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Société 4 min de lecture

Tout près de chez toi !

La petite témoin de son époque

Article paru dans Édition juin 2023
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La nouvelle des événements liés aux affiches électorales luxembourgeoises s’est répandue jusqu’à l’étranger. Comment des troubles avaient déjà éclaté avant même le début de la campagne. Comment, avant même le début de la campagne électorale, une bataille d’affiches avait éclaté, de nuit, dans le sud. Comment la deuxième plus grande ville du pays s’est transformée du jour au lendemain en bastion socialiste, comme l’a écrit le Tageblatt. Comment des responsables municipaux et des poseurs d’affiches, pris à partie, ont perdu leur sang-froid et se sont comportés de manière indigne de leur fonction, comment il y a eu plus d’une escarmouche verbale, comme l’a expliqué de manière cryptique le Tageblatt. Avant qu’ils n’accomplissent finalement leur mission, et alors tout était achevé : les affiches étaient collées. Elles étaient accrochées.

Accrochés. Mais pas simplement là, sans aucune imagination. Cela semble pittoresque sans être planifié, créatif et chaotique, d’après ce que je comprends des descriptions des habitants des zones concernées. Mais on peut aussi apprendre des choses : j’apprends le mot « affiche à chambre creuse ». Apparemment, celles-ci sont accrochées aux lampadaires, comme le sont habituellement les suicidés. Mais personne n’a à avoir peur ici, bien au contraire : ces affiches n’ont rien de sinistre, elles ne font que sourire aux citoyen·ne·s, généreusement, de tous côtés ; un sourire omniprésent, varié, parfois même un peu naïf, se déverse sur eux, les enveloppe ; on se moque d’eux d’en haut et dans leur dos. Et tout ça gratuitement. Et il y a aussi une devise gratuite.

Quelque chose qui a de l’avenir, par exemple. Ça marche toujours. Tout le monde en veut, personne n’en veut pas. Ou encore le vert. Le vert est très apprécié aussi. L’avenir et le vert, c’est ce que veulent les Verts. Encore plus de vert, même. D’autant plus que l’ADR se délecte déjà de tout ce vert sur sa page d’accueil. Une vallée de Petrus si luxuriante, si familière, si chaleureuse, qu’on a tout de suite envie de s’y installer. D’ailleurs, on se sent tellement bien dans ces affiches. Ces gens sympathiques. Tout le monde aime sa commune. Tant d’amour… Avant, il fallait aller chez les « Jesus Freaks » ou chez les Hare Krishnas pour en trouver autant ; aujourd’hui, il suffit de vivre dans une commune. Le CSV prône même un « Esch pour tous », même si cela représente déjà pas mal de monde. Le CSV est vraiment très sensible.

Mais le DP est lui aussi tout sauf cette organisation néolibérale froide et distante que les non-spécialistes s’imaginent de manière stéréotypée. Par exemple, ses membres tiennent absolument à partager des « Gromperekichelcher » – sans doute une sorte de plat identitaire – avec leur voisin, en espérant que celui-ci ne prenne pas la poudre d’escampette. Mais ce n’est pas tout : ils veulent aussi être proches des électeurs. Vraiment proches, ça sonne comme une urgence, c’est pressant. Presque comme une détresse émotionnelle. Daliah Scholl et Pim Knaff sourient si merveilleusement, tournés l’un vers l’autre et vers tout le monde à la fois, c’est un baume pour toutes les âmes et tous les cœurs meurtris. Mais nous n’avons tout de même pas à nous inquiéter pour la DP : elle n’a pas été christianisée ni dérivée vers un étrange monde parallèle. Elle a sans doute surtout faim. Sur une affiche, une petite fille s’empiffre de deux petits pains à la fois, chauds et tout frais qui plus est. Et à Mersch, on a aperçu des affiches « Mëtschen » promettant le Mëtsch quotidien. On s’occupe de la nourriture et des boissons, le monde luxembourgeois semble encore aller pour le mieux.

« Le CSV veut aller encore plus loin. Encore plus près. Plus près, mon Dieu, de toi ! » : tel est le titre d’un cantique chrétien que l’on chante volontiers lors des funérailles. Mais la CSV veut se rapprocher de nous, les humains, ce qui est malheureusement bien plus difficile. Surtout après le coronavirus. Alors que nous sommes tous en manque d’attention. Et en plus, ils proposent même des visites à domicile. Ils veulent nous écouter. Tout le monde veut nous écouter.

Si tout cela vous semble trop mignon, vous pouvez vous détendre au LSAP : là-bas, l’ambiance est forte et sociale, empreinte de responsabilité ; cela ne fait de mal à personne. Ou bien se détendre sur le site de Déi Lénk. Il est principalement décliné dans un rouge martial, son design s’inspire du réalisme soviétique, et on n’y trouve pas non plus de sourires dénués de sens. Personne ici ne cherche à aimer qui que ce soit, et ce n’est certainement pas un endroit où l’on se laisse aller à la bonne humeur. C’est ici que réside le sérieux de la vie.