La semaine dernière, Marc Angel a été élu l’un des 14 vice-présidents du Parlement européen. Il doit son élection à trois facteurs : Tout d’abord, l’accord habituel entre le PPE (démocrates-chrétiens) et le S&D (sociaux-démocrates). Depuis plus d’un demi-siècle, ils se répartissent les postes entre eux. Pour que l’Église européenne reste dans le village mondial. C’est ainsi que Marc Angel a obtenu 52 % des voix au deuxième tour.
Lors des élections législatives de 2018, Marc Angel est arrivé en deuxième position du LSAP dans la circonscription du Centre. Il s’est déclaré « bien sûr prêt à participer au gouvernement pour continuer à faire avancer le pays » (RTL, 12 novembre 2018). Son parti a poliment décliné l’offre. Ce fils de député plein d’entrain s’est retiré de la politique nationale. Il s’est présenté aux élections européennes.
Le Parlement européen est un vivier de députés pour lesquels il n’y a plus de place dans la politique nationale. Cela n’entrave guère son travail. Car ce n’est pas un véritable parlement. Au Luxembourg, il existait une telle assemblée au milieu du XIXe siècle : le Conseil des ministres européen s’appelait « roi-grand-duc », la Commission de Bruxelles s’appelait « gouvernement » et le Parlement de Strasbourg s’appelait « Assemblée des États ».
Le Parlement européen est élu au suffrage direct depuis 1979. Mais il ne peut pas décider librement. Il ne peut que « codécider ». Il est censé donner une apparence démocratique aux décisions du Conseil, de la Commission, de la Banque centrale et de l’Eurogroupe, qui ne font pas toujours l’objet d’une majorité. Il est censé faire accepter la dérive néolibérale au détriment des plus faibles.
Enfin, Marc Angel doit son élection à un troisième facteur : le fait que l’ancienne vice-présidente du Parlement européen soit actuellement en prison. Eva Kaili et d’autres personnes prises en flagrant délit auraient reçu de valises remplies d’argent liquide de la part de gouvernements étrangers. Afin de minimiser les conditions de travail des travailleurs migrants au Qatar et l’occupation marocaine du Sahara occidental. Ce sont tous des sociaux-démocrates. Leur solidarité avec la classe ouvrière et les peuples colonisés est à vendre.
« Ce scandale, c’est vraiment effrayant. À chaque fois que j’en entends parler, j’en ai des frissons dans le dos », s’est lamenté Marc Angel. « C’est vraiment regrettable que cela se soit produit chez nous, au sein du groupe parlementaire » (RTL, 20 janvier 2023). Il n’a fourni aucune explication quant à la raison pour laquelle la corruption s’est produite précisément « chez nous, au sein du groupe parlementaire ». Les conservateurs corruptibles et les libéraux vénaux sont-ils plus habiles ?
Eva Kaili était membre du PASOK, le parti grec. Ce parti a une tradition de corruption et de clientélisme qui remonte à plusieurs décennies. L’ancien Premier ministre Andreas Papandreou a été mis en accusation dans l’un de ces scandales. Sept juges contre six l’ont déclaré non coupable. Le ministre de l’Économie, Panagiotis Roumeliotis, a échappé à sa condamnation en se faisant élire au Parlement européen. Il faisait « partie du groupe parlementaire ».
Les autres suspects sont originaires d’Italie. Le Partito Socialista Italiano a une tradition de corruption et de clientélisme qui remonte à plusieurs décennies. L’ancien Premier ministre Bettino Craxi a reconnu devant le tribunal que son parti avait reçu 93 millions de dollars de dons illégaux. Le parti était « en pleine crise ». Après le naufrage du PCI et du PSI, il s’appelle désormais Partito Democratico.
En compensation de leurs privilèges limités, les députés européens bénéficient généreusement d’indemnités, de frais de représentation, de collaborateurs et de l’immunité parlementaire. 45 délégations leur permettent d’effectuer de fréquents voyages à l’étranger. À cela s’ajoutent des groupes d’amitié informels. Ils se font inviter par leurs amis à des voyages de luxe « aux frais de la princesse ».
Les députés européens luxembourgeois aiment eux aussi se joindre au voyage. Pour le reste, ils n’ont pas besoin de mallettes remplies d’argent ni de registres de lobbying. Ils ont fait leur, au nom du devoir patriotique, les préoccupations de Soparfi, Arcelor-Mittal, RTL et SES.