Sur les clichés de RTL, le Grand-Duc Guillaume, le Premier ministre, le ministre des Finances et le superviseur du secteur financier se bidonnent face à la fiche signalétique qui apparaît sur l’écran géant tactile. Sont rassemblés tous les renseignements (adverse media, casier judiciaire, etc) concernant Bernard Madoff, l’escroc et financier américain à qui deux fonds luxembourgeois étaient lourdement exposés jusqu’en 2008, date de la découverte du pot-aux-roses et de la déconfiture pour ces produits financiers réputés sûrs. Luc Frieden (ministre des Finances à l’époque), Gilles Roth (Premier conseiller rue de la Congrégation) et Claude Marx (HSBC) auraient alors sans doute souhaité disposer de ce type d’outil. Conçu par Yoono (GB), il leur a été présenté le 13 avril lors de leur visite du AI Experience Centre, nouvel écrin dédié à l’intelligence artificielle appliquée à la finance (et à la lutte contre le blanchiment de capitaux), dans les locaux de la Lhoft Foundation à Bonnevoie. « Une exclusivité en Europe », informe la responsable du centre, Esli Spahiu, lors d’une visite offerte au Land.
À l’entrée, un avatar-hôtesse accueille le visiteur. Elle a été baptisée Kristal par son géniteur chypriote, Ravatar. On lui demande de prédire qui sera le prochain Premier ministre. « That’s an interesting question, but I can’t predict political outcomes or future events », répond-elle avant de revenir à l’IA et la finance, ce pourquoi elle a été programmée. Quelques mètres plus loin, un mur digital permet de s’initier à la thématique. Cette zone didactique, où l’on peut aussi apprendre sous forme de quizz, a été conçue par la société luxembourgeoise : Virtual Rangers. Une mise en bouche avant un étalage de solutions IA (une vingtaine) commercialisés pour l’industrie financière. Telle est l’idée de cet espace de 200 mètres carré : Montrer les services produits par l’intelligence artificielle aux banquiers, gestionnaires de fortune, responsables conformité, etc. La startup Luscent, basée au Luxembourg, y présente son outil de gestion de la relation-client destinés aux wealth managers, un logiciel qui aiguille vers les investissements qui génèrent des rendements et détournent de ceux qui s’écroulent, ou bien qui rappelle les réunions, en fixe l’ordre du jour et résume leur contenu. « Tout un ensemble de choses difficiles à suivre pour une seule personne dotée d’un seul cerveau », explique Esli Spahiu.
« Yesterday, Luxembourg stopped talking about AI and started demonstrating it », s’est réjoui Armin Prior, le patron de Luscent, au lendemain de l’inauguration du centre. Ce projet avait été annoncé par le gouvernement en mars 2025 dans un plan de soutien aux start-up puis précisé dans la Luxembourg’s AI Strategy diffusée en mai. Des délégations du Tadjikistan et du Japon ont visité l’AI Experience Centre. Le showroom devient « un porte-étendard », raconte Esli Spahiu, 34 ans, spécialiste de l’IA qui a spécifiquement rallié le Grand-Duché pour monter le projet voilà un an. Cette ancienne chercheuse à l’Université Bocconi a sélectionné les entreprises, élaborant un savant mélange entre références internationales et leaders locaux. À l’image de ce que tente d’opérer la Lhoft (pour Luxembourg House of Fintech) depuis sa création il y a neuf ans. Nasir Zubairi l’a mise en place puis dirigée sur toute cette période, mais prendra la direction de la fintech indienne Paytm, en juin. L’inauguration du AI Experience Centre a marqué pour lui un aboutissement personnel, l’occasion de « renforcer la position du Luxembourg dans l’innovation financière et de bâtir des liens pertinents à travers l’écosystème ». Un espace est consacré à l’ESG (environnement social et gouvernance), mais l’AI Experience Centre n’est pas un blanc-seing technologique : « Il reste des questions, au sujet de la gouvernance, du risque et du jugement humain », a rappelé Nasir Zubairi au sortir de la visite dans ce décor sombre et futuriste qui n’est pas sans rappeler le film Terminator.