Au lendemain de l’invasion russe de l’Ukraine, le ministre de la Défense vert François Bausch a exprimé ses regrets : « Concernant les discussions qui ont eu lieu au sujet de l’élargissement de l’OTAN, il est certain que tout n’a pas été fait comme il fallait. Il faut simplement le dire » (RTL, 25 février 2022).
Le 9 février 1990, le secrétaire d’État américain James Baker a promis au président soviétique Mikhaïl Gorbatchev que l’OTAN ne s’étendrait « pas d’un pouce vers l’est ». C’était du bluff. En 1999, elle s’est étendue de 500 kilomètres vers l’est, englobant la Hongrie, la République tchèque et la Pologne.
Le 27 mai 1998, le Parlement luxembourgeois a ratifié l’élargissement. Le député vert François Bausch s’est abstenu. Son collègue de parti, Jean Huss, a lancé cette mise en garde : « Si, en contrepartie, l’OTAN s’approche encore davantage des frontières, notamment en direction de l’Ukraine, on constatera […] que le nationalisme et le chauvinisme national en Russie vont se renforcer considérablement. » Les autres partis ne voyaient en lui qu’un ennemi vaincu, qui avait perdu tout droit de revendiquer ses propres intérêts en matière de sécurité.
Cinq ans plus tard, l’OTAN s’est étendue à la Lituanie, à l’Estonie, à la Lettonie, à la Bulgarie, à la Roumanie, à la Slovénie et à la Slovaquie. Tous les partis qui aspiraient à entrer au gouvernement ont voté, le 9 juillet 2003, en faveur du deuxième élargissement à l’Est. Le député François Bausch s’est lui aussi rallié à cette position.
Au nom du CSV, le député Jean-Marie Halsdorf s’est réjoui que « l’OTAN s’étende désormais réellement jusqu’au territoire de son ancien adversaire principal, à savoir l’Union soviétique, pratiquement jusqu’à ses frontières. […] Avec son adhésion, l’Alliance s’étend pratiquement jusqu’à Saint-Pétersbourg. » En 2009, Halsdorf est devenu ministre de la Défense.
Les classes possédantes souhaitent mener leurs affaires avec leurs collègues oligarques en toute tranquillité, sans pour autant dédaigner les avantages qu’apporte un ennemi de taille. La guerre froide leur a appris une chose : les frontières garantissent également la stabilité de la situation politique à l’intérieur de celles-ci.
Le Parlement a ratifié le 11 février 2009, à l’unanimité une nouvelle fois, le troisième élargissement à l’Est, concernant l’Albanie et la Croatie
. Le ministre des Affaires étrangères du LSAP, Jean Asselborn, a indiqué que « nos amis américains » exerçaient des pressions pour que l’Ukraine et la Géorgie soient admises au sein de l’OTAN. Mais l’Union européenne ne souhaite « rien précipiter ». Elle est plus proche du feu que les États-Unis. Ces derniers venaient d’annoncer, sans consultation préalable de leurs amis européens, la mise en place de systèmes de défense antimissile en Europe de l’Est. « Le ton de Moscou vis-à-vis de l’Union européenne » s’est donc « durci », a fait remarquer Charles Goerens, député du DP.
En 2017, le Monténégro a adhéré à l’OTAN. L’ADR et déi Lénk ont voté contre la ratification le 14 décembre 2016. Il s’agissait du quatrième élargissement vers l’Est. David Wagner, de déi Lénk, a émis l’hypothèse suivante : « L’attitude de plus en plus agressive de la Russie, qui s’est manifestée avec une intensité particulière en Ukraine, doit certainement être considérée comme une conséquence directe de l’expansion de l’OTAN vers l’Est. »
Le 2 juillet 2019, 58 députés sur 60 ont voté en faveur du cinquième élargissement de l’OTAN vers l’Est, avec l’adhésion de la Macédoine du Nord.
Dans le cadre du sixième élargissement de l’OTAN vers l’Est, l’Ukraine figure en tête de liste des priorités du gouvernement américain. L’Ukraine partage une frontière de 2 295 kilomètres avec la Russie. La Russie considère la présence de missiles américains à cette frontière comme une menace inacceptable.
L’Ukraine était neutre jusqu’en 2019. Jeudi dernier, le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn a déclaré devant les députés : « En démocratie, personne n’a le droit d’imposer à un pays de rester neutre. […] Imaginons un instant, ici en tant que Luxembourgeois, qu’on nous ait demandé cela ! » Le 11 mai 1867, les grandes puissances avaient exigé du Luxembourg qu’il devienne neutre. Afin d’empêcher une guerre entre voisins. Or, l’armée russe a envahi l’Ukraine. En souvenir de l’Empire tsariste. François Bausch a promis à l’Ukraine
100 lance-roquettes.