Un sommet Donald Trump-Xi Jinping est prévu à Pékin les 14 et 15 mai. L’agenda est chargé mais reste centré sur les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine. Un sujet a néanmoins peu de chances d’être abordé, alors qu’il préoccupe au plus haut point les autorités chinoises : l’inexorable déclin démographique du pays. Un recul qui pourrait faire perdre à la Chine la moitié de sa population en quelques décennies, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour sa puissance économique. En avril, le Financial Times faisait observer que, malgré sa forte progression au cours des trois dernières décennies, le PIB par habitant chinois était encore trois fois inférieur à celui d’un habitant de l’UE et six fois plus faible qu’aux États-Unis. Sur ce critère, la Chine ne pointait en 2025 qu’au 75e rang mondial, entre l’Argentine et le Mexique.
Surtout, le quotidien britannique estimait que tout espoir de rattrapage devait être abandonné et que, si le PIB/habitant augmentait encore pendant quelques années, ce serait pour une mauvaise raison : la diminution rapide du nombre de ses habitants. La population de la Chine, toujours la deuxième du monde après celle de l’Inde, baisse depuis 2022 et cette évolution ne pourra probablement pas être stoppée. Rien qu’en 2025, elle a perdu 3,4 millions d’habitants pour atteindre 1,405 milliard. D’ici à 2055, elle devrait encore diminuer de plus de 200 millions de personnes. Avant la fin du siècle, sa population ne serait plus que de 700 millions, comme le chantait Jacques Dutronc en 1966, soit la moitié de son niveau actuel.
Selon les projections de la Division de la population des Nations unies publiées en juillet 2024, la part des 15-64 ans, qui constituait le moteur de la croissance chinoise, va complètement décrocher. En 2000, elle atteignait 69 pour cent de la population totale, une proportion très voisine de celles du Japon, des États-Unis et de l’Europe. Ce taux ne devrait plus être que de 64 pour cent en 2040, à peine supérieur à celui des trois autres grands blocs, pour chuter à 54 pour cent en 2060 et tomber à 46,3 pour cent en 2100. Dans les dernières décennies du XXIe siècle il sera inférieur de 5 à 10 points à celui des pays concurrents.
Toujours selon l’ONU, la population chinoise en âge de travailler — définie comme les personnes âgées de 20 à 69 ans —qui reste la plus élevée au monde, sera dépassée en 2029 par celle de l’Inde. Le nombre d'adultes chinois en âge de travailler devrait diminuer des deux tiers d’ici la fin du siècle, passant de 972 millions aujourd'hui à 320 millions. La Chine pourrait alors être dépassée par le Pakistan voire par le Nigeria. L’effondrement de la natalité est un reliquat de la politique de l’enfant unique, instaurée en 1979, qui n’a été abandonnée qu’en 2016. Une mesure dont l’impact a été aggravé par le lien, bien connu des démographes, observé entre l’augmentation du niveau de vie et la baisse de la fécondité, qui, en Chine, semble s’être produite plus rapidement que prévu.
Les conséquences pour l’économie chinoise ne sont pas encore visibles puisqu’en 2025 le pays a affiché une croissance enviable de cinq pour cent, atteignant ainsi son objectif officiel, parvenant même, malgré les droits de douane imposés par Donald Trump, à dégager un excédent commercial record de 1 200 milliards de dollars, soit vingt pour cent de plus en un an. Une population en diminution, c’est la menace d’une baisse de la demande globale de biens et de services, mais aussi de logements dans un pays où le marché intérieur est déjà atone. Les ventes au détail n’ont augmenté que de 0,9 pour cent en 2025, et les investissements dans l’immobilier ont ralenti de 17,2 pour cent, pour la quatrième année consécutive.
L’économie chinoise deviendrait encore plus dépendante de ses exportations, car parallèlement la production industrielle a crû de 5,2 pour cent. Mais indépendamment des réactions des pays risquant d’être submergés par les produits chinois, il n’est même pas certain que la production (et donc l’export) puisse être maintenue à son niveau actuel par manque de bras. Contrairement à ce que l’on connaît en Europe et aux États-Unis, et même au Japon qui a récemment assoupli sa position sur la question, il n’est pas envisageable de recourir à l’immigration pour compenser la baisse de la fécondité. Les citoyens, peu habitués à la présence d’étrangers (0,07 pour cent de la population) y sont résolument opposés et les autorités ont historiquement adopté une politique très restrictive de délivrance de permis de travail. De toute manière, il faudrait pouvoir accueillir des millions de personnes alors que pour une foule de raisons les volontaires ne se bousculent pas pour s’installer en Chine. Le solde migratoire est négatif d’environ 400 000 personnes.
Ces dernières années, le gouvernement, qui permet depuis 2021 d’avoir trois enfants, s'est efforcé de relancer le taux de fécondité en offrant des incitations financières et matérielles aux parents (430 euros par an pour les enfants jusqu’à l’âge de 3 ans, congés parentaux étendus). Mais il a aussi restreint l'accès à l'avortement et a imposé récemment de nouvelles taxes sur les contraceptifs. Nul ne sait quelles pourront être les effets de ces mesures sur la natalité et à quelle date ils seront visibles. Parallèlement la Chine cherche à augmenter le taux d’activité de sa population en relevant, pour la première fois depuis les années 50, l’âge de départ en retraite. Les inquiétudes des autorités s’étendent au reste du monde, car la diminution de la population en âge de travailler en Chine pourrait nuire à l’économie mondiale, tributaire de la productivité et du potentiel d’innovation du pays. La Chine n’est plus seulement l’atelier du monde, elle en est de plus en plus l’ingénieur.
Pour le Financial Times la solution pourrait venir de la technologie, le pari de la Chine consistant désormais à remplacer ses bras par des robots, faisant de l’IA la clé de sa survie économique. Le quinzième plan quinquennal (2026-2030) place l'IA au cœur de l'économie, visant 1 200 milliards d’euros d’investissements et 90 pour cent d'adoption industrielle d'ici 2030. Les modèles chinois d'IA ont fait des progrès spectaculaires, parvenant au niveau des leaders américains comme GPT-4 ou Claude tout en étant bien moins coûteux à entraîner. Le 24 avril a été lancée la version 4 de DeepSeek. Capable de rivaliser avec les plus avancés, le nouveau modèle, qui repose sur une architecture ouverte, fonctionne avec les micro-processeurs du fabricant chinois Huawei. Un choix qui révèle une stratégie d’indépendance vis-à-vis des puces américaines de Nvidia, propre à rendre inopérantes les sanctions des États-Unis.
Nouveau centre de gravité
Auto China, qui s’achève dimanche à Pékin, est devenu le plus grand salon automobile du monde avec un million de visiteurs. Premier producteur mondial depuis plus de quinze ans, mais sans très gros constructeur (Geely a tout de même intégré le Top 10 en 2024), la Chine fabrique toutes sortes de véhicules légers : thermiques, hybrides, électriques, low-cost, premium. En 2025, quarante millions de voitures, dont quinze à motorisation électrique, sont sorties des chaînes, sachant que les usines ne tournent qu’à soixante pour cent de leurs capacités. Mais comme le marché intérieur ne permet d’en absorber que trente millions, dont huit électriques, l’exportation se révèle cruciale. L’UE est une destination de prédilection en raison de la taille de son marché. En 2025, ses importations de voitures en provenance de Chine ont augmenté de 31 pour cent, et pour la première fois dans l’histoire elle a enregistré un déficit commercial de 5,4 milliards d’euros, contre un excédent de même niveau en 2023. En raison notamment d’une protection sociale plus légère qui permet des horaires de travail plus longs, et du cours artificiellement bas du yuan, les voitures chinoises sont vingt à trente pour cent moins chères à fabriquer que les modèles équivalents en Europe. Leur qualité a grimpé en flèche. Et l’innovation est permanente, avec un délai d’à peine vingt mois, entre la conception et la mise sur le marché, contre trente à quarante dans l’UE.
La Chine dispose d’une importante avance technologique en matière de voitures électriques, qui représentent près de 70 pour cent de ses exportations vers l’UE. Elles ont été favorisées par la réglementation européenne qui a créé un véritable appel d’air au profit des voitures chinoises, les constructeurs européens ayant tardé à réagir. Plus largement, la Chine domine la fabrication mondiale de véhicules électriques en détenant 80 pour cent du marché des batteries, point-clé de la chaîne de valeur. Son fleuron CATL, créé en 2011, fabrique environ quarante pour cent des batteries produites sur le globe.