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Le Jeu de la Dame… version food hall

En cette soirée printanière, dans le food hall de la Belle Étoile, les gens ne sont pas seulement attablés autour de plats et de boissons. Au bar, une vingtaine de personnes ont les yeux rivés sur des échiquiers. « Tout…

Article paru dans Édition juin 2026
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Le Jeu de la Dame… version food hall

En cette soirée printanière, dans le food hall de la Belle Étoile, les gens ne sont pas seulement attablés autour de plats et de boissons. Au bar, une vingtaine de personnes ont les yeux rivés sur des échiquiers. « Tout le monde est prêt ? », lance Xavier Dellenbach, barman et coorganisateur de ce deuxième tournoi d’échecs. Les neuf matchs dureront chacun dix minutes. Ces parties rapides permettent à chacun d’affronter un maximum d’adversaires au fil des trois heures de tournoi. « Ce qui m’a surpris, c’est que ce soit à ce point intergénérationnel », se réjouit le jeune barman. Des enfants apprenant encore le jeu font face à des joueurs plus expérimentés qui leur prodiguent des conseils après la partie. Un petit garçon de neuf ans, ayant découvert les échecs après avoir vu son père y jouer sur son téléphone, pratique en club depuis un an et demi. Ses parents, originaires d’Inde et vivant depuis treize ans au Luxembourg, l’accompagnent à tous les tournois possibles. « Il est vraiment passionné. Alors que nous étions près de Karlsruhe début avril, il voulait absolument assister au Grenke Chess Open mais je devais me faire opérer au même moment, il a dû y renoncer… », glisse sa mère.

Un autre enfant est accompagné de son grand-père, originaire d’Italie. Ce dernier, qui joue aussi sur son téléphone, regrette que son petit-fils ne soit pas assez appliqué : « J’espère que les échecs lui apportent la concentration et la patience ». Parmi les autres joueurs, on trouve aussi deux jeunes colocs français habitués à jouer l’un contre l’autre, un Portugais qui a fait ses armes sur chess.com ou encore un duo d’amis, dont la seule femme de la soirée. « Ce n’est pas toujours le cas », précise Xavier, qui se souvient de plusieurs joueuses lors du premier tournoi qu’il avait organisé avec son collègue, Paul Kieffer. « Paulo m’aide à l’arbitrage et il s’adapte aussi en tant que joueur ». Ce premier événement avait été une phase de test, non annoncée officiellement. Mais, pour cette deuxième rencontre, il y avait une vraie liste d’inscription et le matériel était complet.

Les parties disputées avec ses collègues en fin de service ne représentent pas la première expérience de Xavier avec les échecs. « J’ai commencé à y jouer à sept ans et, alors que j’ai tendance à faire mille choses à la fois, ça m’aide à me canaliser », témoigne-t-il. Il développe : « Aux échecs, on utilise le classement Elo. Quelqu’un qui débute aura un niveau allant jusqu’à 800 points, moi et mes collègues atteignons 1 100 environ et l’élite mondiale plus de 2 800. Le Norvégien Magnus Carlsen détient le record avec 2 882 ». Difficile pour lui de dire ce qui le fascine le plus dans les échecs, entre le nombre de combinaisons possibles, bien supérieur au nombre d’atomes dans l’univers observable, ou le fait que l’on y joue depuis 1 500 ans.

Le Specto n’est pas le seul bar à proposer des tournois d’échecs. Au Croque Bedaine, au Limpertsberg, ils ont même lieu chaque semaine. Comment expliquer cet engouement pour l’un des plus anciens jeux de stratégie ? « Pendant longtemps, les échecs ont été perçus comme sérieux et réservés à une élite », estime Xavier. « Mais, ces dernières années, des séries comme Le Jeu de la Dame, les youtubeurs et les influenceurs ont contribué à les rendre plus accessibles et plus tendance ». Jouer aux échecs, c’est aussi s’éloigner des écrans et réapprendre à se concentrer sur une seule chose. « Quand on rentre dedans, on prend conscience de tous les clubs qui existent, mais il n’y a pas beaucoup de communication autour, le milieu reste discret. Peut-être parce que les joueurs d’échecs sont humbles… », observe le jeune homme. « Humble », c’est aussi de cette manière que deux employés de Lombard Odier qualifient leur collègue, à la grosse barbe grise, qu’ils sont venus soutenir. « C’est notre champion, il a 1 800 points Elo », déclare fièrement l’un des deux. Le « champion » remporte d’ailleurs le tournoi. Se remémorant une précédente compétition, il considère que les échecs apprennent avant tout… à perdre.

« On espère pouvoir organiser des tournois tous les deux ou trois mois », détaille Xavier Dellenbach, qui envisage d’organiser le prochain avec une première session pour les novices dès l’après-midi puis une autre pour les plus expérimentés en soirée. Le barman se montre ravi de l’événement : « Nous avons réussi à créer un moment d’échange entre passionnés », résume-t-il. Et ce n’est pas le petit garçon qui voulait tant assister au Grenke Chess Open qui le contredira : ses parents peinent à l’arracher à l’échiquier pour rentrer à la maison.