L’administration Trump et ses magnats font pression sur le petit Luxembourg. Tim Cook s’intercale entre deux versions du registre des entrevues publié par le ministère d’État. La rencontre entre Luc Frieden (CSV) et le directeur général d’Apple à Davos le 21 janvier n’apparaissait pas dans le pdf mis en ligne en février. Il ressurgit dans celui publié vendredi dernier. Cette entrevue n’était pas secrète puisqu’elle figurait dans un communiqué envoyé par les services du Premier ministre en marge de son déplacement au sommet économique suisse. Mais la publication en forme de roman photo avait surtout fait office d’affichage avec des personnalités publiques. Le registre des entrevues de la semaine dernière révèle la position défendue : « Apple a plaidé pour une révision du Digital Markets Act (voté en 2022, ndlr), estimant que la réglementation l’oblige à adapter ses produits spécifiquement pour le marché européen, ce qui engendre des coûts disproportionnés et retarde l’arrivée d’innovations auprès des consommateurs en Europe. » À Davos, Tim Cook était accompagné de son responsable affaires publiques européennes, Matt Brown. Pour rappel, le Premier ministre adopte une définition restrictive de la publicité du registre, car il n’y informe que des réunions qui visent explicitement une régulation.
Lors de son déplacement sur la côte ouest des États-Unis en novembre dernier, Luc Frieden avait également collecté les plaintes des multinationales américaines Google et Amazon au sujet de la réglementation européenne, jugée (là encore) trop couteuse : le AI Development Act à Mountain View et le Space Act à Seattle. À noter qu’Anne-Catherine Ries, cheffe du Service des médias et communication, avait déjà entendu en octobre dernier des représentants de Meta (Facebook) se plaindre du cadre réglementaire européen en matière d’intelligence artificielle, lequel empêcherait « de tirer pleinement profit des avancées en matière de nouvelles technologies », lit-on au registre des entrevues des conseillers du gouvernement. Gaston Schmit, premier conseiller au ministère de la Digitalisation, a d’ailleurs encore reçu les représentants de Meta le 26 février pour les entendre demander de « pousser la simplification administrative au-delà des propositions de texte du Digital Simplification Omnibus ».
Cette semaine le ministère de l’Environnement répond à une question parlementaire de Franz Fayot (LSAP, alerté par un article sur Euractiv) que des « experts techniques de certaines administrations placées sous la tutelle du ministère de l’Agriculture » ont rencontré en février une délégation des États-Unis introduite par la représentation de l’Oncle Sam à Bruxelles. « Dans ce contexte, plusieurs sujets d’actualité ont été abordés, dont le règlement de l’UE relatif à la déforestation et à la dégradation des forêts (EUDR) », détaillent les services de Serge Wilmes (CSV). Une réunion virtuelle a en outre été organisée « mi-avril » entre « les experts du ministère de l’Environnement » et une « délégation de l’ambassade des États-Unis au Luxembourg » pour « poursuivre les échanges sur ce règlement », continue le ministère. En novembre 2025, le conseiller au ministère de l’Environnement, André Weidenhaupt, a écouté les doléances du géant américain de la confiserie, Mondelez, au sujet du règlement déforestation et cette réunion avait été inscrite au registre. Mais d’autres rencontres avec des entreprises américaines pour édulcorer les directives CSRD et CSDDD avaient été organisées avec différents ministères et notamment en présence du ministre de l’Économie, Lex Delles (DP), sans qu’il n’en soit fait mention dans le registre (d’Land, 27.03.2026).