Ce que le Parlement, les partis politiques et la presse entendent généralement par « politique » est dominé depuis un an et demi par la pandémie de coronavirus. Lorsque le Premier ministre Xavier Bettel déclare « ça coûte ce que ça coûte », les partis d’opposition sont à court d’arguments. L’ADR s’est rabattue sur la révision constitutionnelle.
Les programmes électoraux avaient promis aux électeurs de pouvoir se prononcer sur les modifications constitutionnelles négociées. Depuis le référendum de 2015, le DP, le LSAP, les Verts et le CSV redoutent une nouvelle débâcle. Le CSV a fourni le prétexte pour contourner la question d’un référendum. L’ADR a héroïquement annoncé qu’elle maintiendrait sa demande de référendum. Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur un tel argument de vente unique.
L’ADR a dépensé 30 000 euros pour mettre en avant cet argument clé de vente. Elle a publié des annonces dans le Luxemburger Wort et dans Le Quotidien. Elle leur a fait joindre plus de 50 000 brochures aux couleurs rouge, blanc et bleu intitulées « Kuckt net ewech ». Pendant un mois, elle prévoit d’organiser des « soirées d’information » dans des centres culturels locaux.
Depuis des années, une refonte de la Constitution s’impose en raison de l’évolution de la société vers plus de libéralisme. L’ADR est sens dessus dessous. C’est dans cette perspective inversée qu’elle perçoit une « refonte partielle de la société luxembourgeoise » par le biais de la Constitution (p. 5). Dans sa brochure, elle reproche au projet de révision d’introduire le « droit de vote des étrangers par le biais des Hannerdier », d’être « dirigé contre la monarchie » et de viser un « démantèlement de notre souveraineté ». Même « [l]a famille est affaiblie » (p. 7-11).
La société que l’ADR défend contre les excès de la modernité n’existe pas. Mais elle a existé un jour. C’était l’État du CSV des années 50. À l’époque où l’agriculteur marchait encore derrière sa charrue et où les frontaliers ne représentaient que 2 % de la population active. À l’époque où les élèves apprenaient le catéchisme par cœur dans des classes séparées. À l’époque où les épouses étaient mineures et où l’avortement et l’homosexualité constituaient des délits. À l’époque où « ons Jongen » combattait en Corée contre « l’Ennemi » et où les services secrets, chez nous, luttaient contre les ELCOM (éléments communistes).
L’ADR souhaite inscrire dans la Constitution l’État CSV des années 50. Mais son héroïsme dans la lutte contre la liquidation de la patrie a ses limites. « Pour l’ADR, c’est clair : le référendum promis doit avoir lieu ! », écrit-elle (p. 3). Mais elle ne souhaite pas lancer elle-même la procédure référendaire.
En 2009, le Grand-Duc avait refusé d’« approuver et de promulguer » la loi sur l’euthanasie. Le Parlement a aussitôt supprimé son droit de veto de la Constitution. Sur Internet, Jeannot Pesché, bénéficiaire d’une pension d’invalidité originaire de Differdange, a fait part de son mécontentement à ce sujet. Peut-être sur une suggestion, il a fondé un comité d’initiative afin de recueillir les 25 000 signatures requises par la loi pour organiser un référendum.
Au Parlement, l’ADR avait voté en faveur de la modification constitutionnelle. Jeannot Pesché s’est alors rapidement révélé être une marionnette de l’ADR : la porte-parole de son comité était Marianne Lauter-Kartheiser, la sœur de Fernand Kartheiser. Un e-mail envoyé par erreur a révélé que le député de l’ADR était en réalité le véritable instigateur de l’initiative. Leur conseiller juridique était Jacques-Yves Henckes, alors député de l’ADR.
Malgré tout, l’un des cinq auteurs de la proposition avait oublié son extrait de la liste électorale. Puis, l’une des initiatrices a tenté de se désister. Les listes de signatures, mises à disposition dans toutes les communes du pays, avaient recueilli 796 signatures. Sur un total de 223 876 électeurs, cela représentait un taux de soutien de 0,4 % contre la révision et en faveur du Grand-Duc.
Aujourd’hui encore, le nombre de signatures en faveur d’un référendum serait plus proche de 796 que de 25 000. En défendant une conception dépassée de la famille ou le droit de frappe du Grand-Duc, l’ADR suscite plutôt l’hilarité. L’ADR s’en rend bien compte. C’est pourquoi elle cherche à nouveau un homme de paille.