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Société 4 min de lecture

Panique dans la maison de poupées

La petite témoin de son époque

Article paru dans Édition mars 2025
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Le monstre fait irruption sur la scène mondiale, le personnage principal est décapité parce qu’il a tenté de s’imposer. Puis un grand séisme se produit et, bien que le monde ait déjà été vacciné et se soit entraîné à lancer le sortilège de défense, il est pris d’une peur bleue qu’il appelle « choc ». Il est submergé et ce petit monde si mignon s’effondre. Cette petite réserve charmante, autrefois appelée l’Europe. Les décors magnifiquement lustrés, les palais depuis les balcons desquels de vrais rois et reines saluent encore la foule, les opéras, les zones piétonnes, cyclables, industrielles et de soins palliatifs, les parcs éoliens bien entretenus, les universités qui, selon la légende, étaient là pour tous, les conférences sur la sécurité, les cimetières avec leurs joggeurs et joggeuses, tout vacille et glisse, et de partout s’élèvent des cris perçants, tandis que les bouches des dirigeants s’écarquillent d’horreur comme celles des morts récents, tout comme leurs yeux. Car qui l’aurait cru ?

Un truc comme ça ? Ça pourrait exister ? Et ça, de la part d’un ami, de ton meilleur ami ? La pire trahison qui soit : ton meilleur ami te laisse tomber, tu n’as plus d’amis. Nous sommes des orphelins. Tout seuls, complètement seuls au monde. Papa est parti, papa a une liaison, papa a quelqu’un d’autre, un mauvais garçon en plus, le pire garçon qui soit, frisson frisson, c’est ce qui submerge l’être humain civilisé issu de la réserve bienveillante. Transatlantis a sombré.

Et les actions s’envolent, et l’or du Rhin scintille à l’horizon, et des gens bien intentionnés qui rêvent de paix critiquent la planète des armes, tandis que d’autres gens bien intentionnés, qui rêvent eux aussi de paix, critiquent les humanitaires dangereux. Et de la gueule du monstre s’échappe le souffle de la peste, et le pape est hospitalisé.

Et nous sommes là avec nos Mozartkugeln, où est l’arbalète ? Et une grande lamentation s’élève, accompagnée d’un remue-ménage frénétique dans la fourmilière, et d’un brouhaha aussi. Tout le monde babille en chœur, de manière démocratique, dans un grand désordre, et tout le monde nous répète qu’il faut maintenant que nous nous réveillions et que nous devenions adultes, tandis que nous nous frottons les yeux. Devenir adultes, devenir adultes, mais vite maintenant. Il y a un instant encore, on était « forever young », avec les amis qui étaient responsables de tout, c’était tellement relaxant. Il y a un instant encore, c’était encore beau. Il y a un instant encore, c’était encore le Covid et Greta et tout ce côté romantique, et les virologues séduisants étaient invités dans les talk-shows, maintenant, ce sont des historiens et historiennes militaires et des stratèges pensifs qui ont pris le relais sur ce champ de bataille, et plus personne ne tressaille à l’évocation du mot « champ de bataille », tout se passe comme sur des roulettes. C’est déjà une routine. La probabilité d’une guerre mondiale est de 80 %, Quarkus Glanz trouve cela élevé. Mais on peut peut-être encore faire quelque chose. Seulement, quoi ?

Tous les Européens et toutes les Européennes doivent désormais se serrer les coudes comme un seul homme, comme un Superman, super motivés, tandis qu’on fouille dans les coffres-forts et dans les têtes à la recherche d’éléments pour une telle guerre ; on trouvera bien quelque chose, c’est sûr ! D’un autre côté, ça me met mal à l’aise : comment ça se passe, une guerre comme ça, au juste ? Ce sont toujours les autres qui en ont fait l’expérience, nous ne sommes plus des pros en la matière. Nous étions plutôt des spectateurs, nous avions déjà dépassé tout ça dans notre grandeur européenne. Mais plus les experts livrent leurs avis et plus les voix du « on va y arriver » s’amplifient, plus les réserves s’estompent. Peut-être que non, après tout. Peut-être que ça va recommencer.

Peut-être que Starmer fera encore un pèlerinage et courtisera Macron. Et Zelensky  s’habillera avec élégance, puisqu’il vient d’écrire une belle lettre.  On aurait bien pu se faire plaisir aussi ! Nos experts en café, gâteaux et cuisine ont déjà commenté cela avec professionnalisme : comment le président malmené d’un pays malmené doit effectuer correctement sa révérence devant un tyran, selon les règles de l’étiquette. Parce que Monsieur, c’est Monsieur, Max, c’est Max, la Russie, c’est la Russie, et l’Amérique, c’est l’Amérique. L’Ukraine, ce n’est que l’Ukraine. L’Ukraine n’est que… l’Ukraine. Tandis que Macron, à titre préventif, sort déjà ses armes nucléaires. Des ogives nucléaires, 290.