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Société 4 min de lecture

salariés payés à l’heure

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition janvier 2024
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Un gouvernement libéral de droite homogène : l’accord de coalition reprend souvent mot pour mot les dispositions relatives au droit du travail issues du programme électoral du DP. C’est un ministre du CSV qui sera chargé de les mettre en œuvre.

Le maire d’Esch, Georges Mischo, s’est présenté au ministère du Travail comme un cheval de Troie. Le 26 septembre 2023, lors d’une table ronde, il a fait sensation en réclamant que le salaire minimum soit indexé. Il avait 67 ans de retard. Lors des négociations de coalition, le groupe de travail « Économie et travail » s’est réuni sans lui.

Que le ministre du Travail soit incompétent n’a aucune importance. Il ne sert que de figurant. Le chef du gouvernement, Luc Frieden, aime s’entourer de matelots de second ordre. Cela lui permet de jouer plus facilement le rôle de « capitaine ». Il a sa propre vision du droit du travail. Celle-ci rejoint les « 30 propositions phares » de la Chambre de commerce du 9 février 2023.

La Chambre de commerce qualifie le droit du travail de rigide. Tant que cette situation perdure, les entrepreneurs ne peuvent pas exercer autant de pression sur les salariés. Selon son communiqué du 22 novembre, le gouvernement souhaite « moderniser le droit du travail ».

Elle le présente comme dépassé. Cela remonte à l’époque précédant la défaite du mouvement ouvrier face au néolibéralisme. Un ministre de l’Économie du LSAP avait fait appel au « guérisseur miracle » Jeremy Rifkin. Ce dernier avait déclaré que le droit du travail n’avait pas sa place dans la troisième révolution industrielle.

Un droit du travail plus souple réduit le coût de la main-d’œuvre : il fait peser les risques liés aux fluctuations conjoncturelles sur les salariés. Les entrepreneurs disposent ainsi d’un temps de travail plus long pour un même salaire. Un droit du travail allégé permet de réaliser des économies : sur les majorations pour heures supplémentaires, les chaussures de sécurité, les indemnités de départ.

La Chambre de commerce a réclamé « une seule indexation par an au maximum ». L’accord de coalition prévoit : « En cas de déclenchement de plusieurs tranches d’indexation par an, une réunion tripartite sera convoquée » (p. 174).

L’accord de coalition affirme : « L’adaptation régulière du salaire social minimum en fonction de l’évolution des salaires et du coût de la vie sera maintenue » (p. 174). En 2018, le LSAP avait promis une augmentation du salaire minimum. Le programme électoral du DP rappelait : « sans que cette augmentation ne soit entièrement à la charge des entreprises » (p. 48). La nationalisation des hausses de coûts salariaux servira de modèle au CSV et au DP.

La Chambre de commerce a demandé « d’assouplir la législation sur l’organisation du temps de travail afin de permettre une gestion au cas par cas dans le cadre du dialogue social en entreprise ». Le CSV et le DP souhaitent « réformer l’organisation du temps de travail et l’adapter à notre époque » (déclaration gouvernementale). L’accord de coalition promet « une réforme du POT et abordera dans ce cadre l’introduction d’une annualisation du temps de travail » (p. 177). Les entreprises économiseront ainsi sur les majorations pour heures supplémentaires tout au long de l’année.

Le CSV et le DP présentent cela sous un jour flatteur en parlant d’« équilibre entre vie professionnelle et vie privée ». Sous l’appellation de « nouvel équilibre entre vie privée et vie professionnelle ». Ils souhaitent promouvoir le « télétravail » et le « remote working » auprès des classes moyennes libérales (p. 174). La déclaration du gouvernement annonce : « Le travail le dimanche est désormais autorisé de quatre à huit heures. » Les jours ouvrables, les vendeuses, les ouvriers d’usine et les infirmières ne peuvent travailler ni en télétravail, ni dans un espace de coworking. Le dimanche, elles n’ont pas droit à l’« équilibre entre vie professionnelle et vie privée ».

Outre l’autorisation des véhicules Uber (p. 203), l’accord de coalition prévoit des « chèques emploi pour l’emploi de personnes sur une base horaire » sans « lien de subordination ». Par exemple « dans la restauration, dans l’événementiel ou dans les ménages privés » (p. 176). Le programme électoral du DP précisait : « L’État finance le reste du coût de l’heure de travail. De plus, le particulier peut bénéficier d’allègements fiscaux » (p. 48).

Le CSV et le DP subventionnent un nouveau secteur à très bas salaires destiné aux petites et moyennes entreprises et aux ménages privés. Les journaliers, c’est du passé. Les salariés payés à l’heure sont le fleuron d’un marché du travail flexible. Le gouvernement fait de la pauvreté sa priorité.