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Société 4 min de lecture

Totem et tabou

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition janvier 2025
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Le ministre des Finances, Gilles Roth, l’avait annoncé en mars. Il y a deux semaines, il l’a confirmé au Parlement : « Nous voulons également mettre en place un OMT national pour l’avenir » (18/12/24).

L’objectif budgétaire à moyen terme (OMT) fait partie depuis des décennies du pacte de stabilité de l’Union européenne. Depuis la crise bancaire, il sert de totem. Des chamans munis de mallettes de documents font apparaître comme par magie des soldes fictifs issus d’« écarts de production », de « PIB potentiel » ou encore du produit intérieur brut de l’année 2070, année de la retraite. Tout cela dans le but d’imposer une discipline économique aux classes démunies.

L’arbitraire politique est enrobé de mathématiques : le DP, le LSAP et les Verts ont annoncé en 2013 « un solde structurel des finances publiques d’au moins +0,5 % du PIB » (programme gouvernemental, p. 21). Afin de présenter l’austérité de leur « Zukunftspak » comme inévitable. Lors des élections européennes de 2014 et du référendum de 2015, l’électorat a manifesté son mécontentement. En 2016, le gouvernement a revu à la baisse son objectif budgétaire pour atteindre un déficit de –0,5 %. À partir de 2020, il l’a de nouveau relevé à +0,5 %. Jusqu’à l’apparition de la dette liée à la Covid. Aujourd’hui, il se situe, de manière un peu absurde, à zéro pour cent.

Puis « l’Ennemi » a envahi l’Ukraine. L’économie s’est paralysée. Le pacte de stabilité s’est retourné contre eux. Au printemps, les gouvernements de l’UE ont décidé de l’assouplir. Un compromis entre l’industrie exportatrice allemande et ses clients à court d’argent. Ils ont supprimé l’objectif budgétaire à moyen terme.

Le CSV ne souhaite pas se séparer de l’OMT : « Nous adapterons également notre loi de finances en conséquence », a promis le ministre des Finances. Il souhaite « conclure un accord avec la Chambre dès le premier semestre ».

Le Conseil national des finances publiques (CNFP) propose « d’adapter la méthodologie de calcul de l’OMT aux spécificités nationales » (Avis budgétaire 2025, p. 44). Un OMT national est prévu. Dans l’insularisme de l’« indice des prix à la consommation national », du produit intérieur brut Modux et Comlux, des taux nationaux de Covid et de chômage, des quatre soldes structurels, de la part des dépenses d’armement dans le revenu national brut.

Le CSV regrette ses années fastes : l’OMT national vise à redonner vie à la « norme budgétaire » inventée en 1967. À l’époque, la formule magique « croissance économique + taux d’inflation + « facteur d’élasticité » » donnait naissance au « Werner-Frang », une monnaie stable. Mais sa stabilité fut de courte durée.

L’OMT national est censé assumer la fonction politique du frein à l’endettement allemand. Associé à la note AAA, il est destiné à créer des contraintes technocratiques permettant de contourner le Parlement et les partenaires sociaux.

Si la dette publique est un sujet tabou et que la fiscalité des entreprises est réduite, l’OMT est censé justifier des économies dans l’État-providence. Notamment au niveau des retraites : « [L]’OMT prend en effet en compte un tiers des coûts futurs estimés liés au vieillissement de la population. » C’est ce qu’affirme le CNFP (ibid.). Juste à temps pour la réforme des retraites annoncée, il s’agit de déclarer à nouveau les droits à la retraite comme une « dette implicite ». Prévision d’un nouveau « mur des retraites ».

En 2017, la Banque centrale a recherché les « dépenses budgétaires liées au vieillissement » dans l’OMT. Cependant, « [l]e chiffre devant être inséré dans le tableau reste confidentiel » (Bulletin 2017/3, p. 208, 210). Le métier des chamans, c’est le mystère.

D’autres astuces comptables sont prévues, appelées à Berlin « fonds spéciaux », « telles que l’exclusion d’une partie des investissements du calcul du solde structurel » (CNFP, ibid.). Afin d’exclure de l’OMT national la dette explicite liée aux dépenses d’armement. Cela permettra de continuer à les augmenter sans entrave.

À l’heure actuelle, le paradis fiscal menace de rapporter trop d’argent à l’État. Les chamans doivent semer la peur face aux appels à la redistribution. Avec l’OMT, ils invoquent les fantômes de Fatzers venus du futur.