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Société 4 min de lecture

Pilier économique

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition novembre 2024
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Au début du mois, Luxinnovation a organisé la première édition de la « Journée de la technologie et de l’innovation dans le domaine de la défense ». Luxinnovation est financée par l’État afin de promouvoir l’innovation dans le secteur privé. Et, depuis peu, également dans le secteur de l’armement.

Plus de 200 représentants du gouvernement, de l’armée et des entreprises d’armement ont participé à la conférence. Ils exposaient leurs produits sur de petites tables rondes de réception. Plutôt de la haute technologie que des mines antipersonnel. Les officiers portaient l’uniforme. Ils s’exprimaient comme des conseillers en placement. Ils appelaient les satellites militaires « space assets » : du capital fixe circule dans le ciel.

La conférence s’est déroulée à la Maison des arts et des étudiants à Belval. Le Centre interdisciplinaire pour la sécurité, la fiabilité et la confiance de l’université figurait parmi les exposants. L’université n’est pas un havre paisible dédié à la recherche et à l’enseignement. Le Luxembourg Institute of Science and Technology (List) a fait la promotion de son institution avec le slogan « Excellence for impact ».

Après la crise bancaire de 2008, l’austérité et la modération salariale ont freiné le pouvoir d’achat des masses. D’importants volumes de capital suraccumulé ont cherché d’autres possibilités d’investissement. Pas seulement dans l’immobilier et les titres. Les États européens ont découvert le keynésianisme de l’armement : la consommation d’armes par l’État a remplacé la consommation privée de biens. D’abord timidement. Puis sans retenue après l’invasion russe de l’Ukraine.

En 2023, les dépenses militaires russes se sont élevées à 109 milliards de dollars. Celles des pays de l’OTAN s’élevaient à 1 341 milliards de dollars (fiche d’information du SIPRI, avril 2024, p. 1). Dépenser encore plus de milliards n’a guère de sens sur le plan militaire. En revanche, cela en a sur le plan commercial.

Lorsqu’il n’y a rien à gagner, la Chambre de commerce exige des mesures d’économie : dans son avis budgétaire pour 2007, elle demandait « de reconsidérer le montant des crédits alloués et d’échelonner le renouvellement des équipements militaires » (p. 138). Aujourd’hui, son directeur vante « la défense comme nouveau pilier de l’économie » (RTL, 11/10/24).

Carlo Thelen exige « qu’une grande partie des fonds stierois investis dans la défense revienne, directement ou indirectement, à notre économie ». D’ici trois ans, le gouvernement prévoit de porter les dépenses d’armement à un milliard par an. La Chambre de commerce veille à ce que « le Luxembourg s’assure lui aussi un “retour sur investissement” tangible ». Par « Luxembourg », on entend les industries et les start-ups du secteur. Le ministère de la Défense en a recensé près d’une centaine.

Le directeur de la Chambre de commerce souhaite la création d’un deuxième « fonds de défense ». L’objectif est d’attirer au Luxembourg des fabricants d’armes étrangers, à l’instar de Namsa et de WSA. « Leurs produits et leurs technologies pourraient alors être achetés par l’État luxembourgeois, et ces dépenses pourraient ensuite être comptabilisées comme une contribution à l’OTAN. » La militarisation de l’Union européenne promet en outre des fonds en provenance de Bruxelles. En revanche, la diplomatie, les négociations et la détente ne rapportent rien.

Afin de tirer profit de cette course à l’armement, la Chambre de commerce a mis en place des groupes de travail. En septembre, elle a relayé la bonne nouvelle dans une circulaire : « Dépenses de défense : le Luxembourg va doubler son effort en six ans » (Eco News Flash n° 17). Fin octobre, elle a organisé un voyage de prospection au Canada, axé sur les « secteurs du spatial, de la cybersécurité et de la défense ».

L’industrie de l’armement luxembourgeoise a connu son apogée au XIXe siècle. Elle connaît aujourd’hui un nouvel essor : « Nous avons également promu l’industrie de la défense luxembourgeoise via un pavillon national lors du salon mondial de la défense et de la sécurité Eurosatory », peut-on lire dans le rapport d’activité 2022 de Luxinnovation (p. 16).

L’année prochaine, le Fonds national pour le climat et l’énergie sera doté de 216 millions d’euros. Le Fonds d’équipement militaire, quant à lui, recevra 390 millions. Le keynésianisme climatique, c’est du passé. L’avenir appartient au keynésianisme de l’armement.