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La « sans bière »

Trop âpre, trop sucrée, trop diluée… Voilà de nouveaux sujets de désaccord et de prétentions de connaisseurs. Ce sujet, sur lequel personne n’avait encore à se prononcer il y a quatre ans, s’appelle la bière sans…

Article paru dans Édition mai 2022
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Trop âpre, trop sucrée, trop diluée… Voilà de nouveaux sujets de désaccord et de prétentions de connaisseurs. Ce sujet, sur lequel personne n’avait encore à se prononcer il y a quatre ans, s’appelle la bière sans alcool. Aujourd’hui, la bière sans alcool se faufile sur toutes les cartes des boissons où elle trouve encore de la place ; dans les rayons des supermarchés, elle se bouscule devant les alcools forts ; elle veut sortir de sa niche et y est parvenue l’été dernier.

L’humanité des latitudes d’Europe occidentale est-elle devenue prude et réfractaire à l’ivresse ? Non, depuis l’Antiquité déjà, les philosophes ne cessent de disserter sur la puissance des innovations techniques ; la théorie des réseaux d’acteurs est même véritablement obsédée par les agents non humains et ne cesse de poser la question de savoir si les techniques et les objets modifient notre comportement social. Dans le cas de la bière sans alcool, il faut bien l’admettre : les nouveaux procédés de fermentation instaurent de nouvelles habitudes de consommation.

Alors qu’autrefois, il fallait interrompre la fermentation au bout d’un certain temps, le brassage s’effectue aujourd’hui différemment : les maîtres-brasseuses laissent la bière fermenter jusqu’au bout, puis extraient l’alcool du moût. L’osmose inverse, la dialyse ou l’évaporation sous vide sont les procédés innovants qui permettent de préserver les arômes de la bière tout en réduisant la douceur résiduelle. C’est ainsi que l’industrie brassicole parvient désormais à commercialiser une bière presque authentique, mais sans alcool. Par ailleurs, la nouvelle génération de bières sans alcool est désormais véritablement exempte d’alcool, alors que la version précédente contenait souvent jusqu’à 0,5 % d’éthanol – ce qui n’était pas tout à fait sans risque pour les alcooliques en sevrage.

Que dirait Den Dokter de cette tendance au « zéro pour cent » ? Dans la publicité en noir et blanc de Den Dokter, qui date d’une époque où les hommes portaient encore des chapeaux, on s’extasie : « Le meilleur remède pour notre corps, c’est et ça restera la bonne bière luxembourgeoise. » Les trois protagonistes décident donc de « faire la fête ensemble ». On ne « fait la fête à six » pas avec des boissons à faible teneur en alcool ou sans alcool. Cela symbolise un autre comportement social ; cela symbolise la convivialité, où l’on « prend le temps de se détendre », ou encore le rituel de la boisson après le sport. En effet, la teneur en minéraux de ce breuvage à base de malt, de houblon, d’eau et de levure n’est pas négligeable : elle se distingue par sa teneur en calcium, en sodium et en magnésium. C’est pourquoi la bière est considérée comme isotonique : au lieu d’Isostar et d’autres boissons pour sportifs, ceux qui ont bien transpiré peuvent se servir sans crainte de ce « pain liquide » après leur entraînement. À cet égard, Den Dokter devrait également donner sa bénédiction à ceux qui ne boivent pas de bière.

Diekirch et Simon ont déjà lancé des bières à 0,0 %. On les cherche en vain sur alkoholfreishop.lu, où les amateurs peuvent acheter de la bière sans alcool provenant des Pays-Bas, de Belgique, d’Allemagne, d’Italie et de France. Comme « sans alcool » ne signifie pas toujours suffisamment « sans », on peut également affiner la recherche pour obtenir des produits végétaliens, halal et bio. Dans les stands de café de spécialité de la Stater Gare, qui s’inspirent du style berlinois, on trouve par ailleurs des Cool Ginger Beers, dans lesquelles on cherchera en vain de la bière. C’est tout à fait normal, peut-on lire : il s’agit d’une limonade rafraîchissante à la fois piquante et sucrée, mais en aucun cas d’une bière – contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire.

Selon une analyse d’Eurostat, 34 % des adultes luxembourgeois s’adonnent à une forte consommation d’alcool au moins une fois par mois. Le Grand-Duché arrive ainsi en tête du classement des États membres de l’UE, aux côtés du Danemark et de la Roumanie. Cette position de pionnier pourrait bien être remise en cause par la « bière sans alcool ». En effet, l’Europe occidentale est désormais à la pointe de la fabrication de bières sans alcool. Selon les estimations de la Fédération allemande des brasseurs, une bière sur dix sera bientôt désalcoolisée. La Barasserie de Luxembourg écrit que la bière à 0,0 % présente l’avantage de permettre de profiter du « vrai goût de la bière » à tout moment de la journée. « Un plaisir sans limite », promet la Brasserie Simon. Santé ! Prost !