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Barbielux

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Article paru dans Édition août 2023
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Depuis des semaines, le film « Barbie » de Greta Gerwig attire petits et grands dans les salles de cinéma. Parmi les spectateurs figuraient également les rédactions culturelles des médias luxembourgeois. Et à l’exception du critique de RTL, Loïc Tanson, tous s’accordent à dire qu’il ne s’agit en fin de compte que d’une publicité pour Mattel.

Pour la journaliste du magazine *Wort*, Anina Valle-Thiele, *Barbie* est une « odyssée agaçante tout en rose ». Pire encore : il s’agirait d’une œuvre sans public cible. En effet, les commentaires méta-ironiques de la réalisatrice et les dialogues décalés ne sont guère accessibles aux enfants. Or, lorsque la rédactrice a vu le film, la salle était presque exclusivement remplie d’élèves de sixième. Barbie ne convient pas non plus en tant que film pour adultes ; la représentation exagérée des Ken s’avère trop simpliste – ils sont tous, sans exception, dépeints comme des « machos bourrés de testostérone » interchangeables.

Le fait que Ryan Gosling s’acharne à bousculer son image de beau gosse hollywoodien et que le film soit truffé de dialogues superficiels – c’est justement ce que Tom Haas trouve divertissant dans le Tageblatt. Il y voit par ailleurs un autre point positif : ce « cauchemar postmoderne en rose » de 90 minutes revisite l’une des plus anciennes histoires de l’humanité, à savoir l’expulsion du paradis. Tom Haas qualifie de « campagne de pinkwashing » la critique formulée dans le film à l’égard des stéréotypes dominants, selon lesquels les femmes, moralement irréprochables et dotées de jambes sans cellulite, devraient tout maîtriser. Il s’agit selon lui d’un film dont l’objectif, à peine dissimulé, est de commercialiser une poupée en plastique.

C’est également le verdict rendu par le critique de cinéma Marc Trappendreher dans le journal *Der Land* : cette « déclaration de guerre ouvertement féministe » reste un simple outil publicitaire. La critique sociale féministe visée se réduirait à une lutte des sexes simpliste et « n’intégrerait aucune perspective sur les relations économiques ou culturelles ». Sur le plan dramaturgique, le film n’est pas sans intérêt, il joue sur les contrastes : dans l’univers de Barbie, par exemple, Ken n’existe que par le « regard féminin » de Barbie ; dans le monde réel, en revanche, cette structure est renversée : c’est lui qui mène la danse. Et ainsi, les deux mondes se reflètent constamment dans le film. Cependant, c’est précisément à cause de ces contrastes que le film semble manquer de relief.

« Barbie est un film existentiel et incroyablement émouvant », commente Loïc Tanson dans l’émission « Film de la semaine » sur RTL. Grâce à l’actrice Margot Robbie, la poupée Barbie acquiert « une profondeur émotionnelle inattendue ». Il trouve également original que ce blockbuster estival fasse référence à l’histoire du cinéma : dès le début, ce film rose cite « 2001 : L’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick et fait atterrir une Barbie dans un désert. Là-bas, les enfants jouent encore avec des poupées : ils leur donnent le bain, leur préparent à manger et les mettent au lit. Or, Barbie se révèle soudain comme une femme polyvalente sans enfants – un nouveau modèle destiné à faire évoluer la culture.

C’est précisément cette représentation « débiologisée » qui ne correspondrait pas à la réalité, affirment les critiques. La journaliste du Wort, Ines Kurschat, a partagé sur Twitter un essai de la féministe Gertraud Klemm, qu’elle a qualifié de « combatif et pertinent ». Dans cet essai, Klemm écrit : « Barbie peut tout faire mieux que d’être maman. » Comment le pourrait-elle d’ailleurs, puisqu’elle n’aurait pas d’organes sexuels ? Dans l’univers de Barbie, être une femme ne serait rien de plus qu’une identité qui ne peut pas soulever la question du travail de reproduction, selon l’Autrichienne.

Il y a désormais plus d’avis sur ce film que de personnes qui l’ont vu. La philosophe Silvia Federici a déclaré hier au quotidien suisse *Tagesanzeiger* qu’elle ne l’avait pas encore vu, mais qu’elle souhaitait néanmoins le commenter. On peut donc se détendre et ne pas avoir d’avis sur *Barbie*, car il y a déjà suffisamment d’avis à ce sujet. Peut-être que les opinions laisseront bientôt place à un véritable tollé : en Algérie, le film a été retiré de l’affiche au bout de quelques semaines, au motif qu’il diffuserait des idées moralement contestables. Cela a donné lieu à des manifestations et à la campagne sur les réseaux sociaux #IAmBarbie.