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Société 4 min de lecture

période d’avant-guerre

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition août 2024
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En janvier 2017, la Banque centrale du Luxembourg a célébré la suppression du service militaire obligatoire. Elle a mis en circulation des pièces commémoratives « 50 Joer Fräiwëllegenarméi ».

Cinq ans plus tard, la Russie a envahi l’Ukraine. Le 27 février 2022, le chancelier allemand Olaf Scholz a fait la une de l’actualité internationale. Il a annoncé un « tournant historique ». L’après-guerre est révolu. C’est désormais l’avant-guerre qui commence.

La question du service militaire obligatoire refait surface. « Le service militaire obligatoire a été supprimé au Luxembourg en 1967. Conformément à l’accord de coalition, je n’ai d’ailleurs pas pour mission de le réintroduire. » a déclaré la ministre de la Défense, Yuriko Backes, au Luxemburger Wort (28 juin 2024). « Je pense toutefois qu’il y aura – tout comme dans d’autres pays européens – un débat à ce sujet. »

Après la guerre, le service militaire obligatoire a été supprimé dans 20 États membres de l’UE, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Il constituait un frein au marché du travail. Il coûtait trop cher. Dans les années 1950, l’armée luxembourgeoise coûtait plus cher que l’éducation et la santé réunies. Tout cela pour envoyer 85 hommes en Corée.

En 2019, un service national universel a été mis en place en France. Le 30 janvier 2024, le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé son extension à l’ensemble de la population. L’objectif étant « notre réarmement civique, c’est renforcer l’unité républicaine de notre jeunesse ». Le libéralisme autoritaire d’Emmanuel Macron a redécouvert le service militaire obligatoire. L’entraînement militaire enseigne l’obéissance et la discipline aux jeunes vendeurs de main-d’œuvre. Les acheteurs de main-d’œuvre s’en félicitent.

Le 12 juin 2024, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, s’est plaint d’une pénurie de recrues. Il a annoncé le recensement de toutes les personnes « aptes au service militaire ». En vue d’un « nouveau » service militaire obligatoire, qui pourrait devenir général par la suite. L’Allemagne doit devenir « apte à la guerre » d’ici 2029. La bourgeoisie allemande n’a jamais pardonné à la Russie Stalingrad. Ni peut-être la perte du Commissariat du Reich pour l’Ukraine. Là où la Wehrmacht a tué 5 265 000 personnes, détruit 714 villes et 28 000 villages (Encyclopedia of Ukraine, vol. 3, p. 571).

Les préoccupations françaises et allemandes ne sont pas toujours celles du Luxembourg. En mars 2022, le Parlement a ouvert une pétition en faveur de la « réintroduction du service militaire obligatoire luxembourgeois ». Elle a recueilli 233 signatures. C’est moins que pour l’instauration d’un permis pour chiens.

Dans les années soixante, les organisations de jeunesse de gauche et libérales militaient en faveur de la revendication suivante : « Débarrassez-nous de l’armée, envoyez les officiers à la fonderie ! » Les entrepreneurs acquiesçaient : les officiers sont plus productifs devant un haut fourneau.

La « Loi portant abolition du service militaire » du 22 juin 1967 leur a donné raison. L’« exposé des motifs » reconnaissait que le service militaire obligatoire « n’avait pas pu s’enraciner dans nos mœurs paisibles, hostiles aux exagérations militaires comme aux aventures ».

L’art de la guerre s’est technicisé. En l’espace de quelques mois, les conscrits peuvent être réduits à n’être que de la chair à canon : « Ower, mon garçon, une recrue et un soldat, voilà tout » (Dicks, De Ramplassang, I.7).

L’article 3 de la loi sur l’armée du 23 juillet 1952 imposait le service militaire obligatoire à tout « Luxembourgeois de sexe masculin ». Aujourd’hui, l’article 15, paragraphe 3, de la Constitution étend le service militaire obligatoire aux femmes également.

À quoi ressemblerait le service militaire obligatoire ? Le Conseil d’État le savait déjà dans son avis du 12 mai 1967 : le service militaire obligatoire « n’a jamais été populaire dans le pays ». De plus, les résultats manifestement insuffisants, les tiraillements pénibles dans l’organisation du commandement, la perte de temps imposée à des jeunes soustraits à une activité plus utile, sans que l’objectif visé ait été atteint, les dépenses jugées excessives par rapport à un rendement peu apparent ».