Remplir le vide

d'Lëtzebuerger Land du 02.01.2026

Alors que nombre de marques textiles européennes ont récemment fait faillite ou sont en très grande difficulté financière (Naf Naf, Camaïeu, IKKS, Jennyfer, Kookaï, Comptoir des Cotonniers…) et qu’en même temps, l’ultra fast fashion chinoise (Shein, Temu…) inondent les services postaux d’habits très bas de gamme, les commerces de centre villes disparaissent les uns après les autres. Non seulement les loyers sont parfois exorbitants, mais la demande ne se bouscule pas. Plus comme avant en tout cas.

Ces surfaces commerciales vides inquiètent les deux plus grandes villes du pays. À Luxembourg, où l’on ne trouve pratiquement plus que des marques de prêt-à-porter de luxe et de l’alimentaire, les conseillers communaux François Benoy (Déi Gréng) et David Wagner (Déi Lénk) ont abordé ce sujet lors de la discussion du budget, le 12 décembre. Tous les deux ont réclamé une taxe sur ces commerces inoccupés, qui serait à même de redynamiser le centre-ville.

L’idée vient d’Esch, qui a développé en 2019 le programme Claire (Concept local d’activation pour la revitalisation commerciale d’Esch). Il s’articule autour d’une idée simple : soutenir les porteurs de projets qui souhaitent s’installer dans la ville et aider les propriétaires de locaux vides à trouver des locataires.

C’est dans ce contexte qu’a été créé un règlement communal sur « les locaux commerciaux et d’exploitation inoccupés », voté à l’unanimité par le conseil communal le 25 octobre 2024. Il incombe désormais aux propriétaires de locaux situés en centre-ville de déclarer soit le début, soit la cessation d’une activité. Puisqu’il n’existe pas d’obligation légale en la matière, Esch part du principe qu’à défaut d’information, le commerce est vacant.

Dans une réponse donnée le 3 octobre dernier à une question posée par Marc Baum (Déi Lénk), le bourgmestre Christian Weis (CSV) et son premier échevin Pim Knaff (DP) indiquent que les documents officiels d’enquête à destination des 374 propriétaires concernés ont été expédiés début juin 2025. La ville d’Esch précise au Land que le délai accordé aux propriétaires pour renseigner la situation de leurs commerces expirera en ce mois de janvier 2026.

Si personne n’a donc encore été sanctionné, Esch fait part de retours déjà positifs. Depuis la mise en place du projet Claire, le taux de vacance serait passé de 25 à 11,5 pour cent en centre-ville. Dans sa question, Marc Baum s’inquiétait d’un commerce vide depuis longtemps au 90, de la rue de l’Alzette. Les édiles ont répondu que son propriétaire, avec lequel aucun contact n’avait été possible en cinq ans, avait trouvé leur numéro après l’annonce de la taxe et qu’« il a manifesté son intention de procéder à des travaux de transformation et de rénovation de l’immeuble ».

Esch estime que « la taxe est un outil nécessaire là où les propriétaires refusent de collaborer avec nos services ou exigent des loyers trop élevés. » La Métropole du fer reconnaît toutefois qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle. Elle illustre le propos avec les quinze commerces actuellement fermés dans la rue de l’Alzette : six ne sont pas conformes aux normes légales et nécessitent des travaux, cinq sont en cours de rénovation ou ont reçu un permis de construire, deux se trouvent dans des immeubles mis en vente en intégralité et un se trouve bloqué par un litige d’assurance. « Finalement, un seul local n’est vide que par manque de demande directe sur le marché. »

N’empêche, l’initiative est validée par les élus eschois et suscite l’intérêt de l’opposition dans la capitale. « Ce qu’Esch réussit, nous pouvons le réussir aussi », clamait François Benoy.

Erwan Nonet
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