« Je n’arrive toujours pas à comprendre », s’est étonné le Premier ministre Luc Frieden à propos du détournement de fonds chez Caritas (4 septembre 2024). Au printemps, 61 millions d’euros ont disparu au cours de 125 virements et 8 200 transferts.
Le 22 juillet, le parquet a annoncé qu’une suspecte avait été inculpée : « Elle a été arrêtée sur mandat du juge d’instruction et placée sous contrôle judiciaire après son inculpation. » La justice a fait confiance à la suspecte. Elle lui a épargné la détention provisoire.
C’est courant dans les affaires de criminalité en col blanc. Plus la somme détournée est importante, plus c’est le cas. En effet, les suspects sont issus de milieux bourgeois. Les suspects impliqués dans des affaires de criminalité en col bleu sont issus de la classe ouvrière. Ils risquent beaucoup plus souvent la détention provisoire.
La nouvelle s’est rapidement répandue : la suspecte n’était autre que la directrice financière de Caritas. Elle est à ce jour la seule mise en cause. « Tous les virements qui ont dû être effectués devaient comporter une double signature. » Ces procédures, « qui ont toutes été respectées », a souligné Nathalie Frisch, membre du conseil d’administration (RTL, 4 octobre 2024). Qui a fourni ces 125 deuxièmes signatures ? Des collègues crédules ? Des collègues négligents ? Des complices ?
En l’espace de quelques semaines, ils ont vidé les comptes bancaires de Caritas. Les conseillers clientèle de Caritas présents dans les banques ont dû remarquer que l’argent destiné aux paiements courants venait à manquer. Les conseillers clientèle sont rarement téméraires. Ils préfèrent généralement vérifier auprès de leurs supérieurs.
Les banques disposent de logiciels de lutte contre le « blanchiment ». Ceux-ci signalent les cas où des comptes sont vidés en peu de temps par des virements redondants vers les mêmes adresses à l’étranger.
Les banques détestent la conformité. Elle coûte cher. Elle agace les clients. Un paradis fiscal a besoin du respect des règles pour préserver sa réputation. Et d’un peu de souplesse pour les opérations quotidiennes.
C’est ainsi que 28 millions d’euros ont été détournés. Cela n’a pas suffi. La directrice financière a contracté des lignes de crédit auprès de la Sparkasse et de la Banque Générale. Pour cela, elle a donné en garantie les futurs versements de l’État.
La directrice financière a téléphoné au directeur général Marc Crochet : « “On doit obtenir une ligne de crédit.” Et j’ai répondu : “Allez-y !” », a raconté le directeur général. Il n’a pas précisé s’il avait demandé l’accord du conseil d’administration. Il a fait preuve de compassion : « Une personne peut être malade, une personne peut être exploitée, […] quand une personne malade fait une chose pareille » (Radio 100,7, 22 juillet 2024).
Les banques gèrent les procédures de paiement et les autorisations de signature des entreprises clientes. Elles ont accordé les lignes de crédit sans l’accord du conseil d’administration. Même si « il ne manquait plus qu’une seule signature d’un directeur », selon Nathalie Frisch, membre du conseil d’administration.
Ce n’est pas l’employée de l’agence qui accorde une ligne de crédit de plusieurs millions. Un employé de banque demande l’avis de son supérieur. Et celui-ci, peut-être, à son propre supérieur. La Caritas jouissait d’une bonne réputation : ses liens étroits avec le diocèse, le CSV et le gouvernement. Dans ce pays, on a toujours un vieil ami d’école.
Dès le 6 août, le parquet avait connaissance d’un « lien avec le procédé communément appelé “fraude/arnaque au président” ». L’auteure présumée serait une victime. Elle aurait été trompée par une fausse identité. C’était plus qu’une simple présomption d’innocence : l’enquête a débuté par un acquittement. Les autorités chargées de l’enquête souhaitaient obtenir la coopération de la directrice financière afin de retrouver le reste des 61 millions.
C’est ainsi que la fraude devient un crime sans coupable. En 2019, la justice a découvert que c’était l’appareil de sécurité de l’État qui avait posé les bombes dans les années 80. Mais elle n’a trouvé aucun coupable. Peut-être que, de cette manière, le temps finira par effacer les traces de la Caritas et du respect scrupuleux des règles par les banques.