BREAKING NEWS Lancement du nouveau site internet du Land S'abonner →
Société 4 min de lecture

vidéo violente

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition février 2024
Partager l'article sur

Les partis libéraux sont les relais politiques du pouvoir économique. Du pouvoir impersonnel du marché. Une force qui, comme par enchantement, veille à ce que les « seigneurs » restent les « seigneurs » et les « Max » restent les « Max ». Une force qui creuse les écarts de richesse comme si c’était une loi de la nature. Pour les partis libéraux, le progrès, c’est la « destruction créatrice » de Schumpeter : le déchaînement de la violence économique.

Les techniciens du pouvoir enjolivent celui-ci sous le terme de « gouvernance ». Il s’agit d’un rapport de force. De nos jours, il s’agit souvent d’un rapport dissimulé. Car deux éléments sont indispensables à la vie d’un État : « forza e consenso, coercizione e persuasione » (Antonio Gramsci, Quaderni del carcere, vol. 6, §87).

Le français enjolive les choses. Il parle de « pouvoir exécutif ». L’allemand est sans détour : « Le Grand-Duc […] exerce le pouvoir exécutif conjointement avec le gouvernement » (Constitution, art. 44). Le Grand-Duc et les ministres sont les détenteurs du pouvoir. Les mendiants de la capitale savent très bien ce que cela signifie.

La concurrence pour les places de candidats au sein des partis, puis les campagnes électorales et les élections opèrent une sélection parmi les prétendants au pouvoir exécutif. Au final, il ne reste que des personnes dotées d’une grande capacité à s’imposer, voire parfois d’un certain manque de scrupules. Par la suite, l’exercice prolongé du pouvoir exécutif entraîne un cercle vicieux : il renforce l’estime de soi des membres du gouvernement et accentue leurs tendances autoritaires jusqu’à les rendre sans scrupules. « You can do anything. Grab ’em by the pussy. » s’extasiait Donald Trump, grisé par le pouvoir (Washington Post, 8 octobre 2016).

Klaus Theweleit évoque « une forme particulière de masculinité qui ne peut s’empêcher de façonner la réalité sociale à travers des rapports de force » (NZZ, 30 novembre 2019). L’État peut tirer parti d’une telle masculinité. Pour assurer sa propre survie. Et pour garantir le maintien des rapports de propriété existants. Par la violence économique et, si nécessaire, par la violence policière.

Il existe peut-être une répartition des tâches au sein du pouvoir exécutif en fonction du genre. Une séparation des pouvoirs entre cinq ministres, plutôt chargées de rechercher le consensus et de convaincre, et dix ministres, censés maîtriser la force et la contrainte.

Le 8 février, une étudiante de Dippach a diffusé une vidéo montrant des scènes de violence sur WhatsApp. Celle-ci relate une altercation survenue dans un snack-bar de la capitale, entre un titulaire du pouvoir exécutif et une fonctionnaire placée sous ses ordres.

« Oui, c’est une triste réalité à laquelle nous sommes confrontés ici, et qui ne cesse de s’aggraver : les vidéos violentes qui circulent sur les réseaux sociaux. » a déploré le ministre de l’Éducation Claude Meisch le 13 juin 2023 lors d’une séance de questions au Parlement.

La rencontre dans le snack-bar aurait été « houleuse et, par moments, même émotionnelle ». Une tasse à café serait tombée par terre. C’est ce qu’a admis le ministre hors champ à RTL (8 février 2024).

Le conflit s’est produit à un point de jonction infime de la société de classes : là où la haute fonctionnaire est directement soumise aux instructions du détenteur du pouvoir exécutif. Ce qui signifie également qu’elle est économiquement dépendante. Les relations de dépendance créent une inégalité entre les parties au conflit. Elles réduisent au silence les parties dépendantes.

Adorno connaît « le degré de grossièreté, de stupidité et de violence dont on a besoin pour exercer le pouvoir » (Minima Moralia, p. 29). L’étudiante dit avoir entendu le ministre du Parti libéral dire : « Oui, je t’ai frappée. Et tu l’as bien mérité. » Elle ajoute : « En plus, elle avait une grosse marque rouge sur le front. » – « Je nie formellement qu’il y ait eu des agressions », a déclaré Claude Meisch à RTL. Il voulait sans doute dire « coups et blessures ».

En juin, le ministre de l’Éducation a présenté devant le Parlement sa campagne « Not sharing is caring », organisée en collaboration avec la police et le parquet. Afin de « lutter contre le phénomène des vidéos violentes. Celles-ci sont très difficiles à comprendre ; je pense qu’une personne de mon âge, avec ma réalité de vie et ma présence modeste sur les réseaux sociaux, a du mal à les saisir. »