Le fait que l’image désuète du camping ait disparu, que les ventes de camping-cars soient en plein essor, qu’Internet soit inondé de photos de combis sous le hashtag #VanLife et que les campings fassent la promotion de nouvelles cabanes en bois tout confort : tout cela n’a pas échappé au ministre du Tourisme, Lex Delles (DP). Car il souhaite désormais se lancer dans l’aventure et parsemer le pays de cabanes de glamping. Il s’agit de petits hébergements confortables destinés à voir le jour en milieu rural. Afin de recueillir des propositions originales, un concours a été lancé en collaboration avec l’Ordre des architectes. La semaine dernière, le lauréat a été désigné parmi 26 participants : il s’agit du projet « Tiermchen » de Saharchitects. Les « Tiermchen » ressemblent à des studios en bois spartiates mais chics, pouvant accueillir deux à quatre personnes selon leur taille.
La fièvre du camping s’est surtout emparée du public au début des années 1960. À l’époque, le journal « Luxemburger Wort » écrivait que « le moindre petit coin de prairie » était désormais qualifié de « camping ». L’auteur de l’article s’étonne de voir s’accumuler matelas pneumatiques, sacs de couchage, réchauds et mini-réfrigérateurs fonctionnant au gaz liquéfié, que les voyageurs apportaient dans leur voiture particulière pour les emmener au camping. Il se souvient de l’époque d’avant-guerre, où l’on se déplaçait à pied ou à vélo et où l’on montait une tente avec une bâche et un peu de ficelle. Désormais, le camping est devenu « monnaie courante » et « la dernière mode en matière de vacances ».
Au milieu des années 1960, le « Camping de la Route du Vin » de Grevenmacher a fait l’objet d’un véritable engouement. On disait qu’il était « déjà connu dans le monde entier » ; outre les visiteurs habituels venus de France, des Pays-Bas et d’Angleterre, des Japonais, des Indonésiens et des Australiens y avaient également séjourné. Grâce à ses douches chaudes, il s’est rapidement hissé au plus haut niveau. Il y a quelques années, le conseil communal a fait construire une piscine en plein air de taille respectable à côté du camping, afin qu’il puisse continuer à défendre son prestige. Le camping de Grevenmacher est l’un des 78 que compte le Luxembourg ; on les trouve dans les Ardennes et dans la vallée de la Müller. Une nuitée sur quatre réservée au Luxembourg se fait dans l’Ösling et 70 % des réservations concernent des campings situés dans le nord du pays.
Le tourisme de camping suit un rythme différent de celui du tourisme culturel dans le sud du pays. Alors que les visiteurs ne restent que deux à quatre jours pour profiter des offres culturelles, dans le nord, les tentes sont souvent plantées pendant des semaines. Ces deux types de tourisme représentent chacun un peu plus d’un tiers des arrivées au Luxembourg. Alors que le nord accueille principalement des Néerlandais, ce sont les Belges et les Allemands qui dépensent leur argent dans la capitale. Ces « Tiermchen » ne sont toutefois pas cantonnés à une région particulière : toute commune rurale intéressée par cette curiosité en matière d’hébergement peut s’adresser au ministère du Tourisme, qui subventionne ces structures à hauteur de 50 %. Lors de la présentation du projet, le ministre du Tourisme a par ailleurs indiqué qu’il n’espérait pas nécessairement attirer des touristes étrangers, mais plutôt que les habitants de la région réservent ces hébergements pour leurs escapades du week-end. Des communes intéressées ont déjà pris contact avec le ministère ; on ne sait toutefois pas encore quels sites sont envisagés. Une seule date est fixée : les cabanes de glamping devraient être prêtes à l’été 2024.