Stéphanie Empain est une femme d’affaires. Elle se présente comme conseillère en couches lavables. Elle tient une petite boutique à Erpeldingen, près de Wiltz. Au lieu de couches Pampers, elle vend des couches lavables. Les couches lavables allient « nouvelle maternité » et protection de l’environnement. Elles constituent la vitrine idéale pour une femme politique écologiste.
Stéphanie Empain s’est très tôt tournée vers la politique. Elle a fait des études de sciences politiques. Elle a été athlète de haut niveau. Cela demande de l’ambition. Elle est présidente de la fédération d’athlétisme. Cela lui rapporte des voix.
Stéphanie Empain est née en 1983. C’est en 1983 que des opposants au nucléaire et des militantes pour la paix ont fondé le Parti vert. L’un de ses principes fondamentaux était la non-violence. Dans leur programme de 1988, ils s’opposaient à « l’armement » et à la « militarisation » du pays. Ils réclamaient « le retrait immédiat de l’OTAN ».
Les doutes quant à l’intégrité de l’OTAN font obstacle à l’entrée au gouvernement. En 2001, les Verts ont retiré de leur programme la sortie de l’OTAN. En 2005, Stéphanie Empain est devenue membre des Jonk Gréng. Trois ans plus tard, elle a travaillé pour l’état-major général de l’armée.
La persévérance finit par payer. Peu avant les dernières élections, la présidente du parti, Françoise Folmer, a démissionné. Stéphanie Empain a pris la tête de la liste dans le nord. Claude Turmes est devenu ministre. Stéphanie Empain a pris sa place au Parlement.
Les Verts ont obtenu un cinquième poste au gouvernement. Au prix d’une humiliation : au lieu d’instaurer la paix sans recourir aux armes, ils ont dû assumer la responsabilité de l’armée et de la police. En signe de capitulation définitive face à l’ordre établi.
L’expérience acquise par Stéphanie Empain au sein de l’état-major général de l’armée a porté ses fruits. Elle a été nommée présidente de la commission parlementaire chargée de la sécurité intérieure et de la défense. Elle soutient sans faille son ministre de la Défense. Elle fait adopter ses projets de loi. Elle vante sa politique, qu’elle qualifie d’indispensable.
François Bausch a bien besoin de cette protection. Depuis 2018, il a doublé les dépenses annuelles en matière d’armement : elles sont passées de 244 à 509 millions d’euros. « C’est important », renchérit Stéphanie Empain au Parlement. « Mais si ces projets n’entraînent pas de coûts d’exploitation élevés, on peut tout simplement les abandonner rapidement. […] Et puis, on n’a ni force aérienne, ni marine. On ne peut pas se permettre de laisser filer son budget comme ça » (17 mai 2022).
Lors de l’élargissement de l’OTAN vers l’Est, les députés verts Bausch & Co. s’étaient abstenus. Car l’avancée de l’OTAN « encourageait le nationalisme et le chauvinisme national en Russie » (27 mai 1998). Or, c’est la Russie qui a envahi l’Ukraine. Stéphanie Empain corrige ses prédécesseurs : « Ce n’est pas non plus l’élargissement de l’OTAN vers l’Est qui doit, d’une manière ou d’une autre, servir d’explication à cette guerre » (17 mai 2022).
Elle condamne « de Putin a seng Matleefer » (12 juillet 2022) et « déi Zort vu verfeeltem Friddensaktivismus » (17 mai 2022). Peut-être fait-elle référence à l’ADR. Peut-être à la tradition du parti vert, marquée par le mouvement pacifiste et l’opposition à l’OTAN. Le « régime de guerre » (Raúl Sánchez Cedillo) transforme l’ennemi extérieur en ennemi intérieur.
Car le Luxembourg est partie prenante dans ce conflit : le ministre de la Défense, membre du Parti vert, fournit à l’armée ukrainienne des lance-roquettes portatifs, des fusils antichars, des munitions pour lance-roquettes, des véhicules tout-terrain, des casques, des appareils de vision nocturne… L’invasion de l’Ukraine s’est transformée en guerre par procuration. Des postulats moraux interdisent toute réflexion à ce sujet.
Sans hésiter, Stéphanie Empain rend hommage aux Ukrainiens : « Nous voulons continuer à vous soutenir par des livraisons d’armes, afin que vous ne restiez pas impuissants face à l’agression russe et que vous puissiez gagner cette guerre » (2 juin 2022). Car « c’est tout ce qui compte, et aucun prix n’est trop élevé pour défendre nos valeurs » (1er mars 2022).
Les valeurs écologistes sont celles d’une petite bourgeoisie aux revenus confortables. Elles constituent la synthèse parfaite entre les couches lavables et les lance-roquettes.