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Société 4 min de lecture

Réunion de famille

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition février 2024
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La semaine dernière, trois hommes se sont retrouvés au château de Senningen. L’un d’eux était Luc Frieden. Il était né vieux. C’est ainsi qu’il a atteint ses soixante ans. Jacques Santer a toujours mené une vie tranquille. Aujourd’hui, il porte le poids de ses 86 ans. Il y a 30 ans, Jean-Claude Juncker avait sauvé le CSV grâce à ses propos audacieux. Aujourd’hui, à 69 ans, il est redevenu conservateur.

Le Premier ministre Luc Frieden apprécie ses nouvelles fonctions. Celles-ci lui laissent du temps libre : il a organisé une rencontre avec ses prédécesseurs. Peut-être a-t-il attendu que l’ancien Premier ministre Xavier Bettel s’envole pour le Laos.

Les chrétiens-sociaux sont donc restés entre eux : Jacques Santer, fils de policier originaire de Wasserbillig. Il est devenu Premier ministre avant de tomber de ses fonctions de président de la Commission. Jean-Claude Juncker, fils d’ouvrier originaire de Redange-sur-Attert. Il a été destitué de son poste de Premier ministre avant d’accéder à la présidence de la Commission. Luc Frieden, fils d’un cadre supérieur originaire d’Esch-sur-Alzette. Il a été destitué en même temps que Jean-Claude Juncker et est devenu, après quelques détours, Premier ministre.

Les anciens n’étaient pas venus pour donner des conseils au nouveau. Ils le connaissent depuis assez longtemps. Ils savent qu’il n’est pas disposé à écouter. Qu’auraient-ils pu dire d’autre ? « Comment as-tu pu laisser Polfer et Gloden te gâcher ton départ ! »

Les trois hommes se sont retrouvés pour poser devant l’objectif du photographe. Pour montrer : « Nous sommes de retour ! » Les héritiers des patriarches noirs Bech, Dupong, Werner. Ceux qui, aux côtés de l’évêque et du « Luxemburger Wort », ont dirigé l’État du CSV pendant un siècle. Pour que l’Église reste au cœur du village : l’Arbed, l’Interbank, la CLT, la CGFP, la Centrale agricole, le LCGB.

Les héros ne posaient plus que de manière déséquilibrée. C’est ainsi que ces photos ravivent des souvenirs : Santer et Juncker incarnaient le CSV en tant que parti populaire. Issus de milieux modestes, ils étaient proches du syndicat chrétien. Ils ont été ministres du Travail. Ils ont gravi tous les échelons de la hiérarchie du parti. Ils courtisaient le capital financier mondial, qu’ils considéraient comme un mal nécessaire. Leur capital politique résidait dans leur sens de la convivialité. Ils le célébraient avec un digestif et du Fernet Branca.

Luc Frieden se délecte des règles, pas de la liqueur aux herbes. Il vient de la Chambre de commerce. Son capital politique, c’est l’avarice. Il est issu de la petite bourgeoisie en plein essor. Pour lui, la classe ouvrière, ce sont les vaincus et les dominés. Il soupçonne les partis populaires de populisme. Il cultive la convivialité avec acharnement. Le parti devait être au service de sa carrière. Ce n’était pas lui qui devait être au service du parti. Même lorsque le CSV a erré dans le désert pendant dix ans.

Pendant 24 des 29 dernières années, Santer et Juncker ont gouverné avec les sociaux-démocrates. Ils ont tenté de faire d’un paradis fiscal un petit monde petit-bourgeois et douillet. Dans lequel ils ont également invité la classe ouvrière après la crise de la sidérurgie. Leur idéal était une famille populaire harmonieuse. Dehors, le néolibéralisme faisait rage. Ils n’étaient plus les pères, mais encore les oncles de la nation.

Luc Frieden cherche à se faire reconnaître par le capital financier mondial. Il considère le néolibéralisme comme une loi de la nature. Son idéal : l’État en tant qu’entreprise, la citoyenne en tant que capital humain. Il ne souhaite pas être le père de la nation. Il souhaite en être le PDG.

Peut-être que les trois hommes à Senningen ont parlé du CSV. De l’élection d’un nouveau président du parti. Le jour même, RTL a annoncé que Luc Frieden briguait la présidence du parti. Le ministre des Finances, Gilles Roth, lui a assuré son soutien sur Radio 100,7.

S’intéresser soudainement au parti facilite la gestion des affaires publiques. Lorsque les partisans de Frieden ont besoin d’un soutien « d’en haut » dans la lutte des classes. Lorsque la fraction tente à nouveau de renverser le parti, comme en 2021. Lorsque le porte-parole de la fraction, Marc Spautz, tente à nouveau de renverser le ministre Luc Frieden, comme en 2012.

Au sein du CSV, il était rare que la même personne occupe à la fois la tête du gouvernement et celle du parti. Mais Gaston Thorn l’a fait. Xavier Bettel l’a fait. Au sein du DP, les membres ne sont qu’une claque payante. Luc Frieden veut transformer le CSV en un DP conservateur.