La semaine dernière, le Premier ministre du DP, Xavier Bettel, a lu une déclaration sur l’état de la nation. Elle s’intitulait « Assumer ses responsabilités ». Il a évoqué la responsabilité à deux douzaines de reprises.
En politique, « assumer ses responsabilités » est un euphémisme. Cela signifie démissionner. C’est la nécessité d’assumer la responsabilité de ses mauvaises décisions et de démissionner. Selon l’article 4 de la Constitution, seul le Grand-Duc n’est pas responsable.
« Je ne vais pas me dérober à mes responsabilités dans cette affaire. Et si les choses en arrivent là, j’assumerai mes responsabilités. » C’est ce qu’avait promis le Premier ministre du CSV, Jean-Claude Juncker, le 13 juin 2013. Lorsque le scandale des services secrets ne pouvait plus être étouffé. Il s’est alors soustrait à ses responsabilités. Jusqu’à ce que le LSAP le laisse tomber. Il s’est aussitôt représenté aux élections.
La ministre verte Carole Dieschbourg et le député vert Roberto Traversini n’ont pas non plus assumé leurs responsabilités. Ils n’ont démissionné que lorsque le parquet est intervenu. Ils se considéraient comme des victimes de persécutions, et non comme des responsables.
Pendant la pandémie de Covid, des centaines de personnes sont décédées dans des maisons de retraite. Parce que la liberté d’entreprise des sociétés de soins primait sur la vaccination des femmes de ménage. La ministre de la Famille du DP, Corinne Cahen, n’a pas assumé ses responsabilités. Le comité directeur du Copas et les directions des établissements non plus.
Un satellite militaire dont le coût est estimé à 170 millions d’euros coûte en réalité le double. Avant les élections, le ministre de la Défense du LSAP, Etienne Schneider, a fait pression pour que la loi soit adoptée. Une décision du gouvernement soutenue par 58 députés sur 60. Etienne Schneider n’a pas assumé ses responsabilités. Le gouvernement et les 58 députés non plus.
Dans les années 80, le libéralisme s’est radicalisé. Sous le couvert de la rationalité économique, il a créé des situations de contrainte. « Assumer ses responsabilités » est devenu un euphémisme pour désigner des décisions antidémocratiques, visant à faire prévaloir les intérêts d’une minorité.
Lorsque les entrepreneurs veulent répercuter les hausses de prix sur les ouvriers et les employés qu’ils emploient, le gouvernement convoque la table ronde tripartite. S’il n’y parvient pas, il annonce alors : « Le gouvernement doit assumer la responsabilité qui lui incombe envers les personnes touchées par la crise ». C’est ce qu’a déclaré Xavier Bettel après l’échec des négociations tripartites au printemps (lessentiel.lu, 31 mars 2022). Il manipule néanmoins l’indice. Il se présente comme un tuteur. Il doit imposer le bonheur à l’électorat. À l’image d’enfants capricieux face à l’huile de foie de morue et aux appareils dentaires.
Xavier Bettel a désormais inventé une troisième signification. Dans son discours sur l’état de la nation, il a promis au Parlement : « Nous assumons la responsabilité de notre sécurité individuelle et collective » (p. 4). « Nous assumons ensemble la responsabilité de notre sécurité sociale » (p. 6). « Nous assumons aujourd’hui la responsabilité de veiller à ce que tout aille bien pour nous, aujourd’hui comme demain » (p. 20). « Nous assumons la responsabilité d’une politique du logement équitable » (p. 25). « Nous assumons donc la responsabilité d’un secteur de la santé plus performant et plus inclusif » (p. 31).
Le Premier ministre déclare : « Le gouvernement assume ses responsabilités. » Il veut dire par là qu’il est prêt à tout : acheter des obusiers, vendre de l’électricité, faire construire des logements, embaucher des infirmières. Il élève le simple fait de s’occuper de ces questions au rang de geste pompeux. Il couronne l’accomplissement de ce qui s’impose d’héroïsme, de grandeur morale, de conflits de conscience tragiques. Mais cela reste une banalité enrobée de pathos : la pomme assume-t-elle sa responsabilité lorsqu’elle tombe de l’arbre ?
Les politiciens de carrière ont parfois tendance à se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas. Ils vivent dans l’insécurité existentielle liée aux contrats de travail à durée déterminée. Ils doivent satisfaire les classes dominantes et, tous les cinq ans, s’assurer que les classes dominées restent de bonne humeur. Leur marge de manœuvre est plus restreinte que leurs responsabilités. C’est ainsi qu’ils en abusent parfois… Romain Hilgert