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Douce et sauvage

Les abeilles mellifères ont la cote. Le Luxembourg compte désormais 511 apiculteurs et apicultrices. Au total, environ 8 000 colonies bourdonnaient cet été dans les jardins et les champs de colza. Depuis dix ans, ces…

Article paru dans Édition septembre 2023
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Les abeilles mellifères ont la cote. Le Luxembourg compte désormais 511 apiculteurs et apicultrices. Au total, environ 8 000 colonies bourdonnaient cet été dans les jardins et les champs de colza. Depuis dix ans, ces insectes rayés de jaune et de noir sont très en vogue. « En 2012, on a atteint un creux : il ne restait alors plus que 300 apiculteurs. À cause du varroa, de nombreuses colonies ont péri et la motivation pour l’apiculture s’est amenuisée », explique la biologiste Alexandra Arendt, présidente de la fédération nationale des apiculteurs (FUAL). Le ministère de l’Agriculture a donc décidé de professionnaliser la formation des apiculteurs. La presse a commencé à s’intéresser aux abeilles mellifères et au déclin des colonies ; des documentaires esthétiques ont été tournés, tels que *More than Honey* (Markus Imhof) et *Queen of the Sun* (Taggart Siegel), dans lesquels l’auteur vedette Michael Pollan apparaît et fait découvrir à un large public cette pratique vieille de plus de 6 000 ans. Le roman *L’Histoire des abeilles* de Maja Lunde est devenu un best-seller et *Les abeilles d’hiver* de Norbert Scheuer a été nominé pour le Prix du livre allemand.

« Ceux qui s’occupent de colonies d’abeilles vivent au rythme des saisons », explique Alexandra Arendt. En hiver, elle observe si des sources de pollen commencent déjà à apparaître. La danse des abeilles est poétique, les interactions entre la colonie et la reine impressionnantes, et l’odeur d’une ruche enivrante. Les apiculteurs vivent de manière intense les conditions météorologiques et les changements dans le monde végétal. Une enquête menée auprès de 313 participants issus de pays européens a révélé que la plupart des apiculteurs pratiquent l’apiculture comme loisir ou activité complémentaire. Les apiculteurs professionnels sont peu nombreux. Selon cette étude, les apiculteurs sont souvent d’âge mûr et, notamment dans les pays scandinaves, titulaires d’un diplôme universitaire. C’est toutefois en Italie et en Espagne que l’on trouve le plus grand nombre de colonies d’abeilles et les apiculteurs les plus assidus. Leur travail est essentiel : 35 % de nos aliments d’origine végétale ont besoin d’être pollinisés. Trois plantes fruitières sur quatre en dépendent.

Récemment, la tendance à l’apiculture urbaine s’est également imposée – dans les arrière-cours, les petits jardins et les jardins communautaires, ou encore dans les cours d’école. On peut désormais acheter du « miel du Limpertsberg » (composé principalement de fleurs de tilleul) ou du « miel du Kirchberg » (un mélange contenant du colza). De Beiefirtz, à Mutfort, vend, outre du miel en pot, des bonbons à la propolis, de la bière au miel et des bougies au miel. Chez Mellis, à Sandweiler, on trouve en outre du vin de miel et du ketchup au miel. Une colonie d’abeilles rapporte environ 25 kilos de miel par an à ces petites entreprises.

Outre les abeilles mellifères, on recense au Luxembourg 350 espèces d’abeilles sauvages. La plus connue d’entre elles est sans doute le bourdon potelé. Aucune des espèces présentes ici ne produit de miel. La plupart vivent en solitaires, ne forment pas de ruches, mais creusent leur nid dans le sol. « Les abeilles mellifères peuvent faire concurrence aux abeilles sauvages dans la recherche de pollen ou leur transmettre l’acarien Varroa », explique Alexander Weigand, zoologiste titulaire d’un doctorat au Musée d’histoire naturelle. C’est pourquoi il est important que les apiculteurs veillent à la santé de leurs abeilles. À la fin de cette année, il publiera un atlas des abeilles sauvages. Pour ce faire, des données ont été collectées sur 150 sites, en partie en collaboration avec Bee-Together. Nous pouvons d’ores et déjà dévoiler un résultat : dans les champs de colza, le rapport entre les abeilles mellifères et les abeilles sauvages est de 150 pour 1. Dans les réserves naturelles, on rencontre deux fois plus d’abeilles sauvages (toutes espèces confondues) que d’abeilles mellifères.