La semaine dernière, les Jeux olympiques d’hiver ont été inaugurés à Pékin. Seuls deux chefs d’État de l’Union européenne ont assisté à la cérémonie : le Grand-Duc Henri et le président polonais Andrzej Duda. Le lendemain, le président Xi Jinping a reçu son homologue luxembourgeois pour un entretien en tête-à-tête.
Le gouvernement américain avait appelé à un boycott diplomatique des Jeux. Pratiquement aucun chef d’État ou membre de gouvernement allié n’a osé se rendre en Chine. Ils ont laissé des milliers de personnes se noyer en Méditerranée, s’inquiétant des droits de l’homme au Xinjiang. Rares sont ceux qui ont évoqué le boycott. La plupart ont découvert le Covid comme une maladie diplomatique.
La coalition DP/LSAP/Verts a voulu satisfaire à la fois la Chine et les États-Unis. C’est ça, le modèle luxembourgeois. Elle a envoyé le chef de l’État en Chine et laissé le ministre des Sports à la maison. Elle a tenté d’apaiser les esprits en expliquant que le Grand-Duc se trouvait en Chine en tant que membre du Comité olympique. Le CSV, ainsi que le lobby taïwanais et l’ADR, sont restés discrets. Ils ne voulaient pas « mettre dans l’embarras » Sa Majesté et la place financière.
La bourgeoisie locale préfère les affaires à la guerre. Cette dernière lui rapporte moins. Un tiers de Cargolux appartient à la Henan Civil Aviation Development and Investment Company. La BIL est détenue à neuf dixièmes par Legend Holdings Beijing. Les sièges européens de sept banques chinoises se trouvent au Luxembourg.
Les États-Unis ont lancé un appel en faveur d’une « Guerre froide 2.0 ». Au cours de la prochaine décennie, le produit national brut chinois devrait dépasser celui des États-Unis. La Chine ne veut plus se contenter d’être le « porteur de pousse-pousse » de l’économie mondiale. Puis est survenue la récession liée au Covid. Aujourd’hui, la République populaire pourrait devenir la première économie mondiale dès la fin de cette décennie. Les États-Unis veulent empêcher cela par tous les moyens.
Des troupes russes sont déployées à la frontière ukrainienne. Elles ont pour mission d’exercer une pression afin d’empêcher l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN, ainsi qu’un changement de régime en Biélorussie. Sinon, des missiles de l’OTAN seraient déployés le long de la frontière russe, de l’Estonie au nord jusqu’à la Turquie au sud. Les cinq élargissements vers l’Est de l’OTAN intervenus jusqu’à présent vont à l’encontre des engagements pris par Mikhaïl Gorbatchev en 1990. Ils s’inscrivent dans le cadre de la nouvelle guerre froide contre la Russie.
La bourgeoisie locale préfère faire des affaires plutôt que la guerre. Avec Alfa, East-West United, Gazprom, Rosneft, Russian Commercial, Rusnano, Sistema, Sodrugestvo, Volga et d’autres entreprises russes. Arcelor a préféré se jeter dans les bras d’Alexei Mordashov plutôt que dans ceux de Lakshmi Mittal.
Il y a 14 jours, sur la radio Deutschlandfunk, le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn a conseillé à toutes les parties concernées de recourir à la « boîte à outils de la diplomatie ». Il n’est pas opposé à un sixième élargissement de l’OTAN vers l’Est. Les anges de la paix ne veulent pas se brûler les ailes.
L’armée avait déjà adapté ses lignes directrices à la « Guerre froide 2.0 » dès 2017. Les partis politiques, les ministères et les rédactions ne sont pas encore prêts. Une nouvelle génération y a pris le relais. Elle n’a pas le fanatisme des guerriers de la Guerre froide d’autrefois. Elle ne veut pas passer à côté des opportunités offertes par la mondialisation. Elle se considère comme plus écologiste, plus féministe et plus antiraciste que le reste du monde. Elle ne déteste l’Ennemi de l’Est qu’à demi-cœur. Elle n’aime la puissance dominante de l’Ouest qu’à demi-cœur.
Pour Boeing et General Electric, la guerre est une affaire lucrative. Avec cette « Guerre froide 2.0 », les États-Unis ne cherchent pas seulement à défendre leur hégémonie face à la Chine et à la Russie. Elle vise également leurs alliés. Les sanctions économiques contre la Russie ou la Chine affaiblissent les États européens. Elles visent à accroître leur dépendance vis-à-vis des États-Unis : du GNL à la place du gaz naturel, l’iPhone à la place de Huawei. Chaque différend avec la Russie renforce le contrôle militaire des États-Unis sur l’Europe occidentale.
Dans l’opéra *Nixon in China*, le grand-duc Henri pourrait chanter en Chine : « Nous vivons une époque troublée. / Qui sont nos ennemis ? Qui sont / nos amis ? »