Oui, c’est toujours un plaisir de voir une petite lueur clignoter de manière inattendue au bout du tunnel. Au milieu de cette grande confusion mondiale, nous nous accrochons avec gratitude à la moindre lueur d’espoir qui nous promet un soutien. Nous sommes pour ainsi dire avides de bonnes nouvelles et recherchons de nouvelles approches, des perspectives nouvelles et des initiatives étonnamment positives qui pourraient nous sortir de ce bourbier géopolitique. Et soudain, nous nous réjouissons : les miracles existent encore ! Ne les méprisons pas. Tournons notre regard vers le sud, au cœur de la région de la Minette. C’est là que deux nouvelles tavernes ont ouvert leurs portes presque simultanément, l’une à Dudelange et l’autre à Differdange. C’est pour le moins étonnant à un moment où la consommation de vin recule à grande échelle dans toute l’Europe et où les vignerons déplorent des baisses dramatiques de leurs ventes. Se pourrait-il qu’on mise ici, au péril de tout, sur le mauvais cheval ? Avons-nous affaire à des idéalistes qui interprètent mal l’air du temps ? N’ayez crainte : il n’en est rien. Au contraire, c’est justement la région de la Minette qui s’impose comme le fer de lance d’une nouvelle culture du vin. Depuis que la moitié de la rédaction du *Dageblatt* s’est volontairement « vinifiée » et travaille régulièrement d’arrache-pied dans les vignes, la tendance est imparable. Le bassin minier d’Eisenerz, en grande partie en déclin, est saisi par la fièvre du vin. Désormais, l’euphorie des bars à vin se répand logiquement.
« Se lever le matin et être heureux », c’est ainsi que le propriétaire du « WäinStuff », à Dudelange, décrit l’objectif qui l’a poussé à ouvrir son établissement. Le vin comme source de bonheur personnel est assurément un objectif charmant. Cet amateur de vin, qui travaillait autrefois comme chauffeur de bus, le sait bien : le tintement des verres de vin lorsqu’on trinque est bien plus agréable que le vrombissement monotone du moteur du bus. Sa future clientèle se distingue également nettement des usagers des bus, souvent de mauvaise humeur, grincheux, querelleurs et malmenés par les transports en commun : les amateurs de vin ont toujours une lueur dans les yeux. Ils sont toujours paisibles et pleins de bonnes intentions. Ceux qui n’y croient pas en seront (vin)éligieux.
Le gérant du « Monni Tino » de Differdange va même encore plus loin. Pour lui, la consommation assidue de vin est avant tout une initiative visant à améliorer la ville. Il ne s’agit pas seulement de renforcer le bien-être personnel, mais aussi de permettre à toute la ville de s’élever vers la splendeur et la gloire sous l’effet de l’ivresse du vin. « La ville va renaître », prophétise-t-il aux habitants de Differdange. Si seulement suffisamment de personnes bien disposées se rassemblent dans son établissement et rendent hommage, verre après verre, au joyeux Bacchus, l’horizon s’élargira bientôt et la ville, comme mû par une main invisible, se débarrassera de ses fardeaux et de ses problèmes.
« Se lever le matin et être heureux » ? Comment est-ce possible ? Chaque matin, les visages de criminels me sautent aux yeux dans les gros titres de la presse ; je suis encerclé par des terroristes d’État et des auteurs de massacres. À l’Ouest, un mégalomane narcissique en quête de vengeance, qui ne laisse passer un seul jour sans élever sa folie et sa cupidité personnelle au rang de référence des événements mondiaux ; à l’Est, un « gopnik » brutal et avide de conquêtes (« voyou de cour d’école », c’est ainsi que l’écrivain russe en exil Viktor Erofeïev qualifie Poutine, ce belliciste), et entre les deux, aux quatre coins du monde, des autocrates, des fascistes, des hors-la-loi, des bouchers, des tortionnaires et des violeurs de tous bords : suis-je obligé de m’infliger ça ? Chaque journée doit-elle vraiment commencer par des nausées et un sentiment de découragement ? Non, en aucun cas. Alors en route pour les vignobles élyséens de Dudelange et de Differdange !
C’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai mis cette théorie à l’épreuve et que j’ai observé de près la transformation miraculeuse de la ville de Differdange. Oui, la prophétie du gérant du bar à vin est vraie ! Plus on boit de vin en bonne compagnie, plus vite les décharges industrielles se détoxifient. J’avale deux verres de Riesling, et déjà je respire un air pur. Je sirote un Montepulciano d’Abruzzo épicé, et aussitôt, la crise du logement est résolue. Oui, ce nouveau bar à vin est un véritable laboratoire de renouveau social. Oui, le vin enivre et provoque rapidement une euphorie. Dès que ce noble nectar déploie ses effets dans mes veines, je suis submergé par une douceur extraordinaire et un esprit de réconciliation. Après le troisième verre, je suis tellement apaisé que je pourrais embrasser mes ennemis jurés. Après le sixième verre, je glisse irrésistiblement vers la phase hallucinatoire, je suis hanté par des visions messianiques et je voudrais, sur-le-champ, contaminer l’humanité tout entière de mon exubérance émotionnelle. Sans parler du septième, du huitième ou du neuvième verre : non seulement Differdange, mais tout le pays m’apparaît alors auréolé de lumière. Je lève les yeux vers le ciel, envoûté, et une voix puissante retentit depuis les nuages clairs : « Paix sur terre aux hommes de bonne volonté en matière de vin ! » Oui, le vin est un aphrodisiaque imbattable dont personne ne devrait se priver. Et un bar à vin n’est rien d’autre que le centre du monde : un lieu de nostalgie où règne une humidité presque tropicale. On se sent bien ici, c’est ici que je veux rester.
À travers la vitrine du bar à vin, je vois partout dans la rue des habitants de Differdange d’une paix profonde qui se promènent ; ils s’étreignent, rient ensemble, se réconfortent, n’ont que des mots gentils les uns pour les autres et débordent littéralement de bienveillance. Nulle part, pas même la moindre trace d’esprit de querelle, d’antagonisme ou même de haine sauvage. Oui, la ville s’est transformée pour le mieux, elle renaît de ses cendres tel le phénix, cela me réchauffe le cœur. À Dudelange, ce n’est certainement pas différent. Là aussi, un véritable raz-de-marée de sympathie et d’amour du prochain déferle certainement dans les rues, et les Dudelangeois se surpassent en tendresse et en bienveillance.
Puis, le lendemain matin, le coup dur : non seulement la gueule de bois, mais aussi une désillusion totale. L’ivresse structurelle, voire systémique, s’est envolée d’un seul coup. Des coups de feu ont été tirés depuis une voiture en marche, précisément en direction d’un bistrot de Differdange. Derrière cet attentat se cache apparemment une affaire mafieuse des plus sordides, dont l’élucidation s’annonce longue. La commune doit admettre publiquement que son plan d’action contre la criminalité en centre-ville est inefficace depuis trois ans. C’est justement devant certains cafés de Differdange que les cas d’affrontements violents se multiplient. Je suis consterné et je me dis : j’espère que tout est bien différent à Dudelange.
Malheureusement, rien ne semble l’indiquer. Le vin peut être l’œuvre du diable, comme le prouve la carrière de M. Gloden, de Grevenmacher, grand amateur de vin. La vague du vin l’a d’abord propulsé à la mairie, puis au ministère de l’Intérieur, où, depuis un an et demi – selon la devise « MAGA – Make Arrogance Great Again » –, il s’impose comme un fanatique de l’ordre méprisant l’humanité. Le vin n’est donc pas automatiquement une drogue de douceur. Chez les têtes de mule obsédées par le pouvoir, le nectar de raisin libère malheureusement des énergies destructrices et fait ressortir les instincts les plus bas. En réalité, chaque bouteille devrait porter l’avertissement suivant : « Le vin nuit gravement à votre lucidité. Il peut accentuer vos fantasmes sécuritaires. »
Si les propriétaires des nouvelles tavernes romantiques « Minett » tiennent à leur propre survie, ils auraient tout intérêt à porter au moins une attention sélective à leur clientèle : « expulsion renforcée » pour les buveurs à l’esprit de Gloden, mais une petite place réservée à la table des habitués pour les victimes de l’arbitraire de l’État, sous la garde bienveillante de généreux philanthropes. Ce serait là une utopie où il ferait bon vivre. Tout progrès commence toujours par de petits pas. Santé ! Mais pourquoi suis-je soudain si méfiant envers les modèles de société régis par le vin ? Et maintenant ? Il ne nous reste plus qu’à déplorer, avec Bertolt Brecht : le rideau tombe et toutes les questions restent en suspens.