rupture
« Finissons-en avec la politique du chaos du gouvernement ! », ont exigé cette semaine les syndicats LCGB et OGBL ainsi que le parti d’opposition LSAP dans un communiqué commun. Depuis les annonces de la ministre de la Santé du CSV, Martine Deprez, concernant la réforme des retraites, et celles du ministre du Travail du CSV, Georges Mischo, relatives à l’extension du travail dominical et à l’affaiblissement du système des conventions collectives, le LCGB semble avoir définitivement rompu avec son allié historique pour former un front commun avec le syndicat concurrent et le parti qui lui est traditionnellement proche. Cette évolution est d’autant plus surprenante que Luc Frieden, Xavier Bettel et de nombreux autres ministres du gouvernement CSV-DP avaient, au cours des deux dernières années, profité de la fête du 1er mai organisée par le LCGB à Remich, dans le cadre de la campagne pour les élections législatives et européennes, pour faire campagne auprès de la classe ouvrière en faveur d’eux-mêmes et de leur parti respectif (photo : oh). Le prochain 1er mai, l’accueil devrait être bien moins chaleureux que les années précédentes, à supposer que le gouvernement ose encore se rendre à Remich. LL
De l’autre côté de la rue
Dans le litige concernant la sécurité des passages piétons de la ville de Stater, le collectif « Zentrum für urbane Gerechtigkeit » (Zug) a obtenu gain de cause devant le tribunal administratif. Le Conseil des échevins de la ville de Luxembourg avait commandé une étude interne destinée à dresser un état des lieux de la situation en matière de sécurité. Dans cette étude, la capitale était parvenue à des conclusions différentes de celles de Zug : ce ne sont pas 475 passages piétons, comme l’avait analysé le collectif, mais seulement 37 qui ne seraient pas conformes au Code de la route. Zug avait alors intenté une action en justice à l’été 2022 afin d’obtenir l’accès à cette étude. Comme dans d’autres affaires, l’administration municipale de Lydie Polfer souhaitait garder ces informations sous le boisseau. Concrètement, il s’agit de la distance de sécurité entre les voitures en stationnement et les passages piétons, qui doit être de cinq mètres afin que les piétons aient une vue dégagée sur la circulation et puissent traverser la rue en toute sécurité. Le tribunal a désormais statué que les informations issues de l’étude interne devaient être communiquées. Zug parle d’une « victoire pour la transparence ». La capitale a jusqu’au 23 décembre pour faire appel. Patrick Goldschmidt a déclaré au Tageblatt qu’il n’y avait « rien à cacher ». sp
Archevêché enchevêtré
Laurent Zeimet, député-maire (CSV), a démissionné ce mercredi de la présidence de la commission spéciale Caritas qu’il venait tout juste d’accepter. Le juriste a invoqué un éventuel conflit d’intérêts. Le cabinet d’avocats auquel il est affilié (Schiltz & Schiltz) est impliqué dans la procédure judiciaire. Face au Land, Zeimet évoque « une mesure de précaution » visant à éviter « la moindre trace de soupçon ». En réalité, il n’est guère surprenant que le cabinet défende l’une ou l’autre partie (Zeimet assure ne pas savoir laquelle) dans l’affaire Caritas. Dirigé par Jean-Louis Schiltz, ancien secrétaire général du CSV puis ministre, le cabinet est historiquement lié au milieu catholique. L’oncle de « Loulou » n’est autre que Mathias Schiltz, vicaire général de 1977 à 2011 et ancien président de Caritas et de Saint-Paul. Parmi les mandants du neveu figuraient par le passé des sociétés de l’archevêché, notamment Lafayette SA et Maria Rheinsheim SA. Autre imbrication : l’épouse de Jean-Louis Schiltz, Françoise Gillen, figure parmi les fondateurs de Hëllef um Terrain (Hut). La commission spéciale Caritas a désigné ce mercredi la députée-maire Stéphanie Weydert (CSV) comme nouvelle présidente. Celle-ci est « counsel » chez Arendt & Medernach, le géant du droit des affaires, dont l’un des « founding partners » est Paul Mousel, que l’on retrouve également parmi les fondateurs de Hut. Son fils, François Mousel, associé gérant de PWC, est en couple avec Tiphaine Gruny, l’architecte de Hut. Cela illustre l’atmosphère étouffante qui règne au sein de la bourgeoisie locale. bt
« Scandaleux »
Lors d’une conférence de presse lundi, Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique, a qualifié de « scandaleuse » la réforme de la loi sur la protection de la nature proposée par la ministre de l’Environnement Serge Wilmes (CSV). Selon elle, cette réforme n’accélère pas la construction de logements, mais menace la biodiversité, car certaines exigences en matière de compensation ne tiennent pas compte du type de plantes ni de leur valeur ajoutée spécifique pour l’écosystème. De plus, le ministère de l’Environnement crée de nouvelles incertitudes juridiques : les mesures de compensation pour les déboisements liés à des projets de construction seraient supprimées si au moins 20 % du territoire communal est couvert d’un « couvert boisé ». On entend par là des plantations dont la hauteur dépasse 1,5 mètre. Selon le Mouvement écologique, les conséquences de cette règle restent floues si une commune se retrouve en dessous de ce seuil pendant la phase de planification d’un projet de construction. Et cette règle des 20 % ne risquerait-elle pas de saper la volonté d’agir davantage en faveur de la biodiversité au niveau communal ? Non, s’est défendu le ministre Wilmes mercredi sur RTL, car des allègements sont prévus pour les communes qui atteignent 25 ou 30 %. Il souhaite transférer la responsabilité de la préservation de la biodiversité de l’individu vers la collectivité. Pour les grands projets de construction de plus de 20 ares, il faudrait en outre prévoir à l’avenir 10 % d’espaces verts, a-t-il déclaré lors de son interview sur RTL. Le Mouvement écologique salue l’introduction du principe de la « nature temporaire » : si des haies poussent sur des terres en jachère et que des habitats pour les animaux se forment, aucune mesure compensatoire ne devra être calculée pour les jeunes arbustes si ces biotopes sont supprimés. Toutefois, si les arbustes ont plus de 15 ans, cette règle ne s’applique pas. Le Mouvement écologique souligne toutefois que la détermination de l’âge ne sera pas aisée et se demande qui sera chargé de l’effectuer. sm
Finie l’ère du cannabis médical
Le gouvernement CSV-DP entend mettre progressivement fin à la prescription de fleurs de cannabis à des fins médicales, instaurée en 2019 par la coalition Bleu-Rouge-Vert. C’est ce qu’a annoncé mercredi la ministre de la Santé du CSV, Martine Deprez, dans sa réponse à une question orale posée au Parlement. À compter du 1er janvier, dans lele cadre d’une solution transitoire, on cessera de prescrire des fleurs de cannabis (photo : sb), qui sont « riches en THC », et on réduira la quantité maximale pouvant être délivrée sur une période de 28 jours, a déclaré la ministre. Elle a justifié sa décision en expliquant que la consommation de grandes quantités de THC comportait des risques et que l’efficacité de ce principe actif n’était pas prouvée. De plus, un rapport datant de 2022 avait déjà constaté des abus dans la prescription de ce produit. La députée verte Djuna Bernard, qui avait posé la question, parle dans un communiqué d’un « choc pour les patient·e·s concerné·e·s », notamment parce que la ministre n’a pas répondu à la question de savoir comment ces patient·e·s seront traités à l’avenir. Cette décision de la ministre de la Santé soulève la question de l’approche générale du gouvernement en matière de politique du cannabis. L’accord de coalition du gouvernement CSV-DP stipule : « La culture du cannabis à usage personnel, telle qu’elle a été légalement encadrée, sera maintenue. » Dans son programme électoral, le CSV s’était toutefois prononcé contre les initiatives isolées et en faveur d’une « solution européenne » pour la légalisation de la consommation récréative de cannabis. ll