« Un ministère de la Guerre est chargé de la guerre », déclare le tout nouveau ministre de la Guerre. Ça semble logique. Même si c’est un peu désuet. Mais franchement. Fini les pitreries. Fini les hommes en jupette. Plus que des vrais. L’incarnation du rêve masculin américain des années 50 se dresse devant ce paysage de crânes chauves qui ondule devant lui. Le pays a besoin d’hommes à part entière. De vrais. Plus de demi-mesures. Des femmes, seulement si elles sont comme des hommes. Et les barbes et les bedaines, rentrez chez vous ! Puis apparaît l’homme le plus fort du monde : il a remporté sept guerres et vient de proclamer la paix éternelle au monde entier. À présent, devant les mannequins de généraux aux visages de pierre, il invoque l’esprit guerrier nouvellement réveillé.
L’heure des fantômes, l’heure des fantômes guerriers, ici, dans cette Europe « woke » ; on se frotte les yeux, ça fait déjà longtemps que ça hante les esprits. On clique sur notre appareil auditif. Que se passe-t-il là-bas ? On se sent bizarre, on se sent étrange, on se sent un peu… Peut-être qu’on doit en rire, on rit jusqu’à ce que les secours arrivent, mais ils n’arrivent pas, on rit jusqu’à en mourir de solitude, chacun devant son appareil, grâce auquel il est connecté médiatiquement à l’humanité. Mais de quoi parlent-ils là-bas, de quoi parle-t-il là, pourquoi tout bascule-t-il, ça bascule depuis longtemps, mais maintenant vraiment, de plus en plus vite, les points de basculement, ces fameux points de basculement sont atteints, les significations sont réinterprétées, le bien est stupide et ridicule et le mal est génial, si bien qu’on perd doucement la raison, puis de plus en plus vite, on s’écroule de rire, j’ai la nausée, toi aussi ? Tu dors, demain est un autre jour, les Saints des Derniers Jours ont reçu de la visite, ça a explosé, d’autres s’écroulent et sont morts. Mais ça, c’est en Amérique.
Et en Europe. Et ce n’est pas drôle, pourquoi tu ris ? Tout ça est grave, d’une gravité extrême ; on vit une époque de folie, les fous ont pris le pouvoir, c’est pourquoi ce sont désormais les gens normaux qui doivent prendre le relais ; les fous sont dangereux, ils croient aux vaccins et à l’ego plutôt qu’en Dieu, ils « genrent » Dieu. Sais-tu encore ce qu’est une personne normale ? Non, tu vois, c’est justement ça, tu ne le sais plus, les gens ne le savent plus, il existe quelque chose de normal, quelque chose de sain, et quand tu entends ça, tu es pris d’un fou rire. Mais tu vas vite cesser de rire. À vous.
Le pays aux possibilités illimitées montre l’exemple, il fonce tête baissée, il veut désormais devenir le pays aux possibilités limitées. Celui des impossibilités humaines. Il sera un précurseur du retour en arrière, vers les années 50, à l’époque où, en banlieue, une séduisante « Trad’Wife » serrait dans ses bras son Johnny, honnête, fatigué mais toujours de bonne humeur, après une journée bien remplie de tâches ménagères, tandis que le rôti traditionnel attendait déjà dans le four. Ce n’était pas si mal, après tout, mieux que l’ivresse solitaire des femmes intellectuelles de l’Europe « woke », n’est-ce pas ? Car qui a besoin de tous ces genres ? Deux suffisent déjà à nous épuiser, ces couleurs de peau déroutantes… Une seule couleur de peau, incolore, suffit ; qui a besoin des diagnostics des « divers » ? Tout doit redevenir simple, les esprits, les gens veulent redevenir normaux ; seuls les « woke » malades des villes ont des frissons quand ils entendent le mot « normalité » ; là, malheureusement, seule l’armée peut encore aider. Et la parole de Dieu et celle de Charly.
« Charly porte désormais une couronne de martyr », proclame la veuve ; les yeux bleus de la première poupée Barbie sainte sont tournés vers le ciel. Relisez la Bible ! Allez à l’église dimanche prochain ! L’extase d’Erika Kirk est retransmise dans le monde entier, elle s’adresse même au monde « woke » ; ses compagnons de lutte ne sont malheureusement pas tous aussi éclairés : le ministre de la Santé haletant, le policier qui débite un discours de haine pour débutants, sans parler de l’homme le plus fort du monde, contre la poitrine duquel se blottit la Veuve Blanche. Mais tout cet amour pour les ennemis, tout ce « Love and Peace », ça devient vite trop pour lui. « Il haïrait », rassure-t-il ses partisans. Il y en a donc pour tous les goûts, tout le monde y trouve son compte dans ce mémorial du merchandising et il y a une multitude de superbes objets de culte à acheter. Turning Point distribue un demi-million de t-shirts sur lesquels est inscrit « Freedom ».