La direction de l’OGBL en veut une fois de plus aux ministres du LSAP : ceux-ci ont laissé le DP mettre fin à la table tripartite sans l’OGBL. La direction du LSAP est une nouvelle fois en colère contre les responsables de l’OGBL : avec leurs manœuvres, ils compliquent la tâche du gouvernement à un an des élections.
Ce n’est pas nouveau. Au cours de leur longue histoire, ces deux organisations ont toujours agi de concert. Mais elles se sont souvent disputées pour savoir qui était le teckel et qui était la queue.
Le suffrage censitaire a perduré plus longtemps que dans d’autres pays. Ainsi, des notables paternalistes ont dominé la social-démocratie. Les syndicats de masse modernes ont vu le jour dans le contexte de la Première Guerre mondiale. Ils se sont également imposés comme des organisations de classe opposées à la coalition entre les notables sociaux-démocrates et les industriels libéraux. Aujourd’hui, ce sont Alfi et EY qui occupent les fauteuils des magnats de la sidérurgie.
Après la scission des communistes et la défaite lors de la grève de 1921, le parti et le syndicat étaient affaiblis. Ils s’allièrent. À cette fin, le parti prit en 1924 le nom de « Parti ouvrier ». Il souhaitait devenir le bras parlementaire du syndicat. Le syndicat, quant à lui, souhaitait devenir le réservoir électoral du parti. C’est ainsi qu’ils ont déplacé la lutte des classes des usines et de la rue vers le Parlement. Les industriels libéraux de la sidérurgie étaient satisfaits.
Au lieu de grands bonds en avant, on se contentait désormais de petits pas. Les détractrices parlaient de syndicalisme. C’est ainsi que commença l’âge d’or des patriarches bruyants et amateurs de beuveries. Ils étaient à la fois présidents de syndicat, députés et élus locaux ; ils devinrent ministres et dirigèrent le Tageblatt.
Après la guerre, en 1944, les ouvriers voulaient un syndicat unique. Les patriarches, bruyants et grands buveurs, craignaient de perdre leur influence. Ils préféraient la division du mouvement ouvrier. Les notables socialistes du centre et le syndicat ouvrier du sud se mirent d’accord sur le nom de compromis « Parti socialiste ouvrier ».
Effrayés par les bouleversements sociaux des années 60, les sociaux-démocrates et les syndicalistes de droite ont quitté le LSAP. Ensemble, le parti et le syndicat se sont mobilisés en faveur de l’indexation automatique, d’une cinquième semaine de congés et contre l’État du CSV. Lors de la crise de la sidérurgie, la direction syndicale a tenté de réparer l’erreur de 1944. Pour ce faire, elle a symboliquement pris ses distances avec le parti. La tentative a échoué.
Depuis 1984, le LSAP fait partie du gouvernement depuis 33 ans. Les salariés doivent faire confiance aux dirigeants syndicaux, ceux-ci au parti, et le parti aux intérêts du capital financier mondial. Cette variante endémique du néolibéralisme est présentée comme le « modèle luxembourgeois ».
Le syndicat s’est transformé en service de dépannage sur le lieu de travail. Le parti s’est tourné vers les classes moyennes de gauche libérale. Il a supprimé le droit du travail de son programme électoral. Il s’est efforcé à plusieurs reprises de supprimer le mot « ouvrier » du nom du parti. Lors de la crise bancaire de 2008, une aile de gauche s’est réveillée au sein du LSAP. Elle a proposé d’améliorer les relations avec le syndicat. Puis elle s’est à nouveau endormie.
Il va falloir se ressaisir pour les élections de l’année prochaine. Le LSAP ne veut pas perdre les voix des syndicats au profit de déi Lénk. Il a fait un premier pas dans cette direction. Le ministre du Travail s’est rendu, accompagné de ses gardes du corps, à la fête du 1er mai organisée par le syndicat. Il a promis une étude d’experts sur la réduction du temps de travail. Une réduction du temps de travail à salaire égal se fait au détriment de la plus-value. C’est pourquoi seules les luttes sociales peuvent permettre de réduire le temps de travail. Les études d’experts visent à empêcher cela.
Après avoir rejeté la manipulation de l’indice, la direction syndicale peut difficilement passer à l’ordre du jour. Elle souhaite mobiliser ses membres pour renforcer le pouvoir d’achat. En période électorale, cela pourrait être interprété à tort comme une mobilisation en faveur du LSAP. Certains verraient dans un tel malentendu une belle fin heureuse.