Au début de l’année, la société Enovos a annoncé à ses clients des hausses de prix : « [N]ous avons ajusté le montant de vos acomptes. » En raison de « l’évolution des prix sur le marché du gaz naturel ». Dans l’indice des prix à la consommation, le prix du gaz a augmenté de 62 % l’année dernière.
Enovos est issue de Cegedel en 2009. En effet, l’Union européenne a libéralisé le marché de l’énergie selon les principes de l’économie de marché. Ce fut une véritable messe solennelle en l’honneur des « marchés ». Au Parlement européen, le rapporteur Claude Turmes faisait partie des partisans de cette réforme. Aujourd’hui ministre de l’Énergie, il s’oppose à une réforme.
La concurrence était censée tout rendre moins cher : « Faites des économies grâce à nos tarifs avantageux d’électricité et de gaz ! » C’est ce que promettait la société Eida, basée à Beckerich. Le
13 décembre 2021, elle a annoncé qu’elle « cessait les livraisons d’électricité ». Son fournisseur aurait fait faillite. La veille de Noël, elle a ajouté qu’elle ne disposait « plus de réserves financières suffisantes pour préfinancer le gaz naturel nécessaire à l’approvisionnement ».
Au cours des 13 derniers mois, le prix de l’essence a augmenté de 40 % dans l’indice des prix à la consommation. Le prix du diesel a augmenté de 45 % et celui du fioul de chauffage de 91 %. Depuis un an, une taxe supplémentaire est prélevée sur l’essence, le diesel, le fioul domestique et le gaz. Elle vise à rendre plus coûteuses les émissions de dioxyde de carbone. Au début de cette année, cette taxe a été augmentée. Elle s’élève à 5 à 9,5 centimes par litre ou par mètre cube. Elle n’est pas prise en compte dans l’indice.
Dans l’indice des prix à la consommation, le prix de l’électricité à moyen terme est resté inchangé. Sur la bourse européenne de l’énergie Epex, le prix de l’électricité à court terme pour l’Allemagne et le Luxembourg est passé l’année dernière de 44 à 221 euros par mégawattheure.
La demande mondiale à la sortie de la récession liée au Covid fait grimper les prix de l’énergie. Les fournisseurs de pétrole et de gaz naturel à Riyad, Moscou et au Texas en tirent parti. La politique de libéralisation de l’Union européenne les encourage dans cette voie. Le gouvernement mène sa politique environnementale par le biais de hausses de prix.
On peut imaginer différentes méthodes pour réduire la consommation de pétrole, de gaz et de charbon. Le gouvernement a opté pour celle qui s’inscrit dans la logique du marché. Le Mouvement écologique a été l’un des pionniers en la matière. Lors de la campagne électorale de 1994, il avait fait le calcul suivant : « Si, dans ce cas, on appliquait les principes de l’économie de marché, ou le principe du pollueur-payeur, et qu’on intégrait ces coûts externes dans le prix de l’essence, celui-ci devrait s’élever à environ 50 à 80 Flux ! » (Pour une politique écologique, p. 23). Les Verts ont fait siens les principes de l’économie de marché. Ils ont proposé de porter le prix de l’essence à 100 francs par litre en l’espace de dix ans. Ce n’est ainsi qu’une vingtaine d’années plus tard qu’ils sont entrés au gouvernement.
Aujourd’hui, le prix de l’essence s’élève à 64 francs. Outre les loyers élevés, la hausse des frais de chauffage et des frais de transport pèse sur de nombreux ménages. L’augmentation du crédit d’impôt et de l’allocation de vie chère ne suffit pas à compenser cette situation.
Une transition énergétique fondée sur les principes de l’économie de marché épargne les producteurs et fait peser la culpabilité sur les consommatrices. Elle répercute les coûts sur les consommateurs finaux, notamment sur les personnes percevant des salaires et des revenus de remplacement moyens ou faibles. Les « lifestyle ecologists » (Matt Huber) font comme si les familles vivant au salaire minimum pouvaient prendre d’autres décisions en matière de consommation que celle de la restreindre davantage.
Au lieu de soustraire à la circulation des marchandises les biens d’usage essentiels à la vie – comme les transports publics –, la politique énergétique et environnementale en ajoute de nouveaux : lorsqu’un mécanisme de prix entre en jeu, il suffit de payer pour « brûler » l’environnement. Que ce soit par le biais de quotas de CO₂ pour les entreprises ou de taxes sur le CO₂ pour les ménages et les « touristes de la station-service ». Les classes aisées peuvent alors se permettre de polluer abondamment. Elles n’ont pas mauvaise conscience. Elles reçoivent même des subventions.