« Près d’un électeur sur deux envisage de voter pour le Rassemblement national, selon la Fondation Jean-Jaurès », a annoncé Radio France le 15 mai. Le Mitteldeutscher Rundfunk a rapporté le 8 mai : « Sondage en Saxe-Anhalt : l’AfD à 41 %, la CDU continue de perdre du terrain. »
Le fascisme ne s’arrête pas aux frontières du Luxembourg. Après la prise du pouvoir par Hitler en 1933, Jean-Baptiste Esch, rédacteur en chef du *Wort*, fonda une aile cléricale et corporatiste au sein du Parti de droite (CSV). L’ancien rédacteur en chef du *Wort*, Leo Müller, publiait le *Luxemburger Volksblatt*, un journal d’extrême droite. En 1937, il devint député du Mouvement national-démocrate (parti brun), aux côtés de celui qui allait devenir ministre du DP, Eugène Schaus. Cette année-là, les cléricaux et les libéraux votèrent en faveur de la loi sur la muselière.
Aujourd’hui, les présidents des groupes parlementaires craignent une « dérive autoritaire » insidieuse vers un régime illibéral. Georg Lukács avait qualifié ce phénomène, en 1928, de « forme démocratique de fascisation » (Thèses de Blum, V.A.4). Les présidents de groupes parlementaires font preuve de réalisme. Ils font procéder à un « test de résistance » des institutions démocratiques.
Quelle institution publique oserait vérifier si les institutions publiques restent démocratiques ? Le bloc de centre-droit, les sociaux-démocrates, les Verts et la Gauche ne désignent aucun suspect. En silence, ils jettent des regards en direction de l’ADR. Ils ont encore dans les os le souvenir terrifiant des opposants à la vaccination déchaînés.
La fascisation ne vient pas de personnages marginaux frustrés. Elle vient du cœur même de l’État – à l’instar des poseurs de bombes des années 80. La « chasse aux Tsiganes » menée par le ministre de l’Intérieur Léon Gloden contre les mendiants en est-elle déjà le premier signe avant-coureur ? Les attaques de l’ancien ministre du Travail Georges Mischo contre les syndicats ? La guerre culturelle menée par l’ADR contre l’idée d’émancipation ?
Une « dérive autoritaire » menace lorsque le paradis fiscal ne veut plus se permettre de rechercher un consensus entre les dirigeants et les dirigés. Lorsque la militarisation et les préparatifs de guerre nécessitent davantage d’images de l’ennemi, de peur et d’obéissance.
Après sa marche sur Rome en 1922, le roi, le pape, la fédération des entrepreneurs et l’armée confièrent le pouvoir à Mussolini. À l’issue des élections législatives de novembre 1932, les industriels et les conservateurs firent pression sur le président Paul von Hindenburg pour qu’il nomme Hitler chancelier du Reich.
Quand les avocats se retrouvent au pied du mur, ils menacent : « On va aller jusqu’à Strasbourg ! » Dans la première partie du « test de résistance », trois juristes du Parlement se sont penchées sur la question suivante : le droit international, la Cour de justice de l’Union européenne, la Cour européenne des droits de l’homme et le Conseil d’État peuvent-ils sauver la démocratie au Luxembourg ? Leur réponse : en théorie, oui ; dans la pratique, peut-être.
Au final, l’État de droit apparaît comme une abstraction juridique : le rapport Artuso montre à quel point les institutions se sont volontiers adaptées au fascisme. Comment le gouvernement, le Parlement et le Conseil d’État se sont proposés de collaborer avec les nazis. À quel point seraient-elles disposées à le faire s’il ne s’agissait pas de nazis étrangers, mais de nazis « stacklëtzebuergois » ?
Les juges sauvent-ils les institutions démocratiques ? « Sur l’ensemble des quelque 50 magistrats, deux seulement ont définitivement refusé d’adhérer à la VDB [Volksdeutsche Bewegung]. » C’est ce qu’a déclaré le député du CSV Aloyse Hentgen devant le Parlement le 7 juin 1945 (Paul Cerf, De l’épuration au Grand-Duché de Luxembourg après la seconde guerre mondiale, Luxembourg 1981, p. 172).
Le Conseil d’État sauvera-t-il les institutions démocratiques ?
« [L]e Conseil d’État n’avait […] émis la moindre objection face à la destruction progressive des structures de l’État » (Vincent Artuso, La « question juive » au Luxembourg [1933-1941], Luxembourg 2015, p. 123).
Combien de naufragés en Méditerranée la Cour de justice européenne a-t-elle sauvés ? En 1934, la France a démontré que seule une mobilisation de masse pouvait mettre un terme au fascisme. C’est ce que veulent éviter les partisans de la démocratie représentative. Ils préfèrent l’État de droit à l’État de gauche.