« Une politique purement symbolique »
Il y a quinze ans, le ministre socialiste de l’Économie, Jeannot Krecké, a créé à Tel-Aviv une antenne du Luxembourg Trade and Investment Office (LTIO). Depuis lors, ce bureau est dirigé par Itai Horstock, un homme d’affaires israélien, qui gère en parallèle un incubateur, un « multifamily office », ainsi que deux fonds d’investissement. (En 2016, il expliquait au Tageblatt avoir été retenu parmi 120 candidats locaux grâce à son solide réseau au sein de l’écosystème technologique.) Ce mercredi, la Chambre débattait d’une motion déposée par le député de Déi Lénk David Wagner (également signée par le LSAP et Déi Gréng), invitant le gouvernement à « fermer sans délai et jusqu’à nouvel ordre le LTIO à Tel-Aviv », afin d’exprimer ainsi son « désaccord » face à « la violation systématique du droit international » par le gouvernement Netanyahu. Une sorte de sanction « allégée », dont le principe a été rejeté par quarante voix contre vingt. « Il faut voir comment toute cette situation évolue », a répété le député libéral Gusty Graas. En attendant, il ne faudrait pas supprimer « le dernier pont » qui relierait le Luxembourg à Israël. Le député CSV Laurent Zeimet a estimé que l’État d’Israël serait « unilatéralement mis au pilori ». (Il pourrait en revanche « s’imaginer » des sanctions ciblées, visant « l’un ou l’autre produit provenant des territoires occupés ».) Et de conclure : « Nous soutenons le droit d’Israël à exister ». Sam Tanson (Déi Gréng) lui a répondu que les exactions à Gaza, « cela n’a rien à voir avec le droit à l’existence d’Israël, cela a à voir avec le droit à l’existence de la Palestine et des Palestiniens ! » Le socialiste Yves Cruchten a dénoncé une politique de deux poids deux mesures : « D’un côté, l’UE met en place 18 séries de sanctions contre la Russie ; et contre Israël, rien, nada, que dalle. » Fermer le bureau du LTIO serait « vraiment le minimum absolu ». Sven Clement (Pirates) a critiqué le fonctionnement du LTIO, dont les antennes « ne sont pas des ambassades du Luxembourg » : « Elles sont censées attirer des affaires au Luxembourg. Or, qu’est-ce que le LTIO d’Israël nous a rapporté par le passé ? Il a fait en sorte que l’exploitant de Pegasus, le Groupe NSO, s’installe au Luxembourg ! », a lancé le député, en référence au logiciel d’espionnage utilisé notamment par des régimes autoritaires pour cibler des journalistes et des dissidents. Le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel (DP), s’est montré très laconique dans sa brève prise de position : « Dat ass wierklech nees pur Symbolpolitik ! De la pure politique symbolique ! » Ce sont les entreprises luxembourgeoises qui seraient pénalisées par une fermeture, ainsi que des personnes en Israël « peut-être critiques à l’égard du gouvernement ». Il s’agirait d’envoyer un signal, venait de déclarer David Wagner, voilà pourquoi il faudrait fermer le bureau du LTIO (spécialisé dans la promotion du cyber, en partie « à double usage » [civile et militaire], selon le député de Déi Lénk), « même s’ils vendaient des légumes ». Une phrase hypothétique que Xavier Bettel a aussitôt retournée contre l’opposition : « Ça veut dire qu’on devrait punir les agriculteurs ?! » bt
En savoir plus sur la taxe foncière
La réforme de l’impôt foncier avance. Jeudi prochain, lors d’une réunion conjointe, les commissions parlementaires des Affaires intérieures et du Logement se verront présenter les propositions d’amendements du gouvernement concernant le projet de loi déposé par Taina Bofferding, ministre de l’Intérieur du LSAP sous le gouvernement précédent. La semaine dernière, la commission des affaires intérieures avait scindé le projet de loi en deux : l’un portant sur la réforme de l’impôt foncier et l’autre sur l’introduction d’une « taxe de mobilisation » sur les logements vacants et les terrains à bâtir inutilisés. La présidente de la commission des affaires intérieures, Stéphanie Weydert (CSV), a expliqué au Land, à sa demande, que la réforme de l’impôt foncier était désormais avancée, car cette nouvelle taxe est étroitement liée à un registre qui doit être créé à cette fin. pf
Presque tout comme d’habitude
Après que Georges Mischo, ministre des Sports du CSV, a supprimé la subvention destinée à la promotion de l’image de marque nationale accordée à la FLF, le débat sur le football et sa gouvernance se poursuit. Dans une motion sur l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes dans le football, la députée verte Joelle Welfring a demandé un audit de la FLF et a souligné le rôle de l’État dans la protection de l’éthique dans le sport. Pour les partis majoritaires, le DP et le CSV, cela va trop loin. Le député Charel Weiler (CSV) estime qu’il s’agit là d’une ingérence dans la vie des clubs, contraire à la loi. Mandy Minella estime qu’un audit serait « très coûteux et complexe ». Le député Fred Keup s’est étonné de « cet acharnement contre le football » et a jugé tout cela « complètement exagéré ». Motion rejetée. Une commission d’éthique supérieure devrait se pencher sur les questions éthiques dans toutes les disciplines sportives, a déclaré Georges Mischo. À partir de l’année prochaine, ce sera d’ailleurs quelqu’un d’autre qui entraînera les Rout Léiwen : le contrat de Luc Holtz n’a pas été renouvelé, a annoncé mercredi la FLF. L’affaire Gerson Rodrigues ne passe pas tout à fait inaperçue au sein de la fédération de football. sp
Perquiz dans les bus
Le Parquet européen a annoncé lundi l’ouverture d’une enquête sur une fraude aux subventions d’un montant de 23 millions d’euros. Celle-ci aurait été commise dans le cadre de la concession du réseau de bus RGTR et du cofinancement de son électrification, notamment à l’aide de fonds européens (FEDER-REACT EU). Selon les informations du Land, les locaux de trois sociétés de transport ont fait l’objet de perquisitions la semaine dernière. La police luxembourgeoise est également intervenue dans les bureaux de l’administration des transports publics, situés juste en face de ceux du Parquet européen, ainsi qu’au domicile de l’ancienne directrice au ministère, Yuriko Backes (DP). Ses services avaient fait part aux autorités de leurs soupçons dans le cadre de l’examen du système, trois ans après sa mise en œuvre. Des kilomètres parcourus par des bus hybrides ou diesel auraient été facturés au prix des bus électriques (bénéficiant de subventions plus importantes). Le préjudice s’élèverait à douze millions d’euros pour le FEDER sur la période 2022-2023 et à onze millions pour l’État luxembourgeois, sur le budget 2024. Dans un communiqué, la Fédération des exploitants d’autobus (Fleaa) a immédiatement « rejeté toute accusation de fraude à l’encontre de ses membres », invoquant une éventuelle faute commise par l’État. Ce dernier collecte les données relatives aux trajets et envoie « les données de facturation » aux sociétés de transport. Si l’affaire devait être renvoyée à l’issue de l’enquête, elle le serait devant le tribunal correctionnel de Luxembourg, qui statuerait sur la culpabilité (ou non) des personnes soupçonnées. pso