Maux dits d’Yvan

Les confrères et les experts

d'Lëtzebuerger Land du 08.05.2026

Il cause et cause et cause et voudrait faire de sa cause celle de sa ministre. Yvan aimerait y ajouter encore une autre cause, celle d’une certaine presse, à commencer par le Luxemburger Wort, dont la rédactrice, presque toujours la même, publie cette litanie de prêches comme autant de perles du chapelet actuellement récitées à l’Octave. Elle y relaie complaisamment les arguments de ce chirurgien accusé d’avoir mutilé certains de ses patients, la jambe gantée rencontrant ainsi le genou abîmé.

Rappelons, contrairement au Wort, les faits, tous les faits, rien que les faits. Un ex-chirurgien des Hôpitaux Robert Schuman (HRS) est accusé d’avoir élargi ses indications opératoires du genou bien au-delà de l’utile et du nécessaire recommandé par les guidelines en vigueur et d’avoir ainsi mutilé certains de ses patients. Un collège de trois experts, dont un proposé par l’orthopédiste en question, a unanimement reconnu les faits dans les dix cas qu’il a eus à examiner. La Patientevertriedung évoque 71 (soixante-et-onze !) autres cas qui lui auraient été soumis. Mais la saga commence bien avant la publication de cette expertise, accablante pour l’accusé. Dans un premier temps, les HRS interdisent au chirurgien d’opérer, dans un deuxième temps la ministre de la Santé suspend son activité opératoire sur l’avis du Collège Médical, dans un troisième temps l’hôpital met fin à son contrat d’agrément, avant que, dans un quatrième temps, l’expertise soit publiée, qui ne laisse d’autre choix à la ministre que de prolonger l’interdiction de 21 mois.

Pour sa défense, l’intéressé a enrôlé Apollo Strategists, une firme spécialisée dans la communication de crise. Il a pris ses patients en otage pour signer une pétition de soutien, démarche fort peu médicale et déontologique, soit dit en passant. L’intéressé enrôle aussi quelques copains et confrères qu’il fera rimer avec experts. Si c’est son droit le plus strict de critiquer l’expertise, c’est du seul pouvoir de la justice, lors d’un procès à venir, à demander une éventuelle nouvelle expertise. Ses affidés, indépendamment de leurs compétences éventuelles, n'ont aucune légitimité et encore moins de légalité à répéter les allégations de leur compère. Parmi les contre-experts autoproclamés, on trouve un chirurgien eschois à la retraite et un soi-disant coryphée américain, spécialiste … de l’épaule, ce qui lui fait une belle jambe. Et ce que le Wort passe consciencieusement sous silence, c’est que l’Américain en question se trouve être le propre mari de Stacey Feinberg, ambassadrice des Etats-Unis à Luxembourg, nommée pour services financiers rendus par Trump, que Wilmes, l’ex-médecin des HRS et actuel médecin de FindelMedic, a chaleureusement applaudi lors d’une réception officielle. Et cette même Mrs Feinberg apparaît dans une photo manipulée qui montre une délégation luxembourgeoise, dont Xavier Bettel et le chef de l’État himself. Le Grand-Duc s’est d’ailleurs plaint d’avoir été grand dupe dans cette affaire de retouchement d’image qui a fait disparaître du cadre une ancienne ambassadrice tombée en disgrâce. On savait Trump grand admirateur de Poutine, on n’est pas surpris qu’il utilise les méthodes de son lointain prédécesseur Staline. Et voilà que le mari de Madame Feinberg conteste le bien-fondé de l’utilisation de l’imagerie par les experts. Un orfèvre en la matière, vous dis-je.

Dans sa récente conférence de presse, Wilmes s’est dit victime d’une cabale politique orchestrée par sa ministre de tutelle qu’il aurait beaucoup fréquentée pour lui vanter les bienfaits d’une médecine ultralibérale qui n’auraient pas été du goût de la ministre, peu empressée, paraît-il, de faire avancer le dossier de ce qui s’apparente de près ou de loin à une médecine à deux vitesses. Wilmes pervertit donc un dossier médical en affaire politique, voire de vengeance, dans la plus pure tradition complotiste. Mais l’homme a beau attaquer Martine Deprez de près avec des méthodes qui rappellent celles du président de son complice américain, l’agressivité et la répétition ne valent pas démonstration, et la mission pourrait bien se terminer en catastrophe comme celle d’Apollo 1.

L’homme ne ment pas, mais limite mégalo- et mythomane, il adhère à son histoire persécutive au fur et à mesure qu’il la tisse. Les psychiatres savent bien que ceux qui se croient persécutés se muent régulièrement en persécuteurs, et que le cercle des ennemis a tendance à s’étendre en réseau. Ici, il commence avec les whistleblowers, s’étend au Collège Médical et à la ministre de la Santé, qui n’est plus seulement réduite à son rôle gouvernemental, mais qui est perçue comme étant l’ex-copine Martine, apostrophée d’ailleurs par le pronom « hatt ». Le respectueux « si » pour Madame la ministre Deprez se trouve ainsi escamotée au profit du familier « hatt », et les protestations de l’accusé, du coup, ressemblent à des lamentations d’un amant éconduit. Comme quoi, le ressenti ment.

Yvan
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