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Société 4 min de lecture

Le sexe à droite

Conversation fortuite avec l'homme dans le train

Article paru dans Édition septembre 2024
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La sexualité anime l’ADR comme aucun autre parti. Non pas comme un sujet de plaisanterie, mais toujours comme un danger : la société est menacée par le féminisme, la sexualité infantile, les burkinis, la culture queer, l’avortement et les astérisques de genre.

Lors du congrès du parti en avril, Fred Keup, député de l’ADR, a frissonné : « Les “woke” […] parlent de trente, quarante genres différents. » Pour le psychanalyste Wilhelm Reich, c’est « la peur de la “liberté sexuelle” qui, dans l’imaginaire de la pensée bourgeoise, se présente sous la forme d’un chaos sexuel et d’une débauche sexuelle » (Psychologie des masses et fascisme, Copenhague, 1933, p. 94).

Sur le plan de la politique sexuelle, l’année 2008 a marqué un tournant pour l’ADR. Elle a signé un accord de coopération avec l’Association des hommes luxembourgeois. Son président, Fernand Kartheiser, est devenu député. La direction du parti est passée aux mains de fonctionnaires et d’indépendants. Ceux-ci souhaitent se démarquer des ouvriers par leurs « modes de vie familiaux et sexuels », « communément qualifiés de « bourgeoisie » » (Reich, p. 82). Cela a rendu le mécanicien Gast Gibéryen d’autant plus populaire.

L’Association des hommes luxembourgeois a été radiée du registre du commerce en 2020. Elle avait pour objet la « défense des intérêts des hommes » (statuts, art. 4). Pour les défendre, le député de l’ADR Tom Weidig a réclamé, dans une question parlementaire, la création d’un « Mouvement national des hommes » (9 juillet 2024). Les « intérêts des hommes » consistent à préserver la despotie domestique du père de famille. C’est le germe de l’idéologie d’extrême droite. Même parmi les présidentes de parti.

« La position même que le supérieur occupe vis-à-vis du père dans le processus de production, il la maintient lui-même au sein de la famille. Et il reproduit chez ses enfants sa position de subordonné vis-à-vis de l’autorité. » C’est de là que « découle l’attitude passive et servile des petits-bourgeois envers les figures d’autorité » (Reich, p. 84). – « L’ADR veille à ce que l’autorité et le rôle du Grand-Duc soient ainsi respectés » (Programme électoral 2023, p. 235).

La domination du père de famille passe par l’oppression de la femme. Fernand Kartheiser a publié en 2007 *Critique de la pure déraison : sur la féminisation de la langue*. En novembre 2012, il a manifesté avec Pro Europa Christiana contre l’avortement. Contre le droit des femmes à disposer de leur corps.

La « position » despotique du père exige en effet une restriction sexuelle très stricte pour les femmes et les enfants. Si, sous l’influence de la petite bourgeoisie, les femmes développent une attitude résignée, sous-tendue par une rébellion sexuelle refoulée, les fils, quant à eux, adoptent non seulement une attitude de soumission face à l’autorité, mais aussi une forte identification au père, qui se transformera plus tard en une identification émotionnelle à toute figure d’autorité » (Reich, p. 85).

Le 24 juillet, Tom Weidig a lancé un appel sur Facebook contre les lectures organisées par la drag queen Tatta Tom. Les enfants « dès l’école primaire et même dès leur adolescence, sont influencés et endoctrinés par l’idéologie LGBTQ ». Wilhelm Reich a posé le diagnostic suivant : « L’inhibition morale de la sexualité naturelle de l’enfant, dont la dernière étape est la grave altération de la sexualité génitale du jeune enfant, rend celui-ci craintif, timide, craintif face à l’autorité, obéissant, sage au sens bourgeois du terme et facile à éduquer » (p. 50).

L’ADR défend la « tradition judéo-chrétienne » en tant qu’« élément central de notre culture » (programme électoral, p. 241). Selon Reich, les « inhibitions et affaiblissements sexuels » sont « imposés à l’aide de la peur religieuse » (p. 86).
Ils perpétuent le lien maternel. « Ce n’est que dans cette perpétuation fondée sur la société qu’elle devient le fondement du sentiment national de l’adulte » (p. 91). – Fernand Kartheiser : « Nous sommes pour une nation forte ! » (26 avril 2018).