraient leur commission spéciale comme un tigre de papier. Ils en attribuaient la responsabilité au règlement de la Chambre. Ce n’est pas Moïse qui a transporté le secret bancaire du mont Sinaï vers le paradis fiscal. Ce sont eux-mêmes qui en ont fait, en 1981, une loi d’airain.