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Société 4 min de lecture

Peur et colère

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition septembre 2022
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La braderie de la capitale est une institution en voie de disparition. Gucci et Prada évincent les commerces familiaux qui vendent des chaussettes en laine et des poêles à frire. Ils font même passer les partis politiques pour des institutions dépassées.

Lundi, les partis avaient installé leurs petites tables pliantes et leurs tentes sur la Paradeplatz. Seul le stand de Frank Engels devait rester à l’écart. Les partis distribuaient des stylos et des tracts. Les élus locaux se montraient proches des citoyens, bien que les listes de candidats ne soient pas encore définitives.

Les partis n’avaient pas non plus de programmes électoraux. Ces programmes n’ont pas encore été rédigés. Mais ils sont déjà caduques. En effet, les élections régionales de l’année prochaine sont imprévisibles. Les élections municipales se déroulent dans leur ombre.

La deuxième législature du DP, du LSAP et des Verts a prouvé qu’un gouvernement sans le CSV n’était pas un accident de l’histoire. La coalition libérale souhaitait gérer les affaires de l’État avec la même routine que sous le régime du CSV. Peu avant les élections, une réforme fiscale de plusieurs millions était prévue. Elle visait à s’attirer les faveurs des contribuables.

Au bout d’un an, le gouvernement a dû se cantonner à la gestion de crise. À l’instar de son modèle de gauche libérale en 1975. La peur de la pandémie de Covid a permis la suspension des libertés civiles. Elle a libéré des ressources budgétaires quasi illimitées. Elle a mis l’opposition hors jeu. Elle a fait de Paulette Lenert, une technocrate inconnue, la femme politique la plus populaire du pays.

La crise a laissé place à la suivante sans transition : la guerre économique avec la Russie entraîne une pénurie d’énergie et une hausse de ses prix. L’inflation, que l’on croyait vaincue, est de retour. Les entreprises sont à court de matières premières et de produits semi-finis. Les élections se déroulent en pleine récession. La réforme fiscale, ce grand cadeau électoral, devient inabordable. À la place, le gouvernement manipule l’indice.

En hiver, le gaz naturel pourrait être rationné et l’approvisionnement en électricité interrompu. Cela était inimaginable depuis les années 70. Le prix de l’électricité augmente de moitié, celui du gaz double. En un an, le prix de l’essence a augmenté d’un tiers. Ces surcoûts représentent un salaire minimum par an.

Tout le monde ne va pas se laisser faire. La tripartite vise à empêcher les « gilets jaunes » et les « marches blanches ». Des subventions de plusieurs millions devraient rassurer les ménages et les entrepreneurs.

Ces élections sont marquées par la peur et la colère. Le gouvernement promet des aides « jusqu’aux couches moyennes ». Afin que celles-ci se rallient à nouveau aux dirigeants, en quête de protection. Les salariés et les fonctionnaires constituent le cœur de l’électorat des partis.

Une partie de la classe ouvrière pourrait tenir le gouvernement pour responsable de la hausse des factures de gaz et d’électricité. Après l’échec des négociations tripartites au printemps, l’OGBL pourrait leur permettre de se faire entendre dans la rue. Les socialistes promettent de sauver l’indexation, les Verts, l’approvisionnement en gaz.

En période de récession, on vote à droite. Mais le CSV n’a pas de figure de proue capable de promettre de manière crédible de mieux guider le pays à travers les crises que le libéral Xavier Bettel. Chez les conservateurs, certains penchent pour une trêve politique, tandis que d’autres veulent tirer profit de la peur et du mécontentement.

L’ADR s’était présentée comme le porte-parole parlementaire des opposants au vaccin en rébellion. Aujourd’hui, elle impute la crise énergétique aux sanctions contre la Russie. Le gouvernement ne peut pas le nier. C’est pourquoi il se montre scandalisé. Plus le chauffage devient cher, moins les gens en tiennent Poutine pour responsable.

Le résultat des élections dépendra de l’évolution de la guerre, de la suffisance de l’approvisionnement énergétique, de la rigueur et du coût de l’hiver, ainsi que de la perception de la « tripartite » comme une réussite. Comme lors de la pandémie de coronavirus, les promesses des partis se résumeront à un retour à la « normalité ». Une normalité marquée par un cessez-le-feu, l’approvisionnement en gaz naturel et l’indexation automatique.