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Booster de glucides

À partir du 19 août, le « Gromperekichelcher », cette friandise très appréciée des fêtes foraines, embaumera à nouveau le Glacis de son parfum de graisse et d’oignon. Les frites, autre grand classique de la fête foraine…

Article paru dans Édition juillet 2022
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À partir du 19 août, le « Gromperekichelcher », cette friandise très appréciée des fêtes foraines, embaumera à nouveau le Glacis de son parfum de graisse et d’oignon. Les frites, autre grand classique de la fête foraine à base de pommes de terre, seront servies dans des petits bols avec de la mayonnaise et du ketchup, à côté du Top-Spin. La pomme de terre se fraye un chemin dans les assiettes d’Europe occidentale sous différentes formes : cuite à la vapeur, au four ou rôtie. Sous forme de chips, elle accompagne un verre sur deux et, avec ou sans peau, le barbecue. La purée de pommes de terre fait particulièrement le bonheur des tout-petits et des personnes âgées, car elle leur évite d’avoir à mâcher.

Comme ces tubercules s’intègrent avec une évidence inégalée dans de nombreux repas, on pourrait supposer qu’ils sont présents en Europe depuis longtemps. Or, la pomme de terre est plutôt une nouvelle venue. Alors qu’il était déjà consommé au Pérou il y a 5 000 ans, ce n’est qu’en 1709 qu’un tournant décisif s’est opéré au Luxembourg. Cette année-là, un gel glacial a ravagé les cultures céréalières luxembourgeoises, provoquant des famines meurtrières. L’approche jusqu’alors hésitante de cette plante de la famille des solanacées a cédé la place à un nouvel optimisme : ce tubercule riche en calories, qui se conserve en outre relativement facilement, a conquis d’anciens champs de blé. Elle est devenue un aliment de base dont les ouvriers agricoles se régalaient au XIXe siècle, à raison de près de deux kilos par jour.

Avant même la vague de froid de 1709, la « tartuffel », comme on l’appelait à l’époque, était déjà connue. Mais de nombreuses légendes l’entouraient : on disait que la pomme de terre provoquait la lèpre et qu’elle était toxique (ce qui n’est toutefois vrai que si elle est consommée crue). C’est probablement grâce au roi Philippe II, à qui l’on remit en 1565 une caisse de ce légume, que la pomme de terre se répandit. Le roi, à son tour, en fit parvenir des spécimens aux milieux ecclésiastiques, et après quelques étapes intermédiaires, les plantes parvinrent au botaniste néerlandais Carolus Clusius, qui fut le premier à les décrire systématiquement.

Dans les champs du petit État du Luxembourg, sa culture est désormais marginale. Alors qu’en 1960, 6 000 hectares de terres étaient encore consacrés à la culture de la pomme de terre, ce chiffre n’est plus que d’environ 650 depuis 30 ans. À titre de comparaison, les cultures fourragères occupent 30 000 hectares. En termes de volumes absolus, la Chine, l’Inde et l’Ukraine sont les principaux producteurs de pommes de terre ; par rapport à la superficie du pays, les Pays-Bas figurent également parmi les leaders.

Depuis que la Russie tente de redessiner la politique mondiale par une guerre d’agression, la question de la sécurité alimentaire fait l’objet de débats de plus en plus fréquents. L’institut de recherche suisse Agroscope recommande, en cas de menaces liées à la politique de puissance, de produire plus souvent sans passer par le marché alimentaire. D’après ses calculs, il serait notamment avantageux de réduire la production de viande au profit des pommes de terre. La culture de ces sources d’hydrates de carbone ne génère en outre que la moitié des émissions de gaz à effet de serre par rapport à celle du blé. À cet égard, il est logique de parler de « Freedom Fries », mais pour des raisons différentes de celles invoquées par les républicains américains lorsqu’ils ont rebaptisé les frites il y a 20 ans, en raison de l’opposition de la France à la guerre en Irak.

Ceux qui souhaitent célébrer les pommes de terre pour leurs qualités peuvent se rendre début septembre à la « Bënzelter Gromperefest ». L’attraction principale pour les enfants est le « d’Grompererafen » : à une époque où les enfants ne peuvent plus échapper à l’« e-digi-learning », c’est une activité d’une simplicité rafraîchissante. Par ailleurs, lors de cette fête de la pomme de terre, la reine du vin de la Moselle est parodiée par la « Gromperekinigin » et le « Gromperekinik ». Mais ce qui semble local ne l’est pas toujours : la coopérative Synplants Eislécker Setzgromperen exporte ses variétés Lady Rosetta, Marfona et Spunta vers des pays comme l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Liban.