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Ça te plaît ou tu détournes le regard ?

C'est bon ou c'est bon à jeter ? La nouvelle émission culinaire de la « fée de la cuisine » nationale Anne Faber est arrivée, et elle se déroule en République fédérale d'Allemagne. Les cinq épisodes de la première…

Article paru dans Édition juillet 2023
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C’est bon ou c’est bon à jeter ? La nouvelle émission culinaire de la « fée de la cuisine » nationale Anne Faber est arrivée, et elle se déroule en République fédérale d’Allemagne. Les cinq épisodes de la première saison sont disponibles depuis la mi-juin sur la médiathèque de l’ARD. Il s’agit d’une production de la Saarländischer Rundfunk, un travail soigné et professionnel avec lequel « Anne’s Kitchen » espère sans doute conquérir le public allemand. Anne Faber, qui possède à la fois un talent culinaire et linguistique (et qui, jusqu’à présent, avait plutôt marqué les esprits par son anglais britannique irréprochable), fait preuve d’une articulation allemande tout à fait remarquable – son léger accent luxembourgeois ne fera que rehausser son charme rétro et fleuri (il transparaît par exemple dans le mot populaire « Keeehse »). Toutefois, outre le vocabulaire culinaire, le vocabulaire de l’émission se limite le plus souvent à des superlatifs – « méga », « génial », « super », « intense », ou encore le simple et omniprésent « Oh wow », qu’Anne Faber lance en alternance avec son coanimateur, le danseur streetstyle Moses Mwanjelwa, tandis que tous deux sillonnent des paysages bucoliques à bord de combis VW aux couleurs assorties (les combis VW sont d’ailleurs, sans exception, conduits par Anne Faber, aux ongles vernis en rouge).

Les cinq épisodes se déroulent en Frise orientale, au bord de la mer du Nord, dans le Jura souabe, dans la région du Bas-Rhin et en Sarre voisine. On y découvre de magnifiques images, ainsi que quelques éléments paysagers et culturels remarquables, qui ne sont malheureusement pas expliqués plus en détail (on en reste au « regarde, comme c’est beau » répété à l’envi). Ce qui lie ce couple disparate – la grande sœur et son petit frère adoptif ? – n’est pas précisé. En tout cas, on comprend vite que le très beau Moses sait certes bien danser, mais qu’il ne sait absolument pas cuisiner. Mais ce n’est pas nécessaire, car Anne est là, avec son talent indéniable et sa « boîte à épices » un peu démodée, pour compenser ces lacunes. Le danseur de rue branché et l’icône locale experte en cuisine kitsch doivent en effet relever ensemble un « défi » : préparer un menu (végétarien) à trois plats dans leur « cuisine de campagne » à partir d’un ou plusieurs ingrédients locaux qui leur sont inconnus.

Pour identifier le produit qui leur est remis dans un mystérieux coffre au trésor (l’identité de l’auteur de cette chasse au trésor reste un mystère), ils se tournent d’abord vers la population locale. Ces échanges avec les habitants constituent l’un des moments les plus révélateurs de l’émission, car les gens partagent leurs connaissances – ou, le cas échéant, leur ignorance – en toute décontraction, dans le dialecte et l’humour locaux, devant la caméra. On constate toutefois un contraste entre la décontraction des habitants et le style exagérément enjoué d’Anne Faber notamment, qui, au bout de quelques épisodes, devient un peu lassant, au point qu’on aimerait qu’elle glousse et cligne des yeux un tout petit peu moins.

Les épisodes ont également pour objectif de mettre au point un menu, en partenariat avec, selon les cas, des propriétaires de cafés ou de restaurants, une agricultrice ou le chef d’une exploitation maraîchère certifiée Bioland. Le concept « du champ à la table » fait ses preuves, et le résultat est impressionnant : après la séance de cuisine, ponctuée de petits intermèdes de danse, de pop branchée et de séquences en accéléré, quelques surprises attendent les convives à table : chou pointu au ragoût de poires, à l’estragon et accompagné de rösti de pommes de terre et de poires, gnocchi à l’érigéron, escalopes de betteraves rouges panées, pesto de pourpier, tiramisu aux rutabagas, mousse au chocolat au lierre des sables ou encore beurre aux pâquerettes. Ces raretés culinaires sont finalement dégustées ensemble, accompagnées de tapes dans le dos, de verres qui tintent – Santé ! – et de nombreux « ah » et « oh ». Dommage que les propriétés nutritionnelles des ingrédients, ainsi que les détails concernant leur culture, ne soient pas approfondis ni expliqués – Moses souhaitant pourtant apprendre à manger sainement. Ni l’agriculture biologique, ni l’histoire des localités, ni la tradition des produits ne sont abordées plus en détail, alors qu’il y a là un riche potentiel pédagogique.

Un concept intéressant, mais une réalisation un peu superficielle : l’émission reste un régal pour les connaisseurs. Une touche de décontraction et des dialogues plus captivants auraient donné plus de piquant à l’émission.