Zoom éditions fête ses 25 ans avec des petits livres qui s’échangent par voie postale

Des livres à « expédier »

d'Lëtzebuerger Land du 01.05.2026

Fondée par Claudine Furlano et Nicolas Lefrançois en novembre 2001, Zoom Éditions est une maison indépendante qui cultive une philosophie artisanale sous la ligne motrice « le plaisir de lire avant tout ». Ainsi, du haut de ses 25 années d’existence Zoom Éditions est devenue une référence au pays pour son travail autour de la création de fictions illustrées bilingues tout comme pour ses projets plus aventureux tels que les « Post-Z-Books » une collection de « petits livres à expédier » démarrée en 2023 avec le soutien du Focuna Luxembourg. Le dernier I don’t think that much (novembre 2025), signé de Julie Wagener, est un petit bijou graphique et philosophique.

Fort d’un Lëtzbuerger Buchpraïs reçu en 2021 pour l’ouvrage Walking the Mountain de Marine Fonseca et Lisa Junius, alors que la maison fêtait ses vingt ans – comme un symbole –, Zoom Éditions a gagné ses lettres de noblesse déjà dix ans auparavant autour de sa collection « P’tit Bili ». Cette machine à succès déploie un texte bilinguisme pour permettre aux plus jeunes d’aborder une langue étrangère de façon ludique, en sortant du cadre scolaire. Les livres de la collection robustes à prix abordables, conçu pour supportant les manipulations des enfants, sont vite devenus pour Zoom une opportunité d’exportation en Europe.

Il y eu d’autres collections tout aussi percutante, tels que « Dents de Lait », des livres en carton pour l’apprentissage de la parole par les tout-petits de 6 mois à 2 ans, « Danse du Ventre », autour de recettes de cuisine pour découvrir les aliments, « Kifékoi », des ouvrages dans lesquels des professionnels racontent leur métier, ou encore « Gros Béguin » pour aborder les émotions et les sentiments. Autant de références qui ont fait de cet acteur discret du paysage éditorial luxembourgeois une structure reconnue pour son approche pédagogique, ludique, graphique et son travail autour des langues, phare éducatif du pays.

En fait, la petite maison d’éditions située à Hobscheid a réalisé ces deux dernières décennies un hold-up sur la littérature jeunesse luxembourgeoise en créant et distribuant des bouquins qui portent en eux l’ADN du pays. En témoigne le phénomène « Pipite a disparu », bestseller immortel, devenu un classique pour en faveur de l’alphabétisation bilingue. Il constituera la mascotte de Zoom Éditions, jusqu’à se retrouver aujourd’hui référencé au registre des Bibliothèques de la Ville de Paris, celle de Genève ou encore au cœur des Médiathèques territoriales de Guyane. Comme quoi, Zoom ne connait pas de frontières.

Dans le même esprit, les Post-Z-Books marquent plus encore cette dynamique sans frontières avec l’idée d’un format de livres qui s’envoient par la poste, comme une carte postale d’un autre genre. Par-là, la maison d’édition, historiquement référencée dans la littérature jeunesse, se déloge un brin pour s’aventurer vers des formats hybrides, ancrés dans une proposition graphique forte et résolument positionnés dans une veine contemporaine. Tout ce qu’on aime, en somme.

Le concept est génial : Un livre à « poster » c’est l’extension d’une boite à livre où l’on découvre parfois des pépites méconnues. Et ici aussi, en plus du fait que l’objet-livre devient une trace portée par une esthétique franche, déterminée par l’auteur choisi et l’illustratrice Claudine Furlano – copatronne de Zoom Éditions – ou Julie Wagener elle-même pour le dernier tome. Alors, lorsque l’on feuillette les quatre éditions parues, on relève un style proche du carnet d’artiste, voire du fanzine haut de gamme. Zoom réussit à transformer le livre en un objet de collection, en faisant attention aux moindres détails pour accentuer l’espace intime de la lecture. Et si l’image parfois nous fait décrocher du texte, c’est pour mieux nous plonger dans le récit global, l’un complétant l’autre pour livrer, en à peine vingt pages, une histoire passionnante à chaque fois.

Dans Der letzte bus de Jérôme Netgen, on suit Alvaro Aboulias, « descendant du navigateur portugais Ferdinand Magellan, bloqué dans une auberge de village au terme d’une journée pluvieuse ». Un texte aventureux et poétique, tout comme celui de Nathalie Ronvaux, L’homme de la rivière agrémenté de montages d’illustrations hypnotiques qui soutiennent les mots de la talentueuse écrivaine belgo-luxembourgeoise. Pour Zoom Éditions, elle s’inspire de la citation de Lao-Tseu, « Si quelqu’un t’a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre », pour poursuivre une série de micro-récit intitulée L’homme-né du dic’t’on qui pousse au « binge-reading ». Dans un autre genre, Wéi een de Korona-Klautjen an ändert frecht Gedéiesch verjot, e Guide fir Ufänger vum Lizzie (an der Bomi) signé par Yorick Schmit prend le pas de l’humour pour dresser « un guide indispensable pour tous ceux qui veulent être prêts quand le voleur de Corona frappera à votre porte ». Enfin Julie Wagener, dans son Post-Z-Books, fait une critique acerbe de notre société et de « pourquoi il est si important que nous recommencions à nous soucier des autres », explique-t-elle pour conclure dans l’ouvrage, « I don’t think that much will change unless we do»…

Quatre livres pour quatre lignes distinctes et non pas étrangères à l’argument principal de cette série qui est de proposer un questionnement sur notre système aliénant par ces « petits livres à expédier qui permettent de prendre une respiration dans la frénésie actuelle et de faire passer au destinataire un message qui reste et qui pourra être lu, relu, rangé et puis encore relu », décrit Zoom Éditions. La maison prouve par son travail atypique qu’une petite maison d’éditions peut porter des débats philosophiques d’ampleur sans tomber dans la lourdeur politique. Dans une exigence graphique rare et par la plume d’auteurs et d’autrices contemporains des plus intéressants du pays, Zoom Éditions avec ses Post-Z-Books tente quelque chose qui ne se fait plus à l’heure de l’hyperconnection : nous connecter aux autres par la littérature et les histoires qu’elle permet, et nous réconcilier avec le livre pour l’objet magnifique qu’il est et peut-être sous l’œil de beaux artistes.

Godefroy Gordet
© 2026 d’Lëtzebuerger Land