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Société 4 min de lecture

promesse électorale

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition septembre 2023
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Les programmes électoraux sont rédigés pour les organisations professionnelles, les associations et autres groupes de pression. C’est pourquoi ils doivent entrer dans les détails. Ce sont des propositions de compromis adressées à des partenaires de coalition potentiels. C’est pourquoi ils doivent rester vagues.

Cette contradiction fait partie intégrante de la psychopathologie de la vie politique quotidienne. Elle donne lieu à des promesses électorales absurdes. C’est à travers leur naïveté, leur inadéquation, leur subtilité artificielle et leur comique involontaire que transparaît la véritable nature d’un parti.

Les Pirates sont le parti des abstentionnistes contraints de voter. Ce parti est un village Potemkine. Son programme électoral de 292 pages pourrait provenir de ChatGPT : « Le poisson issu de l’aquaculture locale et biologique devrait pouvoir être vendu sans TVA » (p. 103).

« Les bonnes manières, le respect, la propreté, l’application et la discipline ne doivent pas être relégués au second plan dans l’évaluation », affirme le programme électoral de Fokus. L’évaluation scolaire doit être « élargie et repensée » (p. 18). Le mouvement électoral de l’ancien président du CSV, Frank Engel, est aussi conservateur que le CSV. La différence résiderait dans un ton plus ferme et des ongles mieux entretenus.

L’ADR n’ose plus promettre une pension à 5/6 pour tous. Lorsque l’extrême droite échoue sur le plan économique, elle se rabat toujours sur le pas de l’oie et la musique militaire : « Nous rétablissons la Garde grand-ducale, qui assumera toutes les missions représentatives, cérémonielles et protocolaires au sein de l’État. La fanfare militaire sera agrandie et intégrée à la Garde grand-ducale » (p. 270).

Le LSAP est le parti du réformisme impitoyable. Grâce à la « comparution immédiate », le CSV et le DP veulent en finir rapidement avec les petits délinquants. Le LSAP promet : « Nous équiperons les agent·es de police sur le terrain avec le matériel numérique adéquat pour simplifier leur travail (actuellement, les procès-verbaux sont rédigés à la main) » (p. 128).

Lors des assemblées générales, les voix sont pondérées en fonction du capital. Ce n’est pas le cas lors des élections à la Chambre. En attendant, les « Big Four » doivent promettre du pain et des jeux vidéo : « Le DP s’engagera en outre pour que l’e-sport ait une perspective olympique » (p. 80). Le chapitre s’intitule : « Sport. La santé par l’activité physique ».

Déi Lénk se veut plus à gauche que le LSAP. Elle se veut également plus écologiste que les Verts. Elle promet : « Nous proposons de créer sur le territoire luxembourgeois une réserve de ciel étoilé en établissant un périmètre de protection environnementale » (p. 38). Auguste Blanqui était emprisonné. Et il rêvait de *L’Éternité par les astres* (Paris, 1872).

Après la Seconde Guerre mondiale, les communistes voulaient passer d’un parti de classe à un parti populaire. Aujourd’hui, ils comptent même les riches ordinaires parmi les leurs. Ils promettent « la réintroduction d’un impôt progressif sur la fortune pour les super-riches » (p. 2).

Les Verts sont le parti des classes moyennes aisées. Pour lutter contre la pauvreté, ils soutiennent « le programme “SäiteWiessel”, qui offre aux cadres […] la possibilité de travailler cinq jours dans une institution sociale de leur choix » (p. 38). La Chambre de commerce et l’Association bancaire proposent ce programme à la House of Training sous l’intitulé « développement personnel » destiné aux cadres. Il coûte 1 250 euros. De sorte qu’aucun pauvre ne puisse y participer.

Le CSV veut à tout prix entrer au gouvernement. Il veut satisfaire tout le monde. Dans le chapitre « Logement », son programme électoral promet : « La loi sur la protection des monuments historiques doit être révisée de manière pragmatique au regard de la crise du logement » (p. 9). Et dans le chapitre « Culture », c’est tout le contraire : « Nous préserverons nos centres-villes historiques. La pression sur le marché du logement ne doit pas conduire à leur destruction » (p. 101).

« Liberté – Fräiheet ! » de Roy Reding est une farce. Tout comme cette « société du savoir » promise depuis 23 ans. Le programme électoral de « Liberté – Fräiheet ! » stipule : « Une bonne culture générale nous évite d’avoir à inscrire sur les produits des avertissements aussi farfelus que “ne faites pas chauffer votre chat au micro-ondes” ! » (p. 55).