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Société 4 min de lecture

Potemkine

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition mars 2024
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Après les élections municipales et professionnelles, les partis politiques aimeraient bien s’épargner cette peine. Ils se préparent néanmoins aux élections européennes. Ils s’y sentent contraints.

Ce ne sont d’ailleurs pas vraiment les partis qui se préparent. Ce sont les appareils des partis, grands ou petits. Ils doivent mener une campagne électorale « à la Potemkine ». Sur le thème habituel : « Cette fois, ce sont vraiment des élections décisives ! » Les membres des partis ne prêtent qu’une attention superficielle aux élections européennes.

En ce qui concerne l’Union européenne, les partis n’osent pas exprimer de divergences : tous ceux qui ont une chance d’obtenir un mandat en sont des partisans inconditionnels. Ils ont gravé leur serment d’allégeance dans l’article 5 de la nouvelle Constitution. Au cas où des semi-fascistes ou des fascistes purs et durs arriveraient au pouvoir. Comme ailleurs au sein de la communauté européenne de valeurs.

Depuis 1842, le petit Grand-Duché est à la recherche de grands débouchés commerciaux. Le directeur de Luxembourg for Finance devient ambassadeur auprès de l’Union européenne. Dans le même temps, la dérive néolibérale décourage les europhiles parmi l’électorat. Les partis doivent faire preuve de compréhension : chacun d’entre eux est favorable à une Europe plus sociale et plus respectueuse de l’environnement. Mais après le fiasco des Verts, ils ne veulent en aucun cas aller trop loin. Ils préféreraient également que les pauvres restent chez eux, plutôt que de se noyer en Méditerranée avant d’atteindre la frontière Schengen.

Au Luxembourg, les élections au Parlement européen ne sont pas tout à fait réelles : il n’y a pas vraiment d’enjeu. Les décisions au sein de l’Union européenne sont prises par les gouvernements allemand et français, ainsi que par la Banque centrale de Francfort. La Commission joue un rôle secondaire, dans la mesure où lesdits gouvernements le lui permettent. Le Parlement européen ne dispose pas des prérogatives essentielles d’un parlement.

Les députés luxembourgeois ne représentent même pas 1 % du Parlement européen. Leur résultat électoral n’a aucune importance politique. Pour les partis, les élections européennes constituent un baromètre politique de plus. Ce résultat peut servir leur image pendant 14 jours. Puis il tombe dans l’oubli.

Depuis 2009, aucun ministre en exercice ne se présente plus aux élections. Depuis lors, les résultats des élections européennes et nationales divergent. Pour obtenir l’un des six mandats, un parti doit recueillir près de 11 % des voix. Les victoires écrasantes sont rares : en 40 ans, un siège n’a changé de mains que quatre fois. En janvier, l’institut de sondage Europe Elects avait prédit que le CSV et le LSAP remporteraient chacun un siège le 9 juin, au détriment du DP et des Verts.

Les élections européennes ne sont pas inutiles. Elles visent à masquer la séparation entre la démocratie et la politique économique. Elles permettent aux partis de procéder à quelques remaniements au sein de leurs effectifs après les élections législatives.

Charles Goerens siège au Parlement européen, avec quelques interruptions, depuis 42 ans. Il souhaite poursuivre son mandat. Il en va de même pour son ancienne collègue de parti, Monica Semedo, l’ancienne coqueluche de Jean-Claude Juncker. Elle a quitté le DP. Elle a trouvé refuge au sein du mouvement Fokus de Frank Engels. On s’y connaît en matière de harcèlement.

Lors des élections législatives, Jean Asselborn a de nouveau recueilli 20 596 voix personnelles. Il n’a ensuite pas pris ses fonctions. Personne ne l’accuse de fraude électorale. François Bausch n’a pas trouvé d’explications aussi émouvantes. Les Verts veulent désormais l’exfiltrer vers Strasbourg. Au moins, quelqu’un au sein du parti aurait alors assumé ses responsabilités. Pour la défaite électorale et le gouvernement de droite.

Le CSV a promis à Christophe Hansen le poste de commissaire européen. Il a été l’apprenti d’Astrid Lulling pendant sept ans. Il a ensuite rejoint la Chambre de commerce, tout comme Luc Frieden. Hansen devrait succéder à Nicolas Schmit. Depuis octobre, ce membre du LSAP n’est plus affilié au bon parti.

Schmit devient le tête de liste des sociaux-démocrates européens. Le commissaire chargé de l’emploi et des affaires sociales aurait alors beaucoup à raconter : comment la « concurrence libre et non faussée » ruine la vie des plus vulnérables dans toute l’Europe. Comment Uber et Deliveroo ont fait échouer son projet de directive en faveur des chauffeurs indépendants et des livreurs de pizzas. Peut-être ne souhaite-t-il pas non plus inquiéter son public lors des meetings électoraux à Lisbonne ou à Athènes.