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Société 4 min de lecture

Salaires et rémunérations

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition décembre 2022
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Le secrétaire général et le président de la CGFP, Steve Heiliger et Romain Wolff © Photo : Sven Becker

En 2011, le CSV et le LSAP ont exaucé un vœu cher aux entrepreneurs : ils ont baissé les salaires d’entrée dans la fonction publique, afin de faire baisser le niveau des salaires sur le marché du travail. De plus, ils souhaitaient examiner, d’ici 2014, les 232 primes salariales différentes accordées aux professeurs, aux juges, aux maîtres-chiens et à d’autres catégories de fonctionnaires. Le gouvernement est tombé, l’étude n’a pas vu le jour. En 2018, le DP, le LSAP et les Verts ont rétabli les salaires. L’étude n’avait plus lieu d’être.

La semaine dernière, Marc Hansen, ministre du DP, a présenté l’étude intitulée « Les accessoires de la rémunération dans la fonction publique ». Cette étude promet de mettre de l’ordre dans les compléments de salaire. Les primes des cadres supérieurs en sont exclues. L’étude répond également à des objectifs politiques.

En marge, l’étude mentionne le salaire moyen des fonctionnaires (p. 7). Un communiqué de presse du ministère a attiré l’attention sur ce point. RTL.lu a immédiatement rapporté : « Les fonctionnaires luxembourgeois gagnent en moyenne 8 688 € bruts » (23/11/22). Cet article a suscité 269 commentaires. Les « Frusti », « Meckerman » et « Kropefra » se sont indignés du fait que les salaires puissent être plus élevés dans la fonction publique. Dans ce secteur, les employés ne sont pas tenus d’effectuer des heures supplémentaires non rémunérées qui se transforment en profit. (Une partie du salaire est directement prélevée par l’État au titre des impôts.)

Après onze ans, le moment choisi pour cette étude n’est pas le fruit du hasard : un nouvel accord salarial doit être négocié à la fin du mois. Les syndicats ont annoncé qu’il était temps d’augmenter la valeur du point. La jalousie envers les fonctionnaires, attisée à point nommé, vise à faire passer ces revendications pour exagérées. Et non pour injustifiées.

L’étude proposerait une solution : intégrer les primes dans les salaires de base. Afin de masquer une augmentation des points. C’est ainsi qu’en 1963, « la hiérarchie salariale a été rétablie ». Les luttes autour des dispositions anti-cumul et des cas de rigueur montrent à quel point cette question est sensible. L’étude renvoie à « des investigations complémentaires nécessaires » (p. 49).

Selon le « Politmonitor » de l’Ilres, deux tiers des personnes interrogées s’inquiètent du « creusement du fossé entre riches et pauvres ». Pendant la campagne électorale, les partis entendent dénoncer les disparités entre riches et pauvres. Sans pour autant importuner inutilement les classes aisées (également appelées « compétitivité », « triple A » ou « les marchés »). À cet effet, la jalousie envers les fonctionnaires est un remède maison qui a fait ses preuves : elle limite la lutte des classes à une lutte au sein d’une même classe. Entre ceux qui travaillent pour un salaire et ceux qui perçoivent une rémunération fixe.

Parmi les 284 577 électeurs, les 32 843 fonctionnaires ne passent pas inaperçus. Contrairement à la classe ouvrière internationale et aux employés des organismes parapublics, ils sont tous habilités à voter. Les fonctionnaires des échelons inférieurs votent volontiers pour le LSAP ou le CSV, ceux des échelons supérieurs plutôt pour le DP, tandis que le secteur de l’éducation penche davantage vers les Verts. La gauche compte davantage de fonctionnaires que de travailleuses.

Les partis ne cessent de faire des pirouettes devant la fonction publique : jusqu’en 1999, le DP voulait alléger l’État selon une approche néolibérale. Puis il a courtisé les fonctionnaires et élargi sa base électorale. En guise de remerciement, il a nommé Joseph Schaack, membre de l’exécutif de la CGFP, au poste de secrétaire d’État chargé de la fonction publique.

L’ADR a tiré parti de la jalousie suscitée par la fonction publique et ses retraites à 5/6. En 2009, elle a recruté le fonctionnaire Fernand Kartheiser. Elle a misé sur le patriotisme des fonctionnaires conservateurs.

Les fonctionnaires gagnent souvent mieux leur vie que dans le secteur privé. C’est pourquoi ils estiment être imposés de manière injuste. La CGFP et l’OGBL dénoncent la progression à froid. En 1996, le CSV et le LSAP ont supprimé l’indexation du barème fiscal sur l’inflation. Aujourd’hui, le CSV promet de la réintroduire. Cela met le DP et le LSAP dans l’embarras.

À dix mois des élections, le gouvernement ne peut pas rejeter les revendications des fonctionnaires. Aucun parti ne votera contre un accord salarial au Parlement. Cela permettra peut-être de faire remonter le niveau des salaires sur le marché du travail.